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Cannes 2012 #05 : Pete Doherty avant Brad Pitt

RLV photo par
le 22 mai 2012 à 00h00 , mis à jour le 22 mai 2012 à 16h23.
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5min
Confession d'un enfant du siècle de Sylvie Verheyde

Confession d'un enfant du siècle de Sylvie Verheyde / Crédits : Ad Vitam

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Dossier Festival de CannesPete Doherty confirme son talent de poète au cinéma ("Confession d'un enfant du siècle") ; Jean-Louis Trintignant revient pour Haneke ("Amour"), un film-choc à Un certain regard ("Despues de Lucia"). Programme idéal avant la présentation en compétition du très attendu "Killing Them Softly" avec Brad Pitt.

Avant Brad Pitt en tueur à gages dans "Cogan - La mort en douce (Killing Them Softly)", le nouveau long métrage d'Andrew Dominik, réalisateur de l'exceptionnel "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford", et Robert Pattinson métamorphosé dans "Cosmopolis", de David Cronenberg, le festival de Cannes a eu droit à sa star : le chanteur rock Pete Doherty, ancien leader des Libertines et de Babyshambles, créateur de fringues pour la marque The Kooples, on en passe et des meilleurs.
Les fans étaient bien évidemment en transe mais Pete ne trainait pas dans le coin par hasard. Il présentait, en compagnie de la réalisatrice Sylvie Verheyde, le film "Confession d'un enfant du siècle", dans la section «Un Certain Regard».

Pete Doherty et Charlotte Gainsbourg, couple glam et rock
Pete Doherty y joue Octave qui, trahie par sa maîtresse, tombe dans le désespoir et la débauche. La mort de son père l'amène à la campagne où il rencontre Brigitte (Charlotte Gainsbourg), une jeune veuve, de dix ans son aînée. Pour Octave, c'est à nouveau la passion. Vous connaissez la suite.
"Confession d'un enfant du siècle" tente de capter ce que Musset décrivait comme le «mal du siècle», une expression traduisant la maladie d'une génération perdue (celle de la Restauration) et incidemment l'état du romantique : le sentiment d'inadaptation par rapport à la rapidité des bouleversements historiques, l'incapacité à trouver sa place dans le monde, le besoin d'exprimer l'énergie des passions et des rêves, la nécessité de provoquer les bonnes mœurs pour masquer son malaise.
Le résultat tient de l'adaptation littérale du roman de Musset revenant sur sa rupture avec George Sand. Paradoxalement, le traitement est peut-être la vraie faiblesse de ce projet de cinéma ambitieux. S'il n'est jamais conforme aux attentes, le film ne répond pour autant à aucune de ses promesses de film-historique pop, d'autant qu'il lorgne ouvertement du côté de Sofia Coppola ("Marie-Antoinette").
Si l'ensemble se réclame de la littérature pour mieux lui échapper, on ne comprend pas pourquoi un tel classicisme de la part de Sylvie Verheyde, la réalisatrice de "Stella" (2008) que l'on a connu plus spontanée. Le choix de Pete Doherty en Octave-Musset s'annonçait pertinent, mais on ne retient de son rôle que l'imagerie vite convenue du poète solitaire, déversant ses épanchements et cultivant l'extravagance avec une tendance à la pose Dandy. Et lorsque surgit Charlotte Gainsbourg en «vieille maîtresse», on est surpris de voir à quel point il manque une interaction émotionnelle entre les deux acteurs. C'est sûr, il y a de la tendresse dans le regard, mais pas de passion propre à l'histoire d'amour interdite. Vu la somme des talents, c'est frustrant.

Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, vieux couple éblouissant
La vraie surprise de la compétition, c'est "Amour", de Michael Haneke, d'ores et déjà favori pour la Palme d'or avec "De rouille et d'os", de Jacques Audiard. Un cinéaste controversé et multi-récompensé à Cannes (scandale avec "Funny Games", Grand prix pour "La Pianiste", Palme d'or pour "Le Ruban blanc"). Deux acteurs éblouissants (Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, icônes revenues de tout). Demandez l'addition et vous obtenez ce superbe film d'amour à mort, qui traduit un complexe état des choses avec une incroyable simplicité, se révèle très doux sur un sujet extrêmement dur, explore un tabou (la vieillesse, le délabrement moral et physique, les souvenirs qui s'évaporent, les visages familiers qu'on ne reconnaît plus) sans le moindre gramme de complaisance et de pathos. Sur ce coup, Haneke exploite une combinaison parfaitement au point, dans le style comme dans la substance. Il n'a jamais paru aussi délicat, secrètement bouleversé par cette réunion d'acteurs. Son émotion est la nôtre.

En revanche, immense ennui devant "Like Someone in love", d'Abbas Kiarostami, déambulation nocturne et diurne au Japon par le réalisateur iranien. Cette livraison superficielle traduit l'élégante lassitude d'un vétéran sûr de son cinéma. Script inexistant, dramaturgie creuse : même ceux qui tiennent Kiarostami pour l'un des cinéastes les plus importants des dernières décennies ne trouveront guère qu'une poignée de plans-séquence à sauver dans cet assemblage.

Un film-choc à Un certain regard
Ajoutons, dans la section Un Certain Regard, la présentation d'un film très étrange : "Despues de Lucia", nouveau film du réalisateur mexicain Michel Franco. Après l'électrochoc "Daniel Y Ana" (un frère et une soeur étaient forcés de jouer dans un porno clandestin), il creuse la même veine dérangeante avec Despues de Lucia qui reprend le dispositif formel des plans-séquences fixes et rigides pour raconter une histoire au moins aussi puissante (un père à la recherche de sa fille, disparue).
La première scène (un homme loue une voiture, s'arrête à un carrefour et l'abandonne en pleine rue) annonce une situation dure. Plus tard, la même image prend une signification totalement différente mais tout aussi dramatique. Leur juxtaposition témoigne du style de Franco qui recompose un puzzle en le compliquant de différents niveaux chronologiques et propose une incroyable étude de cas sur les thèmes de la culpabilité et de la vengeance - le tout montré en images denses et crues.
Très vite, le film révèle ses atouts et devient l'alliance d'une mise en scène viscérale et d'un script raisonné.
L'astuce, c'est de raconter l'histoire de deux points de vue différents, celui du père qui cherche à comprendre ce qui s'est passé et celui de la fille qui subit passivement un calvaire.
En égrenant des informations, Franco s'attache à souligner leurs états émotionnels. Partant d'un scénario déjà très elliptique, il élague la rhétorique inutile et amplifie l'impact tragique d'une histoire éminemment sombre. Le spectateur peut avoir la sensation d'être pris en otage et pour peu que l'on ne soit pas amateur des expériences malaisantes de Michael Haneke (période "Funny Games"), vraie référence de Franco, on peut trouver ça insoutenable. Pour autant, rien ne sert de se voiler la face. D'autant que la cruauté est telle qu'il n'est pas nécessaire d'enfoncer le clou. "Despues de Lucia" témoigne d'une vision du monde extrêmement noire. La dernière image - terrible - prend à la gorge et hante longtemps après la projection.

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