Alfred Sirven, absent énigmatique du procès Dumas

Par Franck LEFEBVRE , le 19 janvier 2001 à 17h06 , mis à jour le 19 janvier 2001 à 17h22

En fuite depuis trois ans, Alfred Sivren, 74 ans, personnage incontournable de l'affaire Elf, sera le grand - et le seul - absent du procès Dumas, ayant toujours réussi jusqu'à ce jour à échapper aux enquêteurs lancés à sa poursuite sur l'archipel philippin.

affaire elf sirven © INTERNE

Nébuleuse de comptes bancaires en Suisse, passeport falsifié, cigares de grandes marques, annonces d'arrestations imminentes puis démenties, intermédiaires douteux proposant des rencontres avec l'homme en fuite moyennant finances: tous les ingrédients sont réunis pour faire d’Alfred Sivren, homme de l'ombre, un personnage de roman. Lorsque Loïk Le Floch Prigent, Pdg d'Elf Aquitaine de 1989 à 1993, dont il fut l'homme de confiance, prendra place lundi sur le banc des prévenus, l'absence de celui que les journaux philippins ont baptisé le "French fugitive" apparaîtra plus criante que jamais. Car l'ancien directeur des "affaires générales" du groupe Elf, au début des années 90, était également le tout puissant président d'Elf Aquitaine Internationale (EAI), filiale suisse du groupe pétrolier français qui a généreusement rétribué bon nombre de personnalités - dont Christine Deviers-Joncour - pour s'assurer des "reconnaissances" diverses.

Interrogations et spéculations

Lorsque l'affaire Elf débute, au milieu des années 1990, la justice ne semble pas prendre immédiatement conscience du rôle déterminant de cet homme discret, fils d'un riche industriel


 Un personnage de roman
qui se targuait
d'en connaître assez
pour "faire sauter
20 fois la République"

toulousain. Alors que Loïk Le Floch-Prigent, est mis en examen et placé en détention provisoire en juillet 1996, le premier mandat d'arrêt international contre Sirven ne sera délivré qu'en mai 1997. Et à la suite d'une incroyable série de "dysfonctionnements", ce n'est qu'en janvier 1999 que ce mandat fera l'objet d'une diffusion dans les 177 pays affiliés à Interpol. Mais ce sont des journalistes de Paris Match, et non la justice, qui les premiers retrouveront sa trace aux Philippines, et publieront, en août puis en novembre 1999, des articles qui amèneront les juges à délivrer une commission rogatoire internationale pour tenter de le localiser.

Depuis, les recherches engagées par les différents services philippins et les policiers français envoyés sur place à différentes reprises se sont révélées infructueuses sur cet archipel de 7.000 îles, destination fort prisée par bon nombre d'occidentaux en délicatesse avec la justice. Des recherches rendues d'autant plus difficiles par la fortune accumulée par Sirven au détriment du groupe Elf, qui lui permet aujourd'hui de s'assurer de la complicité active du clan familial de Vilma Medina, son ancienne employée à Paris, devenue sa compagne de cavale. Fin octobre, Sirven échappait de peu aux enquêteurs, dans la banlieue de Manille, relançant une nouvelle fois les interrogations et les spéculations sur d'éventuelles complicités "haut placées" dont bénéficierait celui qui se targuait d'en connaître assez pour "faire sauter 20 fois la République".

Par Franck LEFEBVRE le 19 janvier 2001 à 17:06
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