© INTERNEC’est un vieux médicament à la réputation controversée. Un tranquillisant puissant pour les insomnies les plus lourdes. Tellement puissant qu’il est à l’origine de nombreux accidents de la route. A ce point efficace qu’on le retrouve au centre de plusieurs affaires criminelles depuis le début de sa commercialisation il y a plus de 16 ans en France.
Le Rohypnol, nom sous lequel les laboratoires Roche vendent le Flunitrazépam, vient à nouveau de faire l’objet de restrictions de prescription et de délivrance par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Dans quelques jours, la durée de prescription ne pourra plus excéder 14 jours (au lieu de 28) avec une délivrance fractionnée de 7 jours, soit des boîtes de 7 comprimés. De plus, le médecin devra utiliser un papier à filigrane pour dresser son ordonnance en toutes lettres afin d’éviter les photocopies et les autres fraudes. Autant de mesures déjà d’application pour les stupéfiants, comme la morphine et ses dérivés.
Des sites Internet font l'apologie du Rohypnol
"Nous aurions préféré un interdiction totale mais c’est déjà un signal fort à l’attention des médecins qui continuent à délivrer ce médicament", explique à TF1.fr José Bayer, le responsable du Centre départemental de ressources, d’information et de prévention sur les drogues à Lille (CDRIPD). Le Rohypnol est parfois détourné par les toxicomanes comme produit de substitution. Dans le milieu, on dit qu’on est "sous Roche". Certaines personnes le couplent à l’alcool ou à d’autres drogues pour se désinhiber ou obtenir un effet d’amnésie sans pour autant que l’état de conscience en soit modifié. "Il existe des sites Internet qui font l’apologie du médicament et où des témoins racontent comment ils ont pu abuser sexuellement de personnes en les droguant et en se droguant elles-mêmes", raconte José Bayer.
![]() Image prétexte. - AFP. |
Tendance suicidaire ?
Une pétition signée par 800 médecins et infirmiers circule depuis plusieurs mois pour obtenir l’interdiction pure et simple de ce médicament. "Nous avons mis à la disposition des autorités des témoignages confirmés par des expertises judiciaires démontrant le lien direct entre des crimes et l’absorption de Rohypnol", renchérit Georges Imbert, le président de l’Association des victimes des accidents dus aux médicaments (Avam), interrogé par TF1.fr. Des tentatives d’assassinat impliquant des adolescents aux jeux sexuels sado-maso ayant mal tournés, les témoignages ne manquent pas.
C’est pourtant les accidents quotidiens qui préoccupent le plus Georges Imbert : "Beaucoup d’enquêtes sur les accidents de la route, dont une majorité concerne des personnes âgées, mettent en cause les tranquillisants (Rohypnol mais aussi Témesta, Lexomil, Tranxène, Valium, Xanax ou Imovane)", explique-t-il, avant de poursuivre : "Parfois les victimes se sont littéralement jetées sur les voitures". A la demande de l’Avam, la notice du Rohypnol avertit depuis peu que ce tranquillisant peut favoriser le passage à l’acte suicidaire.
Depuis le début des ventes en 1975, le médicament de Roche a rencontré 10 milliards d’utilisateurs. Il est interdit de vente aux Etats-Unis. Son prix est d’environ un franc par comprimé.
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