L’APAJH de l’Yonne en accusation

Par Franck LEFEBVRE , le 10 janvier 2001 à 00h00

Le préfet de l’Yonne a demandé la suspension de Nicole Charrier, une des responsables de l’APAJH d’Auxerre, où étaient hébergées plusieurs des jeunes filles disparues dans le département entre 1977 et 1979. L’institution est depuis plusieurs semaines au centre d’une vive polémique…

L'APAJH de l'Yonne en accusation © INTERNE


Emile Louis après ses aveux -
Depuis qu’a éclaté l’affaire des "disparues de l'Yonne", les critiques contre l'APAJH d’Auxerre s’accumulent. Au-delà des aveux d’Emile Louis, cet ancien chauffeur de car qui a reconnu avoir assassiné entre 1977 et 1979 sept jeunes filles déficientes mentales légères dont plusieurs fréquentaient l'institut médico-éducatif, l’institution elle-même est mise en accusation. Rétention d’informations, lenteurs à réagir face aux disparitions, attitude ambiguë ou méprisante vis-à-vis des patientes : tels sont les reproches essentiellement adressés à l’Association pour l'aide aux adultes et jeunes handicapés de Grattery, qui hébergeait les jeunes disparues, et à ses dirigeants. Premier signe de reprise en main, le préfet de l'Yonne Bernard Moisselin a annoncé mercredi qu'il avait adressé au président du comité départemental des APAJH de l'Yonne une "injonction de suspension de fonction" de Nicole Charrier, une des responsables de l'association.

Vers une radiation du comité des APAJH de l'Yonne ?

Mais au-delà de la personne de Nicole Charrier, c’est le président lui-même, Georges Decuyper, qui fait l’objet de graves critiques. A tel point que le président de la fédération nationale des APAJH a indiqué lundi qu'il s'acheminait "vers la radiation du comité départemental de l'Yonne", qui gère l'établissement de Grattery. La fédération avait déjà annoncé, le 3 janvier, la suspension du comité départemental devant "l'urgence et la gravité" des faits avoués par Emile Louis. La radiation sera examinée vendredi lors du conseil d'administration de l'APAJH. La fédération reprendrait alors au niveau national la gestion des neufs établissements de l'Yonne dont s'occupe actuellement le comité départemental.


La recherche des corps -
La suspension et même la radiation n'ont cependant aucune conséquence sur la gestion des établissements toujours confiée au comité départemental. Seul un nouvel arrêté du préfet de l'Yonne, en concertation avec le ministère des Affaires sociales, peut retirer à une association la gestion d'un établissement pour la confier à une autre...

"Pressions et harcèlements"

A l'époque des faits, les disparitions avaient été expliquées par des "fugues". Et malgré les demandes insistantes de certains employés de l’institution de Grattery, la direction semble avoir fait peser une véritable chape de plomb sur l’enquête. La semaine dernière, une trentaine de salariés des huit centres gérés par l’APAJH de l'Yonne ont dénoncé, face la presse, "les dysfonctionnements" de leur conseil d'administration et de son président Georges Decuyper. Une porte-parole des salariés de l'APAJH, Nathalie Terrassier, s'est inscrite en faux contre l'idée que personne n'avait réagi sur ces disparitions avant le mois dernier. L'APAJH nationale, la DDASS (direction départementale des affaires sanitaires et sociales) et la préfecture avaient, affirme-t-elle, été alertées "à plusieurs reprises depuis des années" sur des "dysfonctionnements" tels que l'utilisation répétée par le président ou des administrateurs de termes méprisants vis-à-vis des patients. Mais "personne n'a bougé"… Ces démarches se sont par contre traduites par "pressions, harcèlements, sanctions" de la part de l'APAJH.

Pendant que s’amorce cette reprise en main de l'établissement de Grattery, l’enquête sur les "disparues de l'Yonne" se poursuit. Depuis le début de la semaine, le doyen des juges d'instruction Benoît Lewandowski est aussi chargé d’enquêter sur trois autres disparitions à la fin des années 70, concernant trois jeunes filles qui fréquentaient le même établissement : Claudette Boidin, Marinette Chaufournier et Martine Bouillot. Il semble cependant que Marinette Chauffournier, l'une de ces trois nouvelles "disparues de l'Yonne", n'a pas été tuée mais est décédée de mort naturelle à Metz. Selon le Républicain Lorrain, elle serait décédée le 7 mars 1982 avec le bébé qu'elle venait de mettre au monde, et reposerait aujourd’hui au cimetière de Metz-Chambières.

(Photo d’ouverture : les portraits des "disparues de l'Yonne")

Par Franck LEFEBVRE le 10 janvier 2001 à 00:00
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