Les élus corses votent le plan Jospin

Par Franck LEFEBVRE , le 09 décembre 2000 à 00h00

Les élus de Corse ont approuvé samedi à Ajaccio à une très large majorité l’avant-projet de loi du gouvernement sur les nouvelles compétences de l’Assemblée territoriale. Un texte qu’ils jugent néanmoins en retrait sur les engagements pris par le gouvernement.

Les élus corses votent le plan Jospin © INTERNE


Jean-Guy Talamoni -

Les élus corses ont finalement dit : "- oui". Ils ont approuvé samedi à Ajaccio à une très large majorité - 42 voix sur 51 - le texte de l'avant-projet de loi sur l'avenir de l'île. Mais ce vote positif ne doit pas pour autant masquer une réalité : le document ne convainc pas. Jugeant l'avant-projet de loi en retrait sur les engagements pris par le gouvernement, les élus corses ont multiplié les propositions d'amendements - plus d'une centaine - en faveur d'un maximum de moyens pour exercer les nouvelles compétences qui leur sont dévolues. Ces amendements, qui sont en réalité de simples avis, ont été étudiés par les élus qui en ont adopté une cinquantaine après plus de 13 heures de débats, parfois animés, mais le plus souvent très techniques.

"Aller jusqu’au bout du processus"

En ouvrant les débats, le président de l'Assemblée, José Rossi (DL), avait appelé Matignon à aller au bout du processus engagé. "Il n'est plus possible de faire le choix des demi-mesures qui n'accorderaient pas à notre collectivité les moyens effectifs d'une bonne gouvernance. Dans sa relation avec la Corse, l'Etat ne peut pas aujourd'hui donner et retenir. La responsabilité ne peut se partager", avait-il prévenu. Le président RPR de l'exécutif, Jean Baggioni, a alors renchéri, jugeant que "la volonté politique dont a fait preuve le gouvernement ne se traduit pas dans les dispositifs proposés". Il a invité le gouvernement à "aller au bout de la logique de décentralisation".


Les élus de Corse -
Emile Zuccarelli, maire PRG de Bastia, a, quant à lui, réitéré ses réserves et inquiétudes sur la deuxième étape du processus. Il s'est élevé contre le projet de fusion des deux départements en une collectivité unique. Plus ferme dans son opposition, le PRG Nicolas Alfonsi a ironisé sur la spécificité Corse, qui fonde la nouvelle loi. "Ce qui nous distingue des autres régions du continent, ce sont les bombes" et "si certains combattent ce texte parce qu'ils redoutent une délitement de la France, moi je redoute un délitement de la Corse".

Le satisfecit de Jean-Guy Talamoni

"Ce texte ne nous convient pas mais il va dans le bon sens. C'est un compromis", a toutefois jugé le chef de file du groupe Corsica Nazione, Jean-Guy Talamoni, prévenant que "cette première étape ne vaudra rien si elle n'est pas suivi d'une seconde en 2004". A propos des récentes arrestations de nationalistes, il a estimé par contre qu'elles plaçaient "le processus de paix" dans une "difficulté considérable". Le responsable nationaliste a donc réclamé la dissolution des juridictions antiterroristes, dont la 14ème section du parquet de Paris, "créées et formatées", selon lui, "pour être aux ordres des politiques".

Des propos relayé par M. Giacobbi qui s'est interrogé sur les motivations des juges antiterroristes dans l'arrestation de deux militants nationalistes soupçonnés d'avoir participé à une conférence de presse clandestine annonçant la trêve, le 23 décembre dernier. Le président du conseil général de Haute-Corse a comparé ces arrestations avec l'impunité dont avaient bénéficié les militants du FLNC-Canal historique lors de la conférence de presse de Tralonca, en janvier 1996, organisée à la veille de la visite dans l'île du ministre de l'Intérieur, Jean-Louis Debré.

(Photo d'ouverture : José Rossi, président DL de l’Assemblée de Corse)

Par Franck LEFEBVRE le 09 décembre 2000 à 00:00
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