Après les syndicats, c'est au tour du patron de PSA Peugeot Citroën, Philippe Varin, d'être reçu, ou plutôt convoqué mercredi soir par le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg. Le rendez-vous est prévu à 18h30 à Bercy. Les deux hommes s'étaient déjà vu au ministère il y a un peu moins d'un mois pour parler des projets de PSA pour ses activités en France. Entretemps, le premier constructeur automobile français a officialisé ses projets: suppression de 8.000 postes en France, après les 1.900 déjà annoncés à l'automne dernier et fermeture d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).
Ce plan est jugé "inacceptable en l'état" par le gouvernement. Le président de la République François Hollande a demandé au groupe privé de le renégocier et a même accusé sa direction de "mensonge". Le gouvernement a un "vrai problème" avec la stratégie adoptée ces dernières années par PSA Peugeot Citroën, a déclaré mercredi le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, notamment sur "l'alliance avec General Motors, le comportement de l'actionnaire". "Où va PSA ? Où veulent-ils nous emmener ? Je vous rappelle qu'il y a trois ans, en 2009, 1.700 salariés à Rennes ont déjà perdu leur emploi. Si c'est pour recommencer dans trois ans, nous dirons non", a déclaré Arnaud Montebourg, qui a aussi souhaité rencontrer le principal actionnaire du groupe, la famille Peugeot.
Philippe Varin a dit, dans un entretien au Monde daté de mercredi, comprendre la réaction de François Hollande et s'est voulu rassurant. Mais sur le fond, sa position n'a pas changé d'un iota. "Nous avons examiné toutes les alternatives" à la fermeture d'Aulnay, qui emploie 3.000 salariés et que PSA s'engage à réindustrialiser, répète l'industriel. "Il n'y aura pas de licenciements secs", redit-il aussi, bien qu'un document interne montre que si le groupe ne trouve pas suffisamment de volontaires au départ, une phase de licenciement collectif pour motif économique sera ouverte.
Les syndicats veulent tout savoir
Arnaud Montebourg lui a répliqué, quelques heures après la parution de l'interview, que "notre maître-mot est donc la négociation, le recalibrage, le reformatage pour tout ce qui nous paraîtra abusif". Il a aussi annoncé vouloir rencontrer l'actionnaire principal du groupe, la famille Peugeot, pour parler de la situation actuelle. L'engagement du ministre a plus ou moins convaincu les syndicalistes qu'il a reçu mardi. "Je sors de plus en plus convaincu que c'est aux salariés de se mobiliser", a tempêté Jean-Pierre Mercier, leader CGT à l'usine PSA d'Aulnay. Il reproche à Arnaud Montebourg de vouloir seulement "limiter les dégâts du plan social".
Franck Don de la CFTC a dit attendre le résultat de l'audit de l'expert mandaté par le gouvernement, dont les conclusions finales sont attendues pour septembre. Le gouvernement "ne peut pas à mon sens obliger le groupe à faire quoi que ce soit", a-t-il dit. Les syndicats de PSA ont exprimé mardi, à l'issue de la rencontre avec Arnaud Montebourg, leur souhait d'arriver à un diagnostic précis sur la situation du groupe d'ici au 31 juillet, date de retour de l'expertise gouvernementale. "Il n'y a pas de plan B tant qu'on a pas de détail sur le plan A et l'état financier du groupe", a déclaré Franck Don, délégué CFTC. "On veut connaître l'état de la trésorerie réelle de PSA et si elle nécessite une annonce aussi dramatique et rapide, ce sera la base des discussions à venir", a résumé M. Don.
| Pas de nouvelle prime à la casse |
Le plan d'aide à la filière automobile passera par un "soutien massif" aux véhicules "innovants et propres", mais les constructeurs devront donner des contreparties pour obtenir des aides, a annoncé Arnaud Montebourg. "Nous écartons la prime à la casse", a déclaré le ministre sur France Inter. Le ministre doit dévoiler le 25 juillet son plan d'aide à la filière automobile. "Nous sommes très tentés d'accentuer les mesures liées au bonus malus écologique", a-t-il ajouté. "Il y a un avantage des constructeurs qui se sont portés vers l'hybride et l'électrique. Nous souhaitons pousser cet avantage", a-t-il dit. "On n'a rien sans rien. Les aides publiques ne seront pas données sans contreparties", a-t-il par contre prévenu. S'il exclut de ressusciter la prime à la casse, Arnaud Montebourg a dit aussi "refléchir à une bonne mesure qui permette d'imaginer que les français puissent accéder à la voiture moins cher". |
Vidéo - Arnaud Montebourg sur la filière automobile : "Pas d'aides sans contreparties" :








