© DRLe Grand Paris, projet cher à Nicolas Sarkozy, a commencé son voyage législatif. Les transports, l'urbanisme, l'emploi seront les enjeux des prochaines régionales. La rédaction a mené l'enquête dans la capitale et sa région. Son fil rouge : le RER A et ses rives...
La SNCF condamnée pour un retard
Pour la justice, la SNCF n'a pas respecté son obligation d'amener les voyageurs à destination à l'horaire prévu. Une première qui pourrait donner des idées à d'autres.
Publié le 10/12/2010
Les tours retrouvent droit de cité à Paris
Manque d'espace, besoin d'attirer les entreprises : face à ces défis, les tours ont des arguments puissants, expliquant leur réapparition dans de grands projets à la périphérie de la capitale.
Publié le 01/10/2009
Villes nouvelles : le pari réussi de Noisy-le-Grand
Coeur des grands chantiers lancés à l'est de Paris, dans les années 60, pour créer une capitale multipolaire, Noisy-le-Grand porte toujours les traces de ces mutations à marche forcée.
Publié le 01/10/2009
| Nanterre - Préfecture |
"Le RER A, c'est une autoroute ferroviaire sans voie de dépassement !" Une formule choc lâchée par Guillaume Ancel pour résumer toute la difficulté de sa tâche. Directeur des lignes Transilien A, L et J à la SNCF, cet ancien militaire a pour responsabilité d'assurer la fluidité du trafic sur une partie de la ligne de transports la plus empruntée au monde avec 1,2 million de voyageurs quotidiens.
Si le fonctionnement du RER A incombe à la RATP, la SNCF prend la relève de la gare de Nanterre-Préfecture jusqu'à celles de Cergy-le-Haut et Poissy. Un trajet emprunté par 100.000 personnes par jour auxquelles s'ajoutent chaque année 30.000 nouveaux utilisateurs. Par comparaison, le TER qui relie Lyon à Saint-Etienne, l'un des plus importants en région, ne transporte que 20.000 voyageurs par jour. Malgré un train toutes les deux minutes en tronçon central de Nanterre-Préfecture à Vincennes, le RER A se retrouve pourtant "en état de saturation quasi-permanent", avoue Guillaume Ancel.
Pour que tout roule le mieux possible, la SNCF et la RATP travaillent de conserve. "Nos équipes et celles de Michel Dingival, mon homologue à la RATP, se rencontrent toutes les deux semaines pour évoquer les problèmes courants, plus une fois par mois afin de faire le point sur un dossier compliqué", explique Guillaume Ancel. "Et ça marche très bien !", assure-t-il. Un "téléphone rouge" relie Vincennes, siège de l'équipe RATP, à Saint-Lazare, qui abrite celle de la SNCF. Afin de mieux comprendre les modes de fonctionnement de chacun mais aussi de tisser des relations interpersonnelles, les entreprises pratiquent par ailleurs l'échange périodique de collaborateurs. Une sorte de Vis ma vie du rail.
![]() | "Chaque jour, deux à trois signaux d'alarme sont tirés sans raison sur le tronçon_SNCF du RER_A" |
La coopération concerne la régulation du trafic, l'information aux voyageurs, leur confort ainsi que la propreté des rames et des gares. Objectif numéro un : assurer la continuité de la circulation des rames. "Si on perd 10 secondes quelque part, on met en retard 15.000 personnes" dans les minutes qui suivent, rappelle Guillaume Ancel. L'entretien du matériel roulant (géré uniquement par la RATP) et des infrastructures est donc capital.
Causes des irrégularités : |
source : SNCF |
Puis il y a les imprévus. RATP et SNCF traquent les actes malveillants et les incivilités : signal d'alarme tiré sans motif valable, obstruction des portes, comportements dangereux (traversée des voies...). Des agissements à l'origine d'un tiers des irrégularités sur la ligne.
Chaque jour, deux à trois signaux d'alarme sont ainsi tirés sans raison sur le tronçon SNCF du RER A, ce qui se traduit par plusieurs trains retardés, voire supprimés. Une campagne de sensibilisation des voyageurs a été récemment lancée via des affiches au design soixante-huitard. Dans les gares, des médiateurs informent les voyageurs et tentent de calmer les ardeurs des plus turbulents d'entre eux. Et les contrôleurs sont incités à verbaliser : l'amende s'élève à 176 euros pour un signal d'alarme anormalement actionné.
Autre priorité : maintenir le fonctionnement du RER A lors de mouvements sociaux. En général, en cas de grève des cheminots, l'interconnexion entre la SNCF et la RATP "saute" à Nanterre-Préfecture ; les RER en partance de Cergy et Poissy sont détournés vers Saint-Lazare. Une gare déjà surchargée qui doit alors faire face à une explosion de son trafic et de sa fréquentation. Désormais, lors d'une grève, les deux sociétés de transport en commun tentent d'affecter en priorité les conducteurs non grévistes sur le RER A. Ce fut le cas les 19 mars et 26 mai derniers et l'interconnexion a pu être maintenue.
![]() | ""On me demande de faire tourner une deux-chevaux sur un circuit de course !" |
D'une manière générale, la SNCF et la RATP travaillent ensemble sur des scénarios de crise : un rail qui casse aux Halles, un suicide à Nanterre... Leurs équipes se creusent alors les méninges pour élaborer des plans permettant la reprise du trafic la plus rapide possible. En modifiant les itinéraires, en mettant en place des services de substitution... sans oublier d'informer les passagers. Un point sensible qui suscite la grogne des usagers. "On ne sait pas toujours ce qui se passe à l'instant T", justifie Guillaume Ancel, reconnaissant toutefois que le système de transmission de l'information doit être amélioré.
Alléger le RER A, un vrai casse-tête. Le réseau en étoile des transports en commun parisiens n'est pas adapté aux besoins des voyageurs. Sur le tronçon RER A de la SNCF, deux clients sur trois effectuent un trajet de banlieue à banlieue alors qu'ils sont obligés de passer par Paris. La RATP milite pour la construction de lignes inter-banlieues en petite couronne tandis que la SNCF prône le lancement de nouvelles lignes en moyenne couronne ainsi que la prolongation du RER E jusqu'à La Défense et l'ouverture d'une ligne Mantes-la-Jolie-La Défense. Des projets à dix ans, nécessitant des dizaines de milliards d'investissements. L'union sacrée de tous les partenaires - Etat, région, Stif, SNCF, RATP... - est impérative.
En attendant les décisions politiques, les équipes du RER A gèrent le quotidien. Et font face au ras-le-bol des voyageurs. "On me demande de faire tourner une deux-chevaux sur un circuit de course ! J'en ai marre !", explose Guillaume Ancel. "Pour prendre une image, la SNCF est régisseur d'un immeuble, pas son propriétaire, précise-t-il. J'aimerais bien que Réseau ferré de France, qui est propriétaire du réseau, monte aussi en première ligne." Le ras-le-bol ne se fait donc pas sentir que sur les quais.
Nanterre-Préf', interconnexion sous pression |
En gare de Nanterre-Préfecture, la rame du RER A marque un arrêt plus long qu'ailleurs. Le temps que le conducteur de la RATP laisse son fauteuil à son remplaçant de la SNCF. Celui-ci peut emmener les voyageurs sur le tronçon SNCF mais n'est pas habilité à le faire sur le reste de la ligne géré par la RATP. D'où un temps d'attente qui irrite les passagers, prompts à fustiger la mauvaise organisation de cet échange. "Ce changement représente un millième de l'irrégularité du RER A", rectifie Guillaume Ancel. "Ce n'est pas le conducteur qui fait attendre la rame à Nanterre Préfecture, c'est la saturation du réseau, ajoute-t-il. C'est dans cette gare que l'on peut recaler les choses, à l'occasion du changement de conducteur." |
Par Matthieu Durand | ![]() |
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