© INTERNEL'objectif était clair : mettre la main sur des viandes suspectes pour montrer que les éleveurs ne sont pas seuls responsables des problèmes rencontrés par la filière bovine ( ESB...) et que, comme les consommateurs, ils font souvent les frais d'intermédiaires peu scrupuleux. En menant leur opération coup de poing, dans la nuit de mercredi à jeudi sur l'autoroute Paris-Rennes, les quelque 300 adhérents du Centre départemental des jeunes agriculteurs (CDJA) de la Mayenne ne pensaient pourtant pas faire si belle prise. Lors du contrôle inopiné d'un dix tonnes frigorifique, immatriculé 35, sur l'aire de repos Laval-Bonchamp, ils ont constaté qu'une partie des lots de viandes transportés avait des dates de péremption dépassées depuis plus de trois mois.
Ahuris par cette découverte, les éleveurs ont aussitôt conduit le véhicule devant la préfecture de Laval, demandant l'inspection des services vétérinaires. "Dans un premier temps, le préfet de la Mayenne nous a délivré une fin de non-recevoir" explique Thierry Mauminot, président de la FDSEA Mayenne, présent sur les lieux. "Au bout de quatre heures, le préfet a demandé aux CRS de charger" continue-t-il. Mais les jeunes agriculteurs, plus nombreux, les ont repoussé et, alors seulement le représentant de l'autorité publique a accepté la venue d'un vétérinaire pour inspecter l'intérieur du camion.
Chaîne du froid rompue et viande avariée
![]() Sacs de viandes avariées - |
Venant du marché de Rungis (Val-de-Marne), le chargement était destiné à un grossiste en viandes de Louvigné-du-Désert en Ille-et-Vilaine, l'entreprise Menara. Son directeur ainsi que le chauffeur ont été entendus dans l'après-midi par la police avant d'être placés en garde à vue. L'entreprise a fait l'objet d'une fermeture administrative après que d'autres lots de viandes avariées y ait été découverts.
La cargaison du camion intercepté cette nuit, environ deux tonnes de viande, était notamment composée de viande hallal (abattue selon le rite musulman), de cervelle, de jambons et de saucissons. Selon les agriculteurs, la viande était notamment originaire de Belgique et d'Irlande. Et Thierry Mauminot d'expliquer que, sur place, en consultant les documents, il avait pu constater que cette viande avait été vendue à raison de 3 francs du kilo. Un prix totalement dérisoire.
Une plainte déposée contre X
La Fédération départementale de syndicats d'exploitants agricoles de Mayenne (FDSEA 53) a annoncé son intention de porter plainte. "Nous avons fait constater les faits par un huissier, et nous allons porter plainte. Face à de tels agissements, on ne peut pas faire autrement", a déclaré Thierry Mauminot, son président, selon qui ces produits avariés risquaient de se retrouver dans la chaîne alimentaire. "S'il y avait eu un problème de santé humaine, des éleveurs auraient payé pour des gens peu scrupuleux", a-t-il estimé, rapprochant cette affaire de celle de la vache folle, qui a très durement touché la filière bovine ces derniers mois en France. Le CDJA va porter plainte conjointement avec la FDSEA. Une plainte contre X dont les motifs devraient être la "vente de denrées périmées" et la "falsification de documents". En effet, explique Philippe Jehan, directeur du CDJA, "sur chaque boîte figure deux dates de péremption".
La défaillance des services publics ?
![]() Carcasses - |
En effet, la question se pose bel et bien. Normalement, n'importe qui ne peut pas vendre ses produits sur le marché de Rungis. Les transactions sont effectuées par des opérateurs qui reçoivent des autorisations pour exercer. Ils sont, en outre, tenus de respecter des règles précises. Des cahiers des charges sont remplis. De plus, les services vétérinaires et la répression des fraudes du Val de Marne organisent des contrôles sur les produits qui circulent sur ce marché. Alors que s'est-il passé? M. Spielrein, président de la société Semmaris en charge de la gestion du marché, n'était "pas en mesure" de répondre à cette question jeudi soir. Les services vétérinaires du Val de Marne étaient injoignables. Au service de la répression des fraudes en revanche, les responsables sont plus bavards. S'ils n'ont pas été partie prenante dans cette affaire - "on ne peut pas être derrière chaque camion" - , ils sont surpris. Et Dominique Ruffin d'expliquer qu'en matière de contrôle des viandes, leurs pouvoirs sont très limités : "Nous faisons des visites régulières sous le pavillon viande. On observe les carcasses, les viandes de découpes. Mais nous ne savons pas, et cela restera le cas jusqu'au 1er janvier 2002, où est née la bête ni où elle a été tuée. Pour les bêtes en provenance des pays de l'Union européenne, nous ne faisons pas ou peu de contrôles. Ces pays sont tenus de les faire en amont et nous sommes obligés de leur faire confiance faute de moyens pour remonter à la source"....
Vendredi soir, la Semmaris, qui gère le marché de Rungis, a annoncé son intention de porter plainte. Son directeur a précisé qu'il "mettra par ailleurs en oeuvre les procédures disciplinaires prévues par le règlement intérieur du marché d'intérêt national".
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