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La France, ces Américains y vivent : qu'en pensent-ils ?

Edité par
le 28 octobre 2012 à 05h45
Temps de lecture
5min
tour eiffel paris monument tourisme

La Tour Eiffel à Paris / Crédits : TF1 News / Steve Marques

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MagazineRencontre avec quatre Américains qui vivent en France. On découvre leurs agacements et leurs incompréhensions face à certains caractères "typically french". Ils nous livrent aussi leurs regards enthousiastes pour cette terre d'accueil devenue la leur.

Expatriés, diplomates, retraités, marié(e) à un Français ou une Française : l'ambassade américaine de Paris estime à plus de 100.000 le nombre de citoyens américains résidents en France. Ces immigrés d'Outre-Atlantique ont certainement remarqué des différences culturelles, politiques, sociétales depuis leur arrivée sur le sol français. Comment ceux-ci vivent-ils leur intégration ? Regrettent-ils les Etats-Unis ? Quatre Américains "francisés" expliquent leurs expériences en France et surtout, avec les Français.

Concetta Antonelli-Lapeyre est une Américaine qui vit en France depuis six ans. Mariée à un Français, elle habite un village de 3000 habitants à côté de Bordeaux. Son arrivée en France a été marquée par un sentiment quelque peu contradictoire. D'une part elle se sentait accueillie, les gens étaient curieux, ouverts, et de l'autre, elle ne pouvait s'empêcher de remarquer la "froideur" de certains. Elle se souvient particulièrement d'une vieille femme qui lui avait lancé : "La guerre est finie, qu'est-ce que vous faites encore là ?". Malgré le ton sarcastique, elle a perçu une once de sincérité, le reflet d'une réalité : certains Français ne comprennent pas, ou n'assimilent pas, sa décision de rester en France.

Pour d'autres, l'intégration était aussi une question de contexte. Si Jennifer Cortright a été bien reçue, elle explique que son statut d'étudiante et le fait qu'elle parle français l'ont "beaucoup aidée". Pour cette quadragénaire, les choses n'auraient pas été pareilles si elle s'était retrouvée avec des gens plus âgés : "à partir d'un certain âge, les gens vont moins à la rencontre de l'autre". Pourtant, Ted Stanger, auteur de Sacrés Français !, qui est aussi venu en France alors qu'il était encore étudiant, ne se sentait pas le bienvenu. « La qualité de la France n'est pas d'accueillir les étrangers » souligne-t-il.


"En France on a des dîners de gauche et des dîners de droite"


Bien qu'ils n'aient pas eu à surmonter d'obstacles significatifs, ces Américains ont reconnu que certaines choses n'étaient pas toujours simples en termes d'intégration. Concetta a eu du mal à accepter qu'on la reprenne constamment pour corriger ses fautes de français : "C'est normal qu'on corrige mes fautes, mais parfois c'est trop, surtout lorsqu'on me coupe. Aux Etats-Unis, interrompre quelqu'un qui parle est très impoli. J'ai envie de leur répondre : c'est bon, laissez-moi un peu de marge. Tout cela peut être très intimidant".

Jennifer, elle, explique que l'intégration au sein du groupe d'amis de son mari a pris quelques années. Mais elle apprécie particulièrement les dîners français qui sont "plus sophistiqués qu'aux Etats-Unis". "Il y a certaines attentes : la cuisine bien entendu, mais aussi la place de la conversation. L'échange est plus prépondérant que dans les dîners américains" explique la jeune femme. Ted Stanger remarque, que si la politique est un sujet qu'on aborde peu aux Etats-Unis, en France on a des "dîners de gauche et des dîners de droite". Les Français ne se confondent-ils donc pas avec des personnes d'opinions politiques divergentes ? 

Ted, auteur et journaliste, insiste sur les différences qui séparent les deux pays dans la sphère politique. Pour lui, la politique est trop présente en France : "Les politiciens sont des stars ici. Aux Etats-Unis, mis à part le président, le vice-président et la secrétaire d'Etat (qu'on connaît surtout parce que c'est Hillary Clinton, ancienne Première dame) ils n'ont pas cette popularité. RTL par exemple, peut interviewer n'importe quel politique et cela fera la Une de la presse." Il ajoute : "en France on a chaque semaine un baromètre de popularité. La politique joue un rôle qui vient obligatoirement s'immiscer dans la vie des gens. C'est dangereux. Ces dernières années, nous avons vu les mêmes politiciens en France, la plupart perdurent sur la scène politique jusqu'à un éventuel procès. Ce sont toujours les mêmes, il n'y a donc pas de vrai changement dans les idées. C'est pour cela que Sarkozy était si détesté. Il n'a pas fait l'ENA, il sortait du système. On pense que les meilleurs étudiants font les meilleurs politiques. Ce n'est pas vrai, les meilleurs étudiants, bien qu'ils soient ‘énarques', manquent souvent d'originalité."


"L'Etat est omniprésent en France"


Mark, un avocat américain installé en banlieue parisienne depuis plus de 20 ans, reconnaît que le système de vote français est bien meilleur. Le nombre de votants aux Etats-Unis est en effet bien moins élevé. En France "la démarche est plus facile, on ne voit pas des gens passer des heures dans les files d'attente ni de couples qui doivent choisir une personne pour voter", souligne Mark. Pour ce qui est du curseur politique, l'avocat explique qu'il n'est pas le même : "les politiques économiques de Sarkozy sont des politiques de gauche aux Etats-Unis". Pourtant, Concetta, présidente de Bordeaux-USA, semble s'opposer à cette idée. Pour elle : "le parti socialiste correspond à celui des Démocrates".  


Les différences majeures qui ont marqué ces Américains sont en grande partie liées au système "social" français versus le système "individualiste" américain et le rôle -plus ou moins important- de l'Etat dans chaque pays. Concetta affirme être "une grande fan de cet esprit ‘tous ensemble'". Elle aime l'idée que les gens soient soudés, qu'il y ait une entre-aide au sein de la société et qu'on se soucie des autres, notamment des personnes âgées. "On ne retrouve pas cela aux Etats-Unis" dit-elle. Jennifer voit les choses différemment : "la France repose sur l'Etat, alors que les Etats-Unis appellent à l'individu et aux associations". "L'Etat est omniprésent en France" renchérit Mark. "C'est un des plus grands employeurs français. Presqu'un quart de la population active travaille dans la fonction publique : c'est énorme !" s'exclame-t-il.


Le stéréotype des Français paresseux et toujours en grève n'est pas confirmé par ces Américains. Pour Jennifer : "Les Français ne sont pas fainéants. Je pense même qu'ils sont de durs travailleurs, malgré leurs nombreuses vacances". "Le fait d'avoir beaucoup de vacances est plutôt une chose positive" affirme Mark, avant d'ajouter : "c'est dommage qu'on ne retrouve pas cela aux Etats-Unis". Jennifer, qui a fondé ‘English Connection' il y a 20 ans en France, pointe du doigt un problème qui n'est pas lié à l'éthique de travail : "L'administration française est complexe et inefficace. Les patrons des PME passent un temps fou à remplir des papiers pour leurs employés. En plus, ils doivent payer de très lourdes charges sociales et taxes d'entreprise au détriment de la croissance de l'entreprise. Ce n'est pas surprenant que les entrepreneurs soient limités en France et les jeunes gens qui veulent monter leur boîte préfèrent souvent partir au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis."


"Toutes les fêtes et jours fériés sont basés sur un calendrier catholique"

Pour ces Américains, les Français ont un rapport à l'argent qui est bien différent de celui qu'on trouve aux Etats-Unis. "Les Américains ont traditionnellement un rapport direct et sans complexe à l'argent. Ils reconnaissent que si une personne gagne bien sa vie, elle le mérite" explique Mark. "Il faut toutefois noter que le mouvement Occupy Wall Street change un peu cette tendance. En France, il y a une méfiance, voire une jalousie, pour les plus riches. Ce phénomène est lié au système d'économie mixte qui promeut la collectivité mais pas le pouvoir économique et l'ambition des citoyens", ajoute l'avocat. Paradoxalement, il dit apprécier le côté discret des Français vis-à-vis de leur argent et comprend les sanctions envers l'ancien président Sarkozy, jugé trop "bling-bling". L'auteur de Sacrés Français ! s'accorde également à dire que l'argent est un sujet tabou en France. Il y voit un lien avec l'origine catholique de la France : "la loi de 1905 qui sépare l'Eglise de l'Etat n'a pas vraiment tout enlevé. Pour les catholiques, l'argent est vil".


Jennifer Cortright explique en effet que l'histoire de la France est très connectée à la tradition catholique, tandis que les Etats-Unis sont un pays né d'une éthique protestante : "Dans la religion catholique, l'homme est un pécheur par essence, alors que les Protestants regardent l'homme comme quelqu'un de perfectible. La conduite immorale est en outre attendue et le public ne trouve pas cela si choquant. C'est peut-être pour cela que certains événements comme l'affaire DSK choquent plus aux Etats-Unis qu'en France. Aux Etats-Unis on attend de nos politiques qu'ils soient attachés aux valeurs morales, les Français, eux, veulent avant tout d'un leader sensible". Mark et Concetta se disent tous les deux incertains de la "laïcité" en France. "Toutes les fêtes et jours fériés sont basés sur un calendrier catholique. Dès que le pape est en visite, on l'annonce aux nouvelles. Le pays est catholique non seulement dans sa culture mais aussi dans ses pratiques." prévient Mark. Pour Concetta, "il est surtout question de forme. Les discours politiques aux Etats-Unis ont beau être rythmés par des ‘God bless America', les Eglises en France appartiennent au patrimoine français".


Enfin, à la question qu'est-ce qui vous manque des Etats-Unis, que vous ne retrouvez pas en France ? Les réponses sont variées. "La possibilité d'aller faire ses courses à 10 heures du soir et la nourriture ethnique comme la Mexican food" sont un manque pour Concetta. Pour Jennifer, c'est l'attitude "go get them", l'idée qu'on peut faire quelque chose du moment qu'on a de l'ambition. "En France, on a la présomption de faire les choses que d'une certaine manière et seulement de cette manière, notamment dans le business." explique la jeune femme. Pour Mark, c'est la courtoisie et la sympathie des gens : "en France on a des bons amis et sa famille. Il n'y a pas d'intermédiaire comme aux Etats-Unis. Je manque les échanges, la possibilité de parler avec quelqu'un bien qu'on ne se connaisse pas». Ted, lui, explique qu'au début c'était "un vrai hamburger ou un milkshake. Mais la France ressemble énormément aux Etats-Unis maintenant."

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  • malhunjian : On est vu différemment selon l'endroit d'où on nous voit ! Mais il est vrai que le français est souvent vu comme arrogant ! Vivant au Pérou, vu d'ici, on ne voit pas le français mais la France. Ici le français ( l'être ) n'est pas du tout connu, pas comme la France en soi ou bien la langue française qui eux restent un must dans l'esprit des gens. Mais ayant énormément voyager dans ma vie, il y a des cons partout et le français n'est pas pire qu'un anglais, qu'un mexicain, qu'un chinois ou qu'un tunisien. Ça dépend juste de notre tempérament, notre éducation et de notre attitude !

    Le 30/10/2012 à 04h07
  • mactan1 : Ils sont pas loin de la vérité......

    Le 28/10/2012 à 08h04
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