© INTERNE![]() Les civils de Srebrenica chargés à bord d'autobus - DR |
L'Assemblée accouche d'une commission contestable
A l'époque, le commandant des forces de maintien de la paix de l'ONU était français, il se nommait Bernard Janvier. La France était l'une des nations les plus engagées dans le conflit bosniaque, sous la bannière des Nations-Unies. Plusieurs fois des députés français ont tenté de mettre sur pied une commission d'enquête parlementaire, à l'image de celles qui ont été créées pour le génocide rwandais ou la guerre du Kosovo. Mais jamais une telle initiative n'était allée à son terme... Jusqu'au 10 novembre dernier, où la Commission des Affaires étrangères a chargé François Léotard (UDF) du "soin de préparer, en collaboration avec un député de la majorité, membre de la Commission de la Défense, un rapport d'information sur les événements de Srebrenica".
Une nomination qui paraît pour le moins étrange, pour ne pas dire scandaleuse, aux ONG qui, depuis 1995, luttent pour que la lumière soit faite sur la tragédie. Ainsi l'organisation Médecins sans frontières est-elle très vite montée au créneau, exhortant dans un courrier les députés français à "préserver la dignité d'un tel débat et la crédibilité du contrôle parlementaire" sur un sujet aussi délicat. Un ex-ministre de la Défense qui a "mis en place et géré entre 1993 et 1995 le dispositif militaire en Bosnie", à la fois "juge et partie", ne pourrait pas, selon MSF, diriger une enquête présentant "les garanties de pluralisme et de transparence requises".
Révolte chez les militants des Droits de l'Homme
Joint par téléphone lundi après-midi par tf1.fr, Desanta Raspopovic, secrétaire général de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, approuve la révolte de MSF. "Au moment où le parti de Radovan Karadzic est en passe de retrouver le pouvoir en Republika Sprska, nous a-t-elle déclaré, la nomination de François Léotard est bizarre. Elle n'est ni claire, ni normale, ni logique. On pourrait croire qu'il y a une volonté de freiner un indispensable travail d'enquête." Et d'ajouter, comme MSF, que "d'autres personnalités auraient pu légitimement être désignées. De plus, M. Léotard aurait pu lui-même lutter pour que toute la lumière soit faite sur la chute de Srebrenica, de manière à rendre sa nomination crédible."
![]() Casques bleus néerlandais à Srebrenica - DR |
Dans un document intitulé "Demandes pour une commission d'enquête parlementaire sur Srebrenica" dont tf1.fr a obtenu une copie, MSF égrène, entre autres, de terribles interrogations sur le ministère de François Léotard de 1993 à 1995, puis de Charles Millon, à partir de mai 1995 : "La France a-t-elle eu connaissance du fait que l'armée bosno-serbe s'apprêtait à attaquer Srebrenica ? (...) Pourquoi le général Janvier n'a-t-il pas autorisé les frappes aériennes de l'OTAN sur Srebrenica, alors qu'il n'y avait aucun obstacle légal à l'usage de la force, (...) que le bataillon néerlandais présent au sol (…) en avait fait la demande à de multiples reprises", et que "des frappes aériennes avaient été lancées à plusieurs reprises en 1994, pour défendre les zones de sécurité de Gorazde et Bihac ?". Et surtout cette question, qui sonne comme une grave menace : "La France a-t-elle autorisé en juin 1995, en marge des Nations-Unies, un marché non-autorisé consistant en la libération des Casques bleus pris en otage (par les Serbes, ndlr), contre l'arrêt définitif des frappes aériennes ?"
La Commission de la Défense doit encore se prononcer
La décision du Bureau de la Commission des Affaires étrangères stipule que François Léotard doit être assisté d'un membre de la majorité gouvernementale, siégeant à la Commission de la Défense. Celle-ci doit se réunir mercredi matin, pour désigner l'un des siens. Lequel devra assumer, bon gré mal gré, une mission déjà empoisonnée.
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