Omar Raddad innocenté par l'ADN ?

Par Franck LEFEBVRE , le 20 février 2000 à 18h30 , mis à jour le 27 décembre 2000 à 00h00

Les analyses génétiques sont formelles : aucune trace de l'ADN d'Omar Raddad ne figurait parmi les marques sanglantes retrouvées sur le lieu du meurtre de Ghislaine Marchal. Reste à savoir si ces empreintes sont bien celles du meurtrier, si elles pourront permettre une identification, et si ces éléments seront suffisants pour permettre la révision du procès Raddad. Les chances sont faibles...

omar raddad © INTERNE

- La chronologie de l'affaire
- Comment fonctionnent les tests ADN ?


Omar Raddad et son avocat Me Vergès

Omar Raddad a-t-il tué Ghislaine Marchal ? Les preuves qui l'avaient fait condamner apparaissent aujourd'hui de plus en plus ténues. Ainsi, les analyses du sang prélevé sur le lieu du meurtre n'ont pas permis d'identifier les empreintes génétiques de l'ex-jardinier. L'ADN masculin retrouvé sur la porte de la chaufferie de Ghislaine Marchal, mêlé au sang de cette dernière pour écrire "Omar m'a tuer", est celui d'un autre homme. Reste à savoir à présent si ces nouveaux éléments pourront être utilisés par la défense d'Omar Raddad et permettront l'ouverture d'un nouveau procès.
 
Raddad condamné, puis grâcié

Le cadavre mutilé de Ghislaine Marchal, 65 ans, avait été retrouvé en juin 1991 dans sa villa de Mougins, dans les Alpes-Maritime. A côté du corps, le mur portait une inscription tracée à la va-vite avec du sang : "Omar m'a tuer". Omar Raddad, le jardinier de la victime, avait été condamné en février 1994 à 18 ans de réclusion criminelle, avant de bénéficier d'une grâce présidentielle partielle puis d'être libéré, le 4 septembre 1998. Le 27 janvier 1999, Me Vergès, l'un de ses avocats, déposait une requête en révision auprès de la Cour de cassation, afin d'obtenir un nouveau procès.


Image du procès d'Omar Raddad

Il avait pointé de nombreuses lacunes dans l'enquête, notamment sur l'authenticité de cette inscription : onze experts graphologues l'avaient comparée avec des grilles de mots croisés laissées par la victime et avaient conclu qu´elles n´étaient pas du même auteur. Il était également à l'origine de la demande d'analyse d'ADN pratiquée sur le sang de l'inscription. "Premièrement, Omar Raddad est illettré, on ne voit pas comment il aurait pu écrire. Deuxièmement, on ne voit pas, si c'est lui le coupable, pourquoi il aurait écrit c'est moi le coupable", avait déclaré Me Vergès sur Europe 1 en décembre dernier.
 
Trop d'incertitudes demeurent
 
La défense d'Omar Raddad comptait beaucoup sur ces analyses pour pouvoir lancer une nouvelle procédure et l'innocenter définitivement. Jean-Louis Keita, l’un des avocats d'Omar Raddad, a d'ailleurs fait part mardi de "sa joie" mais aussi de "sa tristesse" après l'annonce que l'ADN retrouvé dans la cave de la villa de Mougins n'était pas celui du jardinier. "De joie", a-t-il dit, "car ces résultats confirment une certitude que nous avions depuis longtemps", celle de l'innocence d'Omar Raddad ; "de tristesse en voyant qu'il a fallu attendre aussi longtemps".
 
Réaction peut-être prématurée... Les empreintes génétiques relevées sur la porte de la chaufferie ne sont pas, en effet, des traces de sang. Il s'agirait plutôt de résidus de transpiration. Or, n'importe quel proche de Ghislaine Marchal a pu, dans les jours ou les heures précédant le meurtre, poser la main sur cette porte. Par la suite, ces empreintes auront été recouvertes par le sang de la victime, qui les aura conservées... Impossible donc de conclure que l'ADN ainsi identifié est bien celui de l'assassin. Par ailleurs, cet ADN est de trop mauvaise qualité pour permettre de déterminer avec certitude à qui il appartient. La défense comptait aussi sur un chevron trouvé dans la cave, non loin du corps de Ghislaine Marchal, et maculé de sang ; mais là encore, l'ADN a été trop mal conservé, et même s'il rendait possible une identification, rien ne permettrait de dire que ces empreintes génétiques n'ont pas été déposées par une autre personne, qui aurait manipulé ce bout de bois bien avant le meurtre... Devant ces incertitudes, il est peu probable pour l'instant que les défenseurs de Raddad puissent, en s'appuyant sur ces seules analyses génétiques, obtenir une révision du procès.
Par Franck LEFEBVRE le 20 février 2000 à 18:30
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