Le tribunal de grande instance (TGI) de Paris dira mercredi si l'enquête sur l'affaire dite de l'Ecole en bateau a ou non duré excessivement et si, par voie de conséquence, l'Etat français doit être condamné pour "faute lourde". L'affaire concerne onze anciens élèves de l'Ecole en bateau, qui disent avoir été victimes d'abus sexuels commis à bord de trois voiliers qui naviguaient à travers le monde dans les années 1980. Dix-sept ans après la première plainte, ils réclament un demi-million d'euros à l'Etat pour avoir tardé à enquêter sérieusement. Le fondateur de l'association L'Ecole en bateau, Léonide Kameneff, disait vouloir emmener des adolescents naviguer au bout du monde afin de leur apporter "un épanouissement intellectuel, psychologique, affectif et social". Entre 1969 et 2002, 400 garçons et 60 filles ont séjourné sur les trois voiliers-école, le "Karrek Ven", le "Paladin" et le "Bilbo". Mais en 1994, une plainte pour viol et agression sexuelle égratigne la réputation de Léonide Kameneff. Depuis, une trentaine de jeunes ont dénoncé à la police de tels abus. Quatorze se sont constitués parties civiles, les faits dénoncés par les autres étant prescrits. Lors de l'audience du 14 décembre devant la Première chambre civile du TGI de Paris, Me Eric Morain avait détaillé les dysfonctionnements de l'enquête lancée en 1994 à Fort-de-France (Martinique). Il faudra attendre mai 2011 pour que Léonide Kameneff et quatre personnes officiant sur les bateaux-écoles soient renvoyés aux assises. Mais aucun procès n'est encore acquis, un pourvoi ayant été formé en cassation. Agé de 75 ans, Kameneff pourrait n'être jamais jugé. Cette démarche engagée par les parties civiles, "c'est le prix de l'attente, (...) de cette enfance qui a été abîmée par des adultes et que d'autres adultes ont mis tant de temps à commencer à réparer", avait plaidé Me Morain, regrettant qu'on n'ait pas mis plus de moyens dans cette enquête. Le ministère public lui-même avait reconnu que les délais avaient été "objectivement, particulièrement longs". "Il y a eu plusieurs périodes d'inertie, partielle ou complète, qui ont retardé durablement l'instruction de cette affaire", avait dit le procureur, Pauline Caby.
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