En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques et de personnalisation. En savoir plus
×
Par le 26 mai 2012 à 17h05, mis à jour le 26 mai 2012 à 19h39

Critique Mud

Après l'immense Take Shelter, Jeff Nichols propose sa version de Stand By Me avec des adolescents qui ont réellement leur âge et des interprètes virtuoses.
26mai.
Mud de Jeff NicholsMud de Jeff Nichols © Ad Vitam

Après deux films magistraux (Shotgun Stories en 2007 et Take Shelter en 2011), Jeff Nichols s'essaye au genre a priori balisé de la chronique initiatique pour adolescents dans la veine de Stand By Me (Rob Reiner, 1986). Pour ce faire, il choisit un style visuel simple mais puissamment évocateur et s'appuie sur la plus grande réunion de stars qu'il ait eu à diriger. Ses deux héros, dont l'un est joué par Tye Sheridan (l'un des enfants de Brad Pitt dans Tree of life), sont jeunes et amenés par les circonstances à faire l'apprentissage de la vie. Ils traversent l'une des périodes les plus difficiles et les plus importantes de leur existence. Un âge où l'on est prêt à tout essayer, où la conscience du danger est inversement proportionnelle à l'attirance pour l'interdit. On compatit d'autant plus avec eux qu'ils sont incarnés avec un naturel parfait. Nichols tente une approche complexe en refusant la diabolisation excessive, en neutralisant la figure du mal (l'innocence contre le monstre) et en ajoutant une dimension romanesque qui fonctionne parfaitement. Très vite, on comprend les motifs et le but secret du criminel en cavale (Matthew McConaughey, qui revient de loin - Lone Star, de John Sayles, en 1995), planqué sur une île du Delta du Mississipi. Ce n'est pas un démon comme dans La nuit du chasseur ou, plus récemment, L'autre rive. Ailleurs, une femme (Reese Witherspoon, qui n'a jamais été aussi bien depuis longtemps) l'attend.

 

 

Nichols cherche à donner une identité propre à chaque personnage, même secondaire. A tel point que les deux adolescents deviennent des liens entre des adultes brisés. La seule réserve face à ce traitement, c'est que leur partie à eux paraît presque sacrifiée. On le soupçonnait fils spirituel de Terrence Malick avec Shotgun Stories et de Peter Weir avec La dernière vague, mais sur ce coup Nichols rejoint la veine plus classique du cinéma de Clint Eastwood, revisitant ainsi toute une mythologie et respectant une imagerie très américaine. Son film n'est heureusement pas un épigone et sur une trame dense et serrée, il trouve matière à traiter quelques-uns de ses thèmes obsessionnels comme l'importance de la famille, la nécessité de se rassembler pour affronter l'horreur du monde ou le tension sourde menaçant à tout instant d'étreindre (la fusillade tant attendue qui n'avait pas lieu à la fin de Shotgun Stories, la fin du monde dans Take Shelter). A l'arrivée, les expériences sont toujours positives parce qu'elles grandissent les personnages: ils ne sont jamais les mêmes au début et à la fin. Mud est donc la confirmation que Nichols donne la possibilité d'y croire avec une absence totale de cynisme : l'innocuité apparente est sans cesse démentie par de nécessaires touches de cruauté. Moralité : c'est toujours en se confrontant à plus mauvais que soi qu'on finit par devenir meilleur.

Romain LE VERN

avec excessif
sep_haut

      cannes 2012 : les dernières infos


      logAudience