Coilibaly, bosseur à tout prix

Par , le 03 août 2010 à 17h41 , mis à jour le 03 août 2010 à 19h00

Témoignage - Ils travaillent, touchent un salaire, cotisent mais restent hors-la-loi. Mardi, 530 salariés clandestins ont déposé leur demande de régularisation à Paris. Parmi eux, Coilibaly, Malien de 29 ans, travaillant depuis plus de 10 ans en France.

sans-papiers clandestins régularisation immigrésDes salariés sans-papiers rassemblés le 3 août à Paris. © Amélie GAUTIER/TF1 News

Ils sont cuisiniers, maçons, ou agents de sécurité et travaillent depuis des années en France dans la clandestinité. Malgré leur boulot, malgré leur salaire et leur cotisation, ils n'ont pas de papiers. Mardi, ces salariés "hors-la-loi" se sont rassemblés place Saint-Michel, à Paris. Au même moment, 530 demandes de régularisation par le travail étaient déposées à la préfecture par la CGT.

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Plus d'infos

 
Ces dossiers ont été constitués sur la base d'un accord trouvé le 18 juin avec le ministère de l'Immigration et la Direction générale du Travail. Cet accord, qui doit faciliter la régularisation des intérimaires et des employés à domicile, avait été arraché après huit mois de grève et occupations d'entreprises. Si les demandes aboutissent, les intéressés obtiendront une carte de séjour valable un an, renouvelable. Le rêve de tous, comme celui de Coilibaly.
 
TEMOIGNAGE - En lui brisant le pied, la vitre lui aura ouvert les yeux. Ce vendredi d'août 2009, Coilibaly, maçon de 29 ans termine sa journée sur un chantier de Massy, dans l'Essonne. Avant de le laisser partir à la Mosquée, Miguel, son patron lui demande de ranger le matériel. Des plaques de verre sont là, posées à la hâte. L'une d'elle tombe au passage du garçon. La jambe est touchée, le sang coule, direction les urgences. "Mon chef m'a déposé devant l'entrée de l'hôpital et m'a dit de me débrouiller", raconte aujourd'hui Coilibaly en montrant son pied blessé. A la douleur s'ajoute la crainte d'être arrêté en se faisant soigner. C'est le quotidien des salariés sans papiers, qui vivent tous avec cette peur au ventre d'être renvoyés dans leur pays.
 
L'histoire de Coilibaly est semblable à celle de milliers de clandestins. Lui est arrivé du Mali il y a dix ans avec, en tête, cette volonté bien classique : aider la famille restée au pays, subvenir aux besoins de la fratrie -dans son cas, 7 garçons et 8 filles issus des deux épouses de son père. "A Bamako, je gagnais trois euros par jour", explique Coilibaly. Son périple débute en Mauritanie. Il y reste le temps de financer son voyage. Le bateau jusqu'à l'Espagne ; l'autocar jusqu'en France ; le train jusqu'à Paris.

160 euros le lot de faux papiers
 
Par le bouche-à-oreilles, il trouve un foyer à Pantin, en Seine-Saint-Denis. Dix ans après son arrivée, il y est encore. Sa chambre fait 18 mètres carré, ils y sont sept. Dans la pièce, sa place est celle de ceux qui n'ont pas de papiers. A terre, sur un vieux matelas. En France, Coilibaly ne connaît personne. Il passe ses journées au foyer à travailler en cuisine avec les femmes. "J'y restais de 5 heures à 20 heures, se souvient-il en se marrant. A préparer le riz, le baffé, le gombo..."
 
Un jour, un homme lui propose de faux papiers pour 160 euros. Ou le sésame pour travailler. Une semaine plus tard, voilà Coilibaly muni d'une fausse carte d'identité et d'une fausse carte vitale, à écumer les agences d'intérim. L'une d'elle lui demande ses qualifications -"je sais me débrouiller et je suis un gros bosseur"- photocopie ses -faux- papiers et lui propose des missions. Elles s'enchaînent. Un jour, un chef de chantier lui propose de le garder. Coilibaly gagne 1450 euros, chaque mois, 300 partent en Afrique.

"Je suis un travailleur, pas un fauteur de trouble"
 
"J'ai travaillé pendant huit ans avec lui, il ne m'a jamais questionné, dit le jeune homme à propos de son chef. Il n'était pas sûrement pas dupe, mais je travaille dur"". C'est jusqu'à son accident du travail l'an dernier. "Là, devant les urgences, mon employeur m'a dit qu'il ne voulait pas avoir de problèmes et qu'il me virait", se souvient Coilibaly. Aucune amertume dans sa voix. "Je lui dois beaucoup. Il m'a tout appris dans la maçonnerie, dit-il. Ce jour-là, il ne pouvait pas faire autrement."
 
Le jeune clandestin rigole quand on lui demande combien de fois il a été contrôlé. "Alors ça ! Je ne compte plus", lance-t-il. Des passages dans des centres de rétention, des heures au commissariat. "A chaque fois, je dis bien aux policiers que je suis un travailleur, pas un fauteur de trouble", ironise Coilibaly en référence au discours présidentiel faisant le parallèle entre immigration et délinquance. "Ils me répondent de faire attention..." Selon lui, si tous les clandestins pouvaient travailler légalement, "ça ferait du bien à la France, ça ferait avancer le pays". Avant de refermer son dossier de demande de régularisation, Coilibaly a embrassé "tous les documents un à un !". Il dit ça, les yeux fatigués, et lance tout d'un coup : "on est né avec le courage, on a grandi avec le courage. On mourra avec le courage... et des papiers, j'espère." 

                                                                                                      Amélie GAUTIER

Par Amélie Gautier le 03 août 2010 à 17:41
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14 Commentaires

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  • anne342, le 07/08/2010 à 07h52

    Quand est-ce que la france va remettre ses citoyens assistés au travail, on doit commencer par là et après ça on n'aura plus besoin de ces clandestins qui travaillent mais aussi de toutes leurs tribus qui ne travaille pas ... respectons l'homme chez lui mais arrêtons en France d'être un pays qui accueille n'importe qui, n'importe comment au détriment de ses valeurs ...

  • yenamrre, le 05/08/2010 à 23h55

    Histoire qui fait pleurer dans les chaumières des gentils français qui feront payer les dettes du pays à leurs enfants ! Parceque lorsqu'ils ont des papiers ils font venir toute leur tribu et à nous de casquer !

  • yenamrre, le 05/08/2010 à 23h52

    Pas d'accord, je ne respecte pas celui qui bafoue la loi, être clandestin c'est donc frauder !

  • yenamrre, le 05/08/2010 à 23h49

    Tout à fait juste, merci

  • posepion57, le 05/08/2010 à 06h10

    Moi je les foutrais a la porte de la france ,car un étranger doit impérativement déclarer sa présence sur le territoire francais dès son arrivée ,si il ne l'as pas fait c'est qu'il n'a pas respecter la procédure ,ils devaient passer par la case demandeur d'asiles ce qu'ils n'ont pas fait ,ceci est illégal et puis d'ailleurs ils n'avaient pas le droit de travailler ,après moi je m'épanche pas sur le coté ,olala ils travaillent ce sont pas des feignants ils méritent bien leurs papiers ,ces gens sont des roublards qui se foutent horriblement de nos administrations ,ils se font des faux papiers et j'en passe et des meilleurs ,ce sont des loups déguisé en agneaux moi je ne les cautionne pas et je ne les aimes pas

  • lasourisdu27, le 04/08/2010 à 10h04

    Honte à ces patrons qui profitent de ces personnes en toute impunité!!!

  • isatis54, le 04/08/2010 à 09h57

    La clandestinité est un acte hors la loi, beaucoup ne disent que l'on applique pas assez les lois et lorsque qu'on le fait, la critique tombe. Nous sommes dans un contexte de non-sens. Les employeurs devraient être les premiers sévèrement, il y a beaucoup de chômage en France

  • antilopejaune, le 04/08/2010 à 09h14

    Tout a fait, ils veulent s'en sortir honnêtement. Par contre plus de fermeté avec les fauteurs de trouble.

  • 1337sysop1337, le 03/08/2010 à 23h29

    Les employeurs relèvent du pénal dans ce cas, et pas qu'un peu ! Mais vous posez doublement la bonne question : Que fait-on pour ces patrons voyous ?

  • andromede77, le 03/08/2010 à 23h28

    Si ces personnes travaillent et cotisent alors il n'y a pas à tourner autour du pot, il faut leur fournir des papiers.

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