Avec Johnny, la mairie déchante

Par Ludovic BLECHER , le 30 novembre 2000 à 00h00

Une subvention d’un million et demie de francs accordée par la mairie de Marseille au concert de Johnny va la mener tout droit au tribunal administratif.

Avec Johnny, la mairie déchante © INTERNE

En lisant la presse locale hier matin, Serge Botey, conseiller municipal RPR chargé des manifestations de l'an 2000 dans la cité Phocéenne, a failli perdre son accent. Sous le titre "Mairie-préfecture : Johnny allume le feu", le quotidien régional La Provence détaille une banale affaire de subvention municipale qui pourrait enflammer – voire dynamiter – les relations entre la Ville et les services du premier représentant de l'Etat, qui ne sont déjà pas au beau fixe.

En guise de refrain, "Quelque chose qui n'va pas" : l'enveloppe de 1,5 million de francs débloquée par la mairie et accordée à l'organisateur du concert de Johnny Hallyday, cet été au Stade vélodrome. Pour le service du contrôle de légalité de la préfecture – qui veille à la bonne utilisation des deniers publics- cette subvention n'était pas judicieuse. La Ville, qui devra se justifier devant le tribunal administratif, s'offusque et rappelle que cette "maigre somme" – comparée à la note payée par la Mairie de Paris pour financer la concert de Johnny au Champs de Mars – a servi à offrir "Johnny à tarif réduit" à 30000 de ses fans "pour fêter l'an 2000".

"J'avoue, j'ai eu un grand tort"

La mairie de Jean-Claude Gaudin, marie DL de Marseille, a en effet versé 1,55 millions de francs à l'organisateur de la tournée du rocker pour que les deux-tiers des tickets soient vendus à 100 francs au lieu du prix moyen de 300 francs. "Je me suis fait faire une photo comme aux Baumettes – la fameuse prison marseillaise – avec entre les mains un panneau barré : Affaire Hallyday, raconte Serge Botey à tf1.fr. Franchement, je suis mort de rire", gouaille l'élu qui a visiblement retrouvé son accent. Avant de concéder : "J'avoue, j'ai eu un grand tort dans cette affaire et, pour ça, je devrai même aller devant les tribunaux. Tous les billets auraient dû coûter 100 francs !".

L'affaire ne serait que la conséquence d'un excès de zèle des agents de la préfecture ? Peut-être, mais pas sûr. Comme le rappelle la Provence, "ce geste de mauvaise humeur est révélateur de relations tendues" entre la ville et le préfet "rose" des Bouches-du-Rhône et de la région PACA. A l'approche des municipales, la préfecture s'est immédiatement attachée à désamorcer la "crise" se fendant d'un communiqué moins rock qu'une chanson de Johnny sur le thème "entre nous tout va bien".

Une rengaine que Serge Botey reprend à son compte en refusant de "rentrer dans la polémique". Mais, comme tout bon Marseillais, le conseiller municipal ne parvient pas vraiment à garder longtemps sa langue dans sa poche. D'un rire savamment exagéré il savoure sa grandeur d'âme, celle d'un homme "qui refuse de se servir d'une tribune que certains – adeptes 'des caniveaux où je ne suis pas obligé d'aller' - lui ont livrée sur un plateau".

Par Ludovic BLECHER le 30 novembre 2000 à 00:00
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