Bons baisers de l’Hôtel de Ville

Par Philippe MATHON , le 05 janvier 2001 à 00h00

Dans "Les amis de l’Hôtel de Ville", deux journalistes retracent avec force détails vingt-cinq ans d’une relation passionnelle entre deux hommes que tout oppose, Jacques Chirac et Jean Tiberi.

Bons baisers de l'Hôtel de Ville © INTERNE

Parler de Chirac et de Tiberi, c'est parler d'un vieux couple qui cohabite tant bien que mal. Certes, l'amour n'est plus là. Mais la relation subsiste. Affaires obligent ? L'ouvrage ne tranche pas. Mais livre quelques perles savoureuses qui illustrent à merveille dans quelle estime le premier tient le second. Avec, au cœur de la bataille, Xavière Tiberi, la potion énergisante et belliqueuse du maire. Dans leur essai intitulé Les amis de l'Hôtel de Ville (1), Bruno Dive et Guillaume Tabard retracent avec minutie et forces détails l'itinéraire sinueux de deux hommes que tout oppose.


A jamais brouillés ? -
1995. Pour lui succéder à la tête de l'Hôtel de Ville, Chirac ne voit qu'une personne "qui a le profil" : Alain Juppé. Celui-ci refuse, trop habitué aux vaines promesses du "Grand". La mort dans l'âme, Chirac se retourne sur Séguin. Nouveau refus. Balladur ? Idem. Françoise de Panafieu, proche du nouveau président de la République, lui lance : "Qui sera ton successeur à la mairie ? Pas Tiberi, tout de même !" "En aucun cas !", répond-il, sûr de lui… Tiberi et Toubon, tous deux candidats, vont alors se livrer à un savant jeu du chat et de la souris. Chirac proposera la Place Vendôme… aux deux hommes ! "Dis à Chirac que c'est la mairie ou rien !", lance Xavière à son mari. Les dés sont jetés : Toubon sera Garde des Sceaux, et Tiberi, premier homme de la capitale. Malgré tout…

"Avec tout ce qu'on a fait pour lui !"

Vexations, brimades, rien ne fut épargné à "Jean", d'après les auteurs, Guillaume Tabard (Le Figaro) et Bruno Dive (Sud-Ouest). Longtemps, Tiberi courbe l'échine. "Ce n'est pas grave", assure-t-il à ses proches. Mais l'affaire du fameux rapport payé 200.000 francs sonne le glas de ses illusions. Chirac ne le soutient pas. Bien sûr, celui-ci l'oriente vers Xavier Dugoin, le président du Conseil général de l'Essonne "qui nous donne toujours ce qu'on lui demande", lorsque Tiberi cherche un travail pour sa femme. Mais quelque chose est cassé.

Une situation qui n'est pas du goût de "Xavière". "Avec tout ce qu'on a fait pour lui !" se plaît-elle à lancer à son mari, devant les journalistes. Alors, la femme du maire se découvre, faisant montre d'un comportement singulier. Un jour, à la mairie du Vème, elle crache sur le portrait présidentiel de Chirac. Un autre, elle appelle tel ou tel élu infidèle à son mari pour le menacer.

L'activité nocturne de Xavière


Xavière Tiberi -
Mais l'une des anecdotes les plus savoureuses apparaît à la fin de cet ouvrage. On y voit Xavière Tiberi, la nuit, faisant la tournée de ses ennemis et jeter des poignées de gros sel devant leur porche d'entrée pour que le malheur s'abatte sur eux…

Aujourd'hui encore, la brouille Chirac-Tiberi est à géométrie variable. Lors de l'inauguration de l'hôpital Pompidou, le 21 décembre 2000, on a vu le chef de l'Etat multiplier les amabilités à l'égard de son successeur. Dégel de leur relation ? Il est sans doute trop tôt. Quelques jours plus tard, Jean Tiberi n'affirmait-il pas qu'il n'y a "aucun système à Paris, tout au moins depuis 1995" ?..

Les amis de l'Hôtel de Ville, de Bruno Dive et Guillaume Tabard, Editions Plon, 98F (sortie le 4 janvier)

Par Philippe MATHON le 05 janvier 2001 à 00:00
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