Guerre ouverte au Conseil de Paris

Par Philippe MATHON , le 12 décembre 2000 à 00h00

Journée mouvementée au Conseil de Paris, où les conseillers de droite ont rendu leur tablier pour protester contre le refus de Jean Tiberi de repousser le débat sur le budget : ambiance.

Guerre ouverte au Conseil de Paris © INTERNE

Le spectacle attendu a bien eu lieu. Dès l'ouverture, la séance du Conseil municipal a tenu toutes ses promesses. Jean Tiberi a immédiatement refusé de mettre aux voix le vœu d'une majorité de conseillers RPR, UDF et DL, demandant le report - après les élections municipales - du débat sur le budget 2001 de la ville.

Face à cette décision attendue, les séguinistes réclament aussitôt une suspension de séance d'une demi-heure. Accordée par le maire.

"Moutons de Panurge" et "Radeau de la Méduse"

Cette pause est le théâtre de tous les conciliabules. Les séguinistes s'isolent, le téléphone collé à l'oreille. En contact permanent avec leur chef de file, Philippe Séguin. La gauche crie au scandale. Le leader socialiste Bertrand Delanoë dénonce "les élus du suffrage universel qui trahissent le mandat qu'on leur a donné". Georges Sarre (MDC) ironise sur "la nef de M. Tiberi" qui "prend l'eau" et "les moutons de Panurge qui quittent le navire pour le radeau de la Méduse qu'offre M. Séguin".

En face, on calme le jeu. Le séguiniste Jacques Toubon, auteur d'une tentative avortée il y a deux ans, réfute toute tentative de putsch : "C'est tout le contraire : c'est la loi de la démocratie. Quand Jean Tiberi n'écoute pas les 3/4 de la majorité municipale, il y a un problème".

Balladur serein, avec Roussin

Face à cette foire d'empoigne, Edouard Balladur affiche un détachement de façade. Seul, au beau milieu de la salle du Conseil de Paris, il compulse le projet de budget. Il reçoit alors la visite d'une personne en délicatesse avec la justice : Michel Roussin. Les deux hommes dissertent ostensiblement durant vingt bonnes minutes.

La séance ne reprend pas à l'heure prévue. Un petit contretemps, explique un séguiniste. "Vous aviez dit une demi-heure de pause" rétorque Bertrand Delanoë. Jean Tiberi s'en mêle : "Cette attente n'est pas très correcte pour la représentation municipale". Il déclenche les rires en lâchant : "Au cours de la prochaine mandature, je serai plus strict dans l'application du règlement intérieur"…

Finalement, la séance reprend avec trente minutes de retard. "Allô Philippe (Séguin) ? 36-15 Philippe ?" ironisent les élus de gauche au moment où les hommes de Séguin reviennent dans la salle. Un RPR prend aussitôt la parole pour annoncer la suite des événements : les élus soutenant Philippe Séguin ne participeront pas au vote du budget mais le débat va toutefois se poursuivre, ceux-ci ayant décidé d'être présents en séance, afin de rejeter les amendements présentés par la gauche. Les séguinistes adjoints au maire annoncent dans la foulée qu'ils renoncent à leurs délégations. Ce qui signifie qu'ils abandonnent 3000 à 4000 francs sur leur traitement et renoncent divers avantages non négligeables (voiture de fonction, chauffeur, secrétaires…). A trois mois des municipales, on a connu des gestes plus courageux.

Par Philippe MATHON le 12 décembre 2000 à 00:00
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