Alors que la polémique sur la place des réalisatrices au Festival de Cannes s'était assoupie avec les projections et les premiers essais de pronostics sur la future Palme d'or, Gilles Jacob remet les pieds dans le plat. En adressant indirectement quelques conseils à celui qui lui a succédé en 2001 à la tête de la sélection cannoise, à savoir Thierry Frémaux. Dans une interview au quotidien britannique The Observer publiée dimanche, alors que le jury s'était déjà isolé du reste du monde pour peaufiner son choix, le président du Festival de Cannes s'est dit "persuadé" que le responsable de la sélection chercherait l'année prochaine avec "davantage de soin" des films de femmes.
A travers cet entretien, Gilles Jacob assure que la question n'est pas ignorée au moment de choisir les films qui participeront à la compétition, loin de là. "La responsabilité des féministes et de gens comme moi qui aimons le travail des réalisatrices, c'est de lui dire : 'Etes vous sûr qu'il n'y a pas quelque part un film réalisé par une femme qui mérite d'aller en compétition ?' C'est une conversation que nous avons régulièrement".
"C'était peut-être une erreur"
Gilles Jacob considère encore comme une "honte" qu'une seule femme à ce jour ait décroché la Palme d'or (à savoir Jane Campion pour La Leçon de piano). Pour autant, "le cinéma est dominé par les hommes et Cannes n'est que le reflet du cinéma" constate-t-il. Une domination rendue écrasante cette année, puisqu'aucune réalisatrice n'était en sélection sur les 22 cinéastes en lice pour la Palme d'or. En comparaison, l'an dernier, quatre femmes étaient en compétition : "C'était peut-être une erreur", avance Gilles Jacob. "Tout le monde cette année en attendait cinq, voire six et ensuite ce sera sept... On parle de parité aujourd'hui en France. On veut la parité au gouvernement, la parité partout alors pourquoi pas au Festival de Cannes ?"
Des propos qui tranchent avec ceux tenus jusqu'alors par Thierry Frémaux sur ce même thème. Pris à partie par certaines militantes féministes françaises, le responsable de la sélection avait rétorqué qu'il ne prendrait "jamais un film qui ne le mérite pas simplement parce qu'il est réalisé par une femme. Cela mènerait à une politique de quotas", avait-il mis en garde. Et de faire valoir : "Dans le cinéma, nul doute que la place faite aux femmes doit être augmentée. Mais ce n'est pas à Cannes, ni au mois de mai, qu'il faut poser le problème, c'est toute l'année".





