Des salariés sans-papiers rassemblés le 3 août à Paris. © Amélie GAUTIER/TF1 NewsIls sont cuisiniers, maçons, ou agents de sécurité et travaillent depuis des années en France dans la clandestinité. Malgré leur boulot, malgré leur salaire et leur cotisation, ils n'ont pas de papiers. Mardi, ces salariés "hors-la-loi" se sont rassemblés place Saint-Michel, à Paris. Au même moment, 530 demandes de régularisation par le travail étaient déposées à la préfecture par la CGT.
Salariés sans-papiers : le gouvernement ajuste, ils évacuent
Après une longue réunion avec les syndicats, le gouvernement a accepté vendredi de "déterminer les ajustements techniques nécessaires". Un document détaillé va être envoyé aux préfectures. En conséquence, les salariés sans-papiers ont décidé d'évacuer la place de la Bastille.
Publié le 18/06/2010
Besson va se pencher sur les salariés sans-papiers
Une rencontre est prévue vendredi entre le ministère de l'Immigration et les syndicats soutenant la grève des sans-papiers, alors que la droite reste tiraillée entre préoccupations politiques et besoins en main-d'oeuvre de certains secteurs.
Publié le 13/05/2010
En France, 10.000 mineurs sans-papiers
Près de 10.000 mineurs étrangers vivent clandestinement en France. Ces jeunes sans papiers doivent survivre dans un milieu hostile. Des associations leur viennent en aide pour régulariser leur situation. Reportage à Marseille.
Publié le 23/01/2010
A la rencontre de ces sans-papiers en grève
Le projet du gouvernement de fermer les entreprises qui emploient des travailleurs clandestins fait polémique alors que 5.000 d'entre eux sont en grève depuis des mois pour une régularisation.
Publié le 23/11/2009
La colère des sans-papiers grévistes
Les employés sans-papiers d'entreprises franciliennes qui réclament leur régularisation poursuivent leur grève. Et dénoncent le silence sur leur condition.
Publié le 16/04/2008
Ces dossiers ont été constitués sur la base d'un accord trouvé le 18 juin avec le ministère de l'Immigration et la Direction générale du Travail. Cet accord, qui doit faciliter la régularisation des intérimaires et des employés à domicile, avait été arraché après huit mois de grève et occupations d'entreprises. Si les demandes aboutissent, les intéressés obtiendront une carte de séjour valable un an, renouvelable. Le rêve de tous, comme celui de Coilibaly.
TEMOIGNAGE - En lui brisant le pied, la vitre lui aura ouvert les yeux. Ce vendredi d'août 2009, Coilibaly, maçon de 29 ans termine sa journée sur un chantier de Massy, dans l'Essonne. Avant de le laisser partir à la Mosquée, Miguel, son patron lui demande de ranger le matériel. Des plaques de verre sont là, posées à la hâte. L'une d'elle tombe au passage du garçon. La jambe est touchée, le sang coule, direction les urgences. "Mon chef m'a déposé devant l'entrée de l'hôpital et m'a dit de me débrouiller", raconte aujourd'hui Coilibaly en montrant son pied blessé. A la douleur s'ajoute la crainte d'être arrêté en se faisant soigner. C'est le quotidien des salariés sans papiers, qui vivent tous avec cette peur au ventre d'être renvoyés dans leur pays.
L'histoire de Coilibaly est semblable à celle de milliers de clandestins. Lui est arrivé du Mali il y a dix ans avec, en tête, cette volonté bien classique : aider la famille restée au pays, subvenir aux besoins de la fratrie -dans son cas, 7 garçons et 8 filles issus des deux épouses de son père. "A Bamako, je gagnais trois euros par jour", explique Coilibaly. Son périple débute en Mauritanie. Il y reste le temps de financer son voyage. Le bateau jusqu'à l'Espagne ; l'autocar jusqu'en France ; le train jusqu'à Paris.
160 euros le lot de faux papiers
Par le bouche-à-oreilles, il trouve un foyer à Pantin, en Seine-Saint-Denis. Dix ans après son arrivée, il y est encore. Sa chambre fait 18 mètres carré, ils y sont sept. Dans la pièce, sa place est celle de ceux qui n'ont pas de papiers. A terre, sur un vieux matelas. En France, Coilibaly ne connaît personne. Il passe ses journées au foyer à travailler en cuisine avec les femmes. "J'y restais de 5 heures à 20 heures, se souvient-il en se marrant. A préparer le riz, le baffé, le gombo..."
Un jour, un homme lui propose de faux papiers pour 160 euros. Ou le sésame pour travailler. Une semaine plus tard, voilà Coilibaly muni d'une fausse carte d'identité et d'une fausse carte vitale, à écumer les agences d'intérim. L'une d'elle lui demande ses qualifications -"je sais me débrouiller et je suis un gros bosseur"- photocopie ses -faux- papiers et lui propose des missions. Elles s'enchaînent. Un jour, un chef de chantier lui propose de le garder. Coilibaly gagne 1450 euros, chaque mois, 300 partent en Afrique.
"Je suis un travailleur, pas un fauteur de trouble"
"J'ai travaillé pendant huit ans avec lui, il ne m'a jamais questionné, dit le jeune homme à propos de son chef. Il n'était pas sûrement pas dupe, mais je travaille dur"". C'est jusqu'à son accident du travail l'an dernier. "Là, devant les urgences, mon employeur m'a dit qu'il ne voulait pas avoir de problèmes et qu'il me virait", se souvient Coilibaly. Aucune amertume dans sa voix. "Je lui dois beaucoup. Il m'a tout appris dans la maçonnerie, dit-il. Ce jour-là, il ne pouvait pas faire autrement."
Le jeune clandestin rigole quand on lui demande combien de fois il a été contrôlé. "Alors ça ! Je ne compte plus", lance-t-il. Des passages dans des centres de rétention, des heures au commissariat. "A chaque fois, je dis bien aux policiers que je suis un travailleur, pas un fauteur de trouble", ironise Coilibaly en référence au discours présidentiel faisant le parallèle entre immigration et délinquance. "Ils me répondent de faire attention..." Selon lui, si tous les clandestins pouvaient travailler légalement, "ça ferait du bien à la France, ça ferait avancer le pays". Avant de refermer son dossier de demande de régularisation, Coilibaly a embrassé "tous les documents un à un !". Il dit ça, les yeux fatigués, et lance tout d'un coup : "on est né avec le courage, on a grandi avec le courage. On mourra avec le courage... et des papiers, j'espère."
Amélie GAUTIER
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