"Je vous ai entendus". A la fin de la conférence sociale, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a fait l'éloge de la lenteur, par contraste avec le gouvernement précédent. Il s'est félicité de cet "authentique moment de démocratie sociale". Et a appelé au redressement du pays par des réformes structurelles, qui préservent "notre modèle social et républicain".
"Nous prendrons le temps nécessaire du dialogue social", a-t-il déclaré, qui est "la seule marque de fabrique de mon gouvernement". Il a par ailleurs appelé à l'établissement d'un lieu "de dialogue et d'expertise permanent", "un commissariat du dialogue social et de la perspective".
Il a ensuite détaillé la "feuille de route sociale" qui a été élaborée au cours de ces deux jours de travail.
L'emploi, la priorité numéro 1
"Notre mobilisation doit s'articuler avec la reconnaissance du travail", qui vise donc à répondre aux problèmes de "l'accès à l'emploi et à un travail de qualité" mais aussi de "répondre aux attentes des salariés déçus par leur travail".
Le contrat de génération, qui vise à embaucher un jeune tout en gardant un senior au travail, doit faire l'objet de discussions entre les partenaires sociaux d'ici la fin de l'année. François Hollande a indiqué lundi qu'il souhaitait sa mise en œuvre dès le début 2013.
Le gouvernement entend "répondre à la situation globale de l'emploi". "Face à la forte dégradation de la situation de l'emploi, nous devons à la fois agir dans l'urgence et apporter des réponses de long terme", a déclaré Jean-Marc Ayrault devant les partenaires sociaux. Dès la rentrée, le dispositif du chômage partiel doit être amélioré.
Il souhaite également sécuriser le parcours de l'emploi. Des négociations doivent avoir lieu avant la fin du 1er semestre 2013. Le gouvernement envisage de faire varier les cotisations chômage des entreprises en fonction des contrats qu'elles font signer, pour les faire cotiser plus si elles favorisent les contrats précaires. Il pourrait également encadrer les licenciements abusifs et obliger une entreprise fermant une usine à chercher un repreneur. Les aides publiques aux entreprises seront évaluées.
La formation professionnelle, pour sécuriser le parcours professionnel
"Nous n'avons pas besoin d'une nouvelle grande réforme mais des actions concrètes" a estimé Jean-Marc Ayrault. Le Premier ministre a indiqué trois grands axes : "diminuer le nombre de jeunes entrant sur marchés du travail sans qualification", "accompagner les salariés des entreprises menacées par des mutations économique" pour commencer leur reconversion en amont, et "renforcer la formation des demandeurs d'emplois". Le tout en lien avec les territoires.
Les salaires à revaloriser et à limiter
"Nous voulons donner au travail toute la valeur qui est la sienne, a déclaré Jean-Marc Ayrault, et prendre en compte la compétitivité des entreprises". Concernant le Smic, des discussions doivent avoir lieu pour revoir ses modalités de fixation. Un projet de loi sera proposé avant fin 2012. Des négociations interprofessionnelles doivent également travailler sur la question des bas salaires, afin qu'un salarié ne reste pas au Smic tout au long de son parcours professionnel.
Avant la fin de l'année, un texte pour lutter contre les rémunérations excessives sera proposé par le gouvernement. Il passera notamment par un plus grand poids des salariés dans les conseils d'administration des entreprises.
Concernant l'égalité salariale, "nous devons rendre la loi effective", a estimé le Premier ministre.
La prime "dividende" aux salariés, qui devait être versée par les entreprises de plus de 50 salariés ayant versé un dividende en progression par rapport aux deux années précédentes, sera "supprimée".
Le redressement productif, via l'industrie
"Notre industrie est essentielle à notre économie", a déclaré Jean-Marc Ayrault, qui a cependant regretté que "sa part n'(ait) cessée de reculer". Le crédit impôt recherche sera "affiné pour le rendre plus accessible au PME et entreprises de tailles intermédiaires". Concernant le financement des entreprises, la banque publique d'investissement (BPI) doit être mise en place avant la fin de l'année. Le Premier ministre a également annoncé confier à Louis Gallois "une mission sur la compétitivité des entreprises" et "préparer la mise en œuvre d'actions concrètes, d'ici la fin de l'année".
Le financement de la protection sociale à pérenniser
"Le système doit être pérennisé", a commencé Jean-Marc Ayrault, qui a constaté des "différences d'appréciations" entre les partenaires sociaux. Un accord a été trouvé sur le calendrier de travail. Une réforme législative sera proposée en 2013. Le Haut Conseil du financement de la protection sociale devra réfléchir, dès la rentrée, sur "les évolutions possibles du système actuel, notamment en termes de diversification des recettes".
Sur les retraites, "le conseil d'orientation des retraites présentera un état des lieux de notre système d'ici la fin de l'année". Une concertation sera menée à partir du printemps 2013.
Le service public à repenser
Le Premier ministre veut mettre fin à la méthode de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), mise en place par Nicolas Sarkozy. Il a également annoncé une concertation "à l'automne", pour établir un diagnostic des politiques passées en matière notamment de rémunération, afin de dégager une méthode de travail dans un "contexte financier durablement contraint".








