Pour un harcèlement moral, quelques jours suffisent

Par , le 04 juin 2010 à 12h07 , mis à jour le 04 mars 2011 à 10h46

Dossier : Vos droits

Interview-La Cour de Cassation a jugé que le harcèlement moral d'un salarié peut naître sur une "brève période". Maître Julien Boutiron explique à TF1 News ce que cela peut changer.

[Expiré] dépression déprime angoisse stress chagrin deuil tristesse migraine mal de tête douleur © sxc.hu

TF1 News : La Cour de Cassation a récemment donné gain de cause à un salarié qui, quelques jours après un retour de congé de maladie, s'était estimé harcelé par son patron. Elle juge ainsi que le harcèlement moral d'un salarié peut naître sur une "brève période". Qu'est-ce que cela signifie ?

Plus d'infos

 
Maître Boutiron : La Cour de Cassation vient de donner une précision, elle dit qu'il n'y a pas une nécessité de durée minimum pour que des faits de harcèlement moral soient caractérisés. Ce qui ne change pas, c'est la nécessité d'une répétition dans les faits de harcèlement. Ce que précise cet arrêt, c'est que cette répétition n'a pas de durée.
 
TF1 News : Cela signifie qu'un salarié qui reçoit trois fois la même brimade sur deux jours peut se dire victime de harcèlement moral et porter plainte ?
 
Maître Boutiron : En théorie, oui, si les brimades sont suffisamment caractérisées et correspondent à la définition donnée par la loi, le salarié a des chances d'obtenir gain de cause. Ce que dit cet arrêt c'est qu'on ne peut pas refuser de lui donner gain de cause au motif que la durée sur laquelle sont commis ces faits est trop courte. C'est une précision intéressante puisqu'on ne peut plus écarter le harcèlement moral en disant qu'il n'a duré que trois jours ou une semaine.
 
TF1 News : A partir de quand un salarié peut se dire victime de harcèlement moral ?
 
Maître Boutiron : Un salarié peut s'estimer harcelé à partir du moment où il subit certaines brimades, des critiques totalement injustifiées des railleries diverses et répétées. Mais, comme toujours en droit, quand une définition est donnée, c'est au juge de décider au cas par cas si le harcèlement moral est justifié ou non. Un QCM pour dire s'il y a harcèlement moral serait difficile à établir conmpte tenu de la diversité des situations. Il y a forcément une appréciation subjective qui est faite par les juridictions. Les preuves qu'il peut apporter sont par exemple, des mails injurieux, des avertissements totalement injustifiés...
 
TF1 News : A quoi peut prétendre le salarié si le harcèlement moral est reconnu ?
 
Il peut demander des dommages et intérêts qui sont librement appréciés par le juge. Mais on est pas aux Etats-Unis et le conseil des Prud'hommes n'est pas la Française des Jeux.
 
TF1 News : Pensez-vous qu'une telle disposition va simplifier la reconnaissance du harcèlement moral au travail ?
 
Maître Boutiron : Elle va dans le sens du salarié, tout comme la jurisprudence de fin 2009 qui précise qu'il n'y a pas besoin d'une intention de la part de l'employeur, mais qu'il suffit que la situation soit objectivement créée pour qu'un harcèlement soit caractérisé. Beaucoup de gens en situation de harcèlement moral ne s'en plaignent pas ou mettent beaucoup de temps avant de s'en plaindre. A l'inverse, certaines personnes à qui l'on a demandé plusieurs fois de faire leur travail pensent que c'est du harcèlement moral alors que ce n'est pas le cas.
 
TF1 News : Est-ce que cet arrêt va changer le traitement du harcèlement moral ?
 
Maître Boutiron : Non je ne pense pas. Davantage de gens vont peut-être invoquer le harcèlement moral en voyant cette décision, mais, en règle générale, les salariés qui invoquent le harcèlement moral le font quand le vase est vraiment plein. C'est rare que cela soit le cas en deux, trois jours ou cinq jours. Tout est possible, mais souvent, le salarié attend qu'il y ait une dégradation plus profonde des relations.

Par Stéphanie Morbois le 04 juin 2010 à 12:07
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

10 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • jagan42, le 08/06/2010 à 01h12

    J'ai été salariée, aujourd'hui je suis patronne... c'est fou comme le regard des gens peuvent changer, on passe des gentils aux méchants! J'ai eu la malchance de tomber sur un patron plus qu'horrible, il m'a traitée comme une m**** du jour où je lui ai appris ma grossesse. Convoquée tous les jours dans son bureau, accusée d'être mauvaise dans mon travail alors que le CA augmentait grâce à mon boulot, installation de la climatisation dans tous les bureaux sauf le mien (au mois de juillet... sympa). Je n'ai pas démissionné, et mais j'ai eu une grossesse délicate et j'ai été mise rapidement en arrêt. Mais heureusement que mon conjoint m'a soutenue car je voulais démissionner tous les jours. Mais dans mon intérêt, celui de ma famille, j'ai tenu bon et j'ai réussi à négocier une rupture de contrat. Pour répondre à "moicontribuable", non on ne doit pas partir, ce n'est pas l'entreprise qui met la chaîne au pied mais votre famille, le besoin de payer un loyer... car au cas où vous ne le sauriez pas, on a le droit à 0 euros d'ASSEDIC en cas de démission, et on n'est pas dans la période la plus facile pour trouver du boulot! donc NON j'encourage les personnes qui en souffrent à aller voir des conseillers, un avocat... Aujourd'hui je suis patronne et je mets un point d'honneur à ne pas reproduire ce que j'ai vécu. Ceci dit, comparer les faux "harcélements moraux" à des histoires de viols, je trouve cela un peu douteux...

  • m1911a1, le 08/06/2010 à 01h01

    Pourquoi, parce qu'il utilise des termes directs ?

  • dadeille, le 07/06/2010 à 18h18

    De la manière dont vous vous exprimez, je ne suis pas sûre que votre niveau de management soit au top. Très bizarre votre analyse.

  • sahara06, le 07/06/2010 à 16h04

    Travailler et etre sous pression ce sont 2 choses totalement differente.

  • moicontribuable, le 07/06/2010 à 15h21

    Dadeille, si il n'aimait pas ses employeurs, qu'est-ce qui l'a empeche de partir, une chaine au pied?

  • moicontribuable, le 07/06/2010 à 13h37

    Interdit de demander a quelqu'un de travailler; voila la vraie nouveaute qui va tous nous plonger dans la misere.

  • ten75, le 07/06/2010 à 13h20

    Il y a surement des pressions dans le travail , mais il ne faut pas généraliser trop rapidement , ce qui est un simple rappel aux obligations d'un salarié , alors si on vous rappelle votre JOB , ce n'est pass forcément de harcèlement

  • dadeille, le 07/06/2010 à 13h13

    Mon dieu comme vous avez raison, mon mari est dans ce cas là il a déposé 2 procédures administratives cela fait 3 ans et nous sommes en attente du jugement, heureusement que la médecine du travail a pris sa souffrance en compte et qu'il est en maladie longue durée depuis, au moins il ne voit plus ses bourreaux qui l'ont détruis j'espère qu'ils seront punis. Son patron est un maire PS et ancien syndicaliste, de quoi vomir.

  • baal_, le 07/06/2010 à 13h04

    Quand je bossais dans la restauration, on a eu une plainte d'une serveuse pour "harcèlement moral" parce que je l'avais obligé de se laver les mains ... alors qu'elle venait d'éternuer à même les mains. Classe, non ? Ceci dit ça a été classé, mais bon, y a de quoi se poser des questions. Alors c'est bien joli le "ouh le vilain patron/cadre", il est ACCUSE de harcèlement moral, mais faut voir tous les gros(ses) mythos qui portent plainte. Pour peu qu'il trouve un copain pour faire un témoignage bidon et un juge compatissant (les yeux de chien battu, ça marche bien) ... C'est un peu comme les histoires de viol. C'est la parole de l'un contre la parole de l'autre. Faut avoir la chance de pas être attaqué par un/une illuminé(e), et le cas échéant, avoir la chance de tomber sur un juge objectif. Y en a qui ont pas de chance. Les enfoirés sont pas tous dans le camp des patrons.

  • daddis, le 07/06/2010 à 12h55

    Les avocats et les juges deviennent lâches quand le harcèlement, l'accident de travail et les séquelles physiques et les documents sont évidents PARCE QU' ou QUAND un ... politique en est directement responsable.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience