A la veille de l'ouverture de la grande conférence sociale qui doit permettre de lancer, en concertation avec le patronat et les syndicats, les premiers grands chantiers du quinquennat de François Hollande, Laurence Parisot est montée au front dimanche, dans les colonnes du Journal du Dimanche, ainsi que sur Europe 1 et I-télé, pour appeler l'Etat à soutenir les entreprises. La "patronne des patrons", qui va s'entretenir avec les partenaires sociaux avant l'ouverture de la conférence, a notamment souligné dans le JDD "la dégradation alarmante de notre compétitivité continuelle depuis douze ans". Selon elle, "toutes les réflexions de toutes les tables rondes" de la conférence lundi et mardi "doivent partir de ce constat".
Ses priorités ? Il faut "d'abord prévenir les plans sociaux et pour cela développer une politique de compétitivité car rien n'est plus favorable à l'emploi que la compétitivité de l'entreprise. Quant à la question des licenciements, elle doit surtout être pacifiée. Nous souhaitons continuer d'étendre la philosophie du refus du conflit, celle de la rupture conventionnelle, dite à l'amiable". Allant plus loin encore dans le cas des PME, elle souhaite discuter avec les syndicats d'un plafonnement des dommages et intérêts accordés par les tribunaux aux anciens salariés de petites entreprises. "Lorsqu'ils atteignent des montants qui vont jusqu'à deux ans de salaire, voire plus, ils mettent en péril la survie des petites entreprises. Ce risque est un frein majeur à l'embauche", ajoute-t-elle.
L'Etat doit-il soutenir PSA ?
Des propositions qui pourraient se heurter à un front du refus des syndicats et heurter le gouvernement. Aussi tente-telle de les justifier par l'urgence : "Certains experts parlent pour notre pays de catastrophe lente, mais je crains pour elles une catastrophe rapide. L'épreuve de vérité sera pour la rentrée de septembre", dit-elle au Journal du dimanche. Sur Europe 1 et I-télé, encore plus catastrophiste, elle a dit craindre une vague de faillites et de plans de suppressions d'emplois d'ici la rentrée. Les pronostics pessimistes de la "patronne des patrons" s'ajoutent aux annonces officielles ou quasi-officielles déjà effectuées dans les grandes industries, notamment l'automobile. Selon un calcul du journal Le Monde, 84 entreprises sont concernées avec déjà 60.000 emplois menacés. Les syndicats évoquent des chiffres supérieurs.
Prenant, précisément, l'exemple de l'automobile, la présidente du Medef a estimé sur Europe 1 et I-télé que l'Etat devait faire comprendre aux salariés que des sacrifices étaient nécessaires pour permettre la relance de leurs sociétés. Elle a paru approuver l'idée d'un soutien de l'Etat au constructeur automobile privé PSA. "Les trésoreries des entreprises sont toujours mises à mal pendant l'été et les carnets de commandes n'étant pas suffisamment garnis, il y a un très, très grand risque de dépôts de bilans significatifs, pour ne pas dire massifs, dans les PME, voire même dans certaines entreprises de taille intermédiaire", a déclaré la dirigeante de la confédération patronale française. Et Laurence Parisot de prendre l'exemple américain du soutien à l'industrie automobile en 2008-2009 pour suggérer que l'Etat français agisse. "Il faut tout faire pour que nos marques automobiles françaises puissent surmonter ce moment difficile", a-t-elle dit.
Laurence Parisot souhaite par ailleurs défendre au sommet social de la semaine prochaine diverses mesures qui, selon elle, soulageraient les sociétés et favoriseraient l'emploi. Le Medef soutient notamment l'idée d'une réforme transférant des entreprises aux citoyens, par le biais de la TVA, une partie du financement de la protection sociale. Il demande aussi la "flexibilité", c'est-à-dire des mesures comme la possibilité de baisser temporairement les salaires en échange d'un maintien de l'emploi.
| Chérèque réclame des "mesures d'urgence" pour l'emploi |
Egalement interrogé dans les colonnes du JDD, le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a estimé que l'emploi doit être la priorité de la conférence sociale lundi et mardi, et a prôné des "mesures d'urgence" comme "les contrats aidés", "un plan massif pour la formation des chômeurs", "un élargissement du chômage partiel", ainsi que la négociation pour trouver le moyen d'"anticiper les restructurations". Il voudrait notamment "donner de la visibilité aux salariés sur la situation économique et ses conséquences sociales, et leur assurer un 'bénéfice' " quand la conjoncture s'améliore". |








