© DR Carl Barks / DisneyIls sont trente-quatre milliardaires américains à faire la fierté de leur pays. Trente-quatre chefs d'entreprises et rentiers "plus riches que riche" à expliquer sur la toile pourquoi ils ont accepté de coucher leur nom sous ceux des philanthropes Warren Buffett et de Bill Gates qui sont à l'origine de cette initiative baptisée "The Giving Pledge" (NDLR : l'engagement à donner). Leur signature a du poids : elle les engage à céder la majeure partie de leur fortune à de bonnes œuvres.
Les millionnaires français, nombreux mais "pauvres"
Il y a plus de millionnaires en France que dans n'importe quel autre pays européen. Mais ceux qui dépassent les 100 millions de dollars sont plus rares qu'en Allemagne ou au Royaume-Uni
Publié le 19/10/2011
Quand les riches demandent à payer plus d'impôts
Les riches ne sont pas tous opposés aux impôts, à l'instar du milliardaire américain Warren Buffet qui appelle à une taxation plus lourde des grandes fortunes. En France, des hommes d'affaires, comme Pierre Bergé, affirment leur soutien à cette proposition.
Publié le 16/08/2011
Bill Gates veut des comptes en banque pour tous
Le milliardaire américain Bill Gates a promis mardi un demi-millard de dollars pour aider les habitants des pays en développement à ouvrir des comptes en banque.
Publié le 17/11/2010
Bill Gates fait peur aux Chinois
Les milliardaires américains Bill Gates et Warren Buffett ont dû expliquer qu'ils ne pousseraient pas, lors d'un dîner, les grandes fortunes de Chine à se montrer généreuses.
Publié le 14/09/2010
Un site d'enchères pour milliardaires en difficulté
Ceux frappés par la récession peuvent y vendre en toute discrétion yachts, voitures de luxe et autres bijoux pour régler des s'acquitter de leurs dettes.
Publié le 10/11/2009
Pourquoi les milliardaires européens et français n'en sont-ils pas ? TF1 News l'a demandé aux équipes de Bill Gates. "Pour l'instant, the Giving Pledge se concentre sur les Etats-Unis car Warren, Bill & Melinda (NDLR : l'épouse de Bill Gates) ont réalisé que pour porter ses fruits dans d'autres pays, leur initiative doit être portée par des leaders locaux, sur le terrain", ont-elles répondu tout en relevant que "l'idée que ceux qui ont une grosse fortune peuvent et doivent la consacrer a faire du monde un meilleur endroit a de l'écho sur toute la planète". Mais "l'attitude vis-à-vis de la famille et de la fortune est différente selon les pays", note encore l'association en évoquant des "discussions en Inde ou en Chine".
L'Inde, la Chine... et pourquoi pas la France ! Nos milliardaires ont-ils un oursin dans leur portefeuille? Ne seraient-ils bons qu'à enrichir leurs amis et financer les partis politiques ? Découvrez en six - bonnes et mauvaises - raisons pourquoi les milliardaires français ne sont pas des philanthropes reconnus, promenant leur prestige de l'ONU aux grandes conférences internationales. Antoine Vaccaro, président du Cerphi (Centre d'étude et de recherche sur la philanthropie), nous éclaire sur la (prétendue) radinerie de nos nantis.
Raison n°1 : nos riches sont "pauvres" !
Au club des milliardaires, les Français ne font pas rêver grand monde. Dans les 15 premières fortunes de la planète, Bernard Arnault est le seul à représenter la France contre deux Indiens, deux Suédois, et cinq Américains. "Aux Etats-Unis, on peut acquérir beaucoup plus facilement qu'en Europe des fortunes considérables sur une seule génération même si des grandes fortunes existent bien entendu en France. Pour être philanthrope à milliards, il faut d'abord être riche à milliards !", décode Antoine Vaccaro. Outre-Atlantique, la masse de la philanthropie globale représente ainsi 300 milliards de dollars de dons par an. En France, elle s'élève à 5 à 6 milliards d'euros. Si Bill Gates donne 30 milliards, cela représente donc 10% de la générosité américaine. Si un milliardaire français donnait 1 milliard, cela représenterait 20% de la générosité française.
Raison n°2 : nos riches sont surveillés par leurs enfants
Les milliardaires français vivent sous la surveillance... de leurs enfants. Ces derniers ont en effet un droit de regard sur ce qui se passe autour de leur héritage avant même de l'avoir touché. La justice impose à leur parent de leur réserver la plus grosse part de leur fortune faute de quoi les enfants peuvent intenter une action en justice pour faire respecter leurs droits. La réserve qui leur est attribuée est égale à la moitié des biens en présence d'un enfant, aux deux tiers des biens en présence de deux enfants, et aux trois quarts des biens en présence de trois enfants ou plus. "Les Anglo-saxons peuvent déshériter leurs héritiers - Warren Buffet va laisser 99% de sa fortune a sa fondation et seulement 1% à ses enfants, ce que ne permet pas le droit français comme on le voit dans l'affaire Bettencourt. Les grandes fortunes françaises vivent sous la contrainte de la quotité réservée à leurs héritiers, cela change considérablement les masses d'argent en jeu", explique le président du Cerphi. Et les héritiers français sont exigeants sur la transmission du patrimoine.... "Par exemple, un François Pinault pourrait donner un milliard, ce qui représente un dixième de sa fortune. Cela n'attaquerait pas la quotité réservataire mais cela pourrait toutefois créer des dissensions auprès de ses héritiers. Peut-être l'accepteraient-il plus facilement s'ils étaient aussi confiants dans leur capacité à faire fortune, eux aussi, en une seule génération", poursuit Antoine Vaccaro.
Le droit français est pourtant un de ceux qui encourage le plus le don. Toute généreuse contribution donne droit à une part de déduction fiscale. Dans une succession, au delà d'une certains somme, 35 ou 40% de la fortune va directement à l'Etat alors que dans le cadre d'un don à une fondation il n y a pas de droit de mutation. Vu le niveau d'endettement de l'Etat, il serait intéressant que des particuliers "socialisent" davantage des fonds. Ce serait autant de causes d'intérêt général que la puissance publique n'aura pas à financer...
Raison n°3 : nos riches sont catholiques...et Français !
Dis-moi ce que tu crois, je te dirai comment tu donnes. La France a beau être une "fille ainée de l'Eglise" de plus en plus rebelle, ses fortunes n'échappent pas à leurs racines culturelles. Cela joue car il y a un clivage entre les pays anglo-saxons protestants et les pays latins plus catholiques : le rapport à l'affectation philanthropique des fonds est très différent. "Chez les protestants, mourir riche, c'est mourir disgracié. Le propos est d'affirmer qu'il faut rendre collectif ce que l'on a acquis à titre individuel. Si j'ai réussi dans la vie, c'est que j'ai reçu des dons de manière immanente et en étant philanthrope, j'affiche cette élection divine", explique Antoine Vaccaro.
On répète pourtant chez les catholiques qu'il est "plus difficile pour un riche d'entrer dans le royaume des cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille"... "La charité est aussi convoquée chez les catholiques mais la philanthropie est un terme qui a longtemps été ostracisé en France car il faisait penser à l'Ancien régime et aux biens des églises. La République, l'Etat qui incarne la nation n'aime pas trop confier au privé la prise en charge de l'intérêt général, c'est l'Etat providence qui s'en occupe", relève le président du Cerphi. Nos riches sont donc autant Français que catholiques. Ils ont le sentiment d'avoir déjà beaucoup donné en payant leurs impôts....
Raison n°4 : nos riches préfèrent l'art et la culture
Donner aux pauvres, c'est tellement vulgaire lorsque l'on peut s'offrir un opéra... Le cliché est féroce mais pas si éloigné de la réalité, nos milliardaires français ayant ostensiblement un faible pour l'art et tout ce qui brille. "Lorsqu'ils sont des entrepreneurs qui ont fait fortune avec leur société - ou dont ils ont hérité - comme François Pinault ou Bernard Arnault, ils exercent en général cette philanthropie sur des sujets qui valorisent leur nom et leur image. De leur vivant, les grandes fortunes préfèrent soutenir des projets culturels", confirme Antoine Vaccaro. Si vous financez Versailles, le Louvre, l'Opéra Bastille, cela vous donne du prestige. Mais lorsque vous êtes un géant du luxe, est-ce de la philanthropie ou de la com' ? La nouvelle tendance, c'est donc de faire comme aux Etats-Unis en signant un gros chèque à la grande école qui vous a formé. Et si vous êtes généreux, peut-être qu'un jour un amphi portera votre nom...
Raison n°5 : nos riches ont peur de l'effet boomerang...
Si les milliardaires français sont si pingres avec les "grandes causes" sociales, c'est aussi de notre faute à tous : jaloux, on ne leur passe rien. "Certains jouent bien la carte de la recherche scientifique, de l'enseignement supérieur mais cela reste une approche un peu éloignée du social car en France lorsque des chefs d'entreprise - qui sont des capitalistes - se mêlent du social ou de solidarité, on les suspecte immédiatement de faire du paternalisme ou de l'affichage social !", explique Antoine Vaccaro. Donnez un milliard aux pauvres et l'on vous rappellera combien vous payez vos employés du "bas de l'échelle". C'est l'effet boomerang à la française...
Raison n°6 : nos riches attendent leur mort
En France, il semble parfois qu'un bon philanthrope est un philanthrope mort ! S'il veut donner sans être critiqué à des œuvres sociales, il ne lui reste parfois que son testament... "C'est ce qu'a fait la famille de Cino Del Tucca (NDLR : un célèbre éditeur de presse et producteur de cinéma) qui a légué en 1967 une fortune considérable à l'Institut Pasteur et l'Institut de France", note Antoine Vaccaro, "la Fondation de France abrite d'ailleurs de nombreuses fondations créée post mortem par des particuliers qui ont fait don de leur fortune pour l'enfance malheureuse, par exemple". La fondation a récemment reçu un legs de 130 millions d'euros d'une généreuse donatrice sans héritier. Ces institutions sont parmi les plus populaires sur les testaments avec les autres grands centres de recherche médicale comme l'Institut Curie ou Gustave Roussy "car l'on se sent concerné pour soi, ses proches, ou l'humanité". En donnant, les milliardaires soignent leur postérité, et ça marche ! "Rockfeller est resté comme un philanthrope, un bienfaiteur, mais c'était un misanthrope, un capitaine d'industrie redoutable, capable de détruire ses concurrents. Demain, on se souviendra davantage de Bill Gates pour sa fondation que pour Microsoft. C'est une générosité qui flatte l'ego et qui permet d'inscrire son nom pour les siècles et les siècles", conclut le président du Cerphi.
Conclusion : pourquoi les milliardaires changent
Comme à la fin du 19e siècle et au début du 20e, il se crée aujourd'hui sur notre planète des richesses tout à fait considérables qui côtoient la plus grande misère. 400 milliardaires représentent le PIB de l'Inde, soit un milliard de personnes ! "Nous sommes de nouveau dans un système économique, social, politique où l'on peut construire des fortunes d'une ampleur que l'on ne connaissait plus depuis l'après-guerre. A partir du moment où des individus peuvent bâtir de telles fortunes, il est opportun qu'ils puissent exercer leur philanthropie sur des sujets d'intérêt général. Je préfère que Bill Gates mette de l'argent à lutter contre les maladies dans le tiers-monde qu'à acheter des tableaux ou créer des musées comme le font nos milliardaires français", estime Antoine Vaccaro.
Tout a en effet changé dans la philanthropie depuis que le fondateur de Microsoft a annoncé en 2006 qu'il donnerait 95% de sa fortune à la lutte contre les maladies et l'analphabétisme dans les pays du Sud. La philanthropie est devenue à la mode. Pour le meilleur ou pour le pire, il a fait passer l'idée que des initiatives privées pouvaient prendre le relais d'Etats désargentés dans le traitement des grands problèmes sociaux et donc dans la défense de l'intérêt général.
"Il y a une telle déglingue économique qu'il va bien falloir que des sujets qui ne pourront plus être portés par l'Etat providence soient portés par quelqu'un, affirme Antoine Vaccaro. Comme l'avaient fait les Rockefeller, Vanderbilt, Ford, si les milliardaires ne réinjectent pas une partie des énormes fortunes qu'ils ont constituées pour venir au sauvetage du monde, cela va leur péter à la figure". Cyniquement, donner lorsque l'on est riche, reviendrait donc à sauver sa fortune. Voire sa tête ?
Olivier Levard
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