La réforme des retraites date de l'an dernier à peine, et elle s'est faite au prix d'un mouvement de contestation sociale d'une ampleur et d'une radicalisation inédites depuis mai 68, avec notamment des blocages de raffineries et une menace de pénurie de carburant pesant sur tout le pays. Le texte adopté fin octobre, le recul de l'âge légal de la retraite de 60 à 62 ans est devenu effectif au début de l'été, avec l'entrée en vigueur de la réforme en juin. Mais à peine l'épisode achevé, voilà François Fillon qui revient sur ce terrain en évoquant... la convergence avec l'Allemagne.
Or, chez nos voisins d'outre-Rhin, l'âge légal de la retraite n'est pas de 62, mais de 65 ans. Et il va passer graduellement à 67 ans, en vertu d'une réforme votée en 2007 et destinée à éviter l'écroulement d'un système mis à mal par une espérance de vie toujours plus longue et un rétrécissement de la population active. Ce recul se fera toutefois très progressivement, pour atteindre effectivement 67 ans aux alentours de 2030.
"Il faudra aller vers un âge de retraite commun"
Ce thème de la convergence avec l'Allemagne a déjà été avancé à plusieurs reprises par le gouvernement... mais plutôt en matière fiscale. C'est d'ailleurs sur cette question des impôts qu'avait débuté, ce jeudi, le discours du Premier ministre, lors de la remise du prix de l'audace créatrice à Matignon. Un discours dont il est pourtant bientôt sorti pour se livrer à un plaidoyer pour un rapprochement des durées de travail et de l'âge de départ en retraite entre les deux pays.
"Il faudra aller vers un temps de travail commun, il faudra aller vers un âge de retraite commun, il faudra aller vers une convergence progressive de l'organisation économique et sociale de nos deux pays, car c'est la clef de la survie et du développement de la zone euro et du continent européen", a prévenu François Fillon, sans plus de précisions.
Aubry dénonce
Des précisions que son entourage s'est cependant empressé d'ajouter une fois le discours achevé, en tentant de relativiser la portée de l'audace... politique du Premier ministre. "La récente réforme des retraites est un élément de la convergence sociale et le gouvernement n'envisage pas d'aller au-delà dans les prochains mois", a-t-on souligné du côté de Matignon. Tout en rappelant que "la convergence franco-allemande est un objectif général nécessaire pour maintenir la compétitivité de la France", et que "des objectifs précis en matière de convergence fiscale (avaient) été annoncés par le président de la République, notamment sur l'impôt sur les sociétés".
Evidemment, l'audacieuse comparaison faite avec l'Allemagne n'est pas du goût de l'opposition. Martine Aubry a dénoncé jeudi soir la possible retouche de la réforme des retraites qui s'alignerait ainsi sur les propositions de la chancelière allemande Angela Merkel. "Le plan allemand, c'est ce que programme le gouvernement français, sauf que la France le prévoit pour 2018 et l'Allemagne seulement pour 2029", a déclaré la candidate aux primaires socialistes lors d'un déplacement à Villeurbanne (Rhône). "Je suis d'accord pour être en conformité avec l'Allemagne, mais pas avant 2029 et, comme l'Allemagne, en distinguant les emplois pénibles, ce que ne fait pas le gouvernement français", a-t-elle ajouté.






