Les brebis sectaires de l'église

Par Ludovic BLECHER , le 17 janvier 2001 à 14h36 , mis à jour le 16 janvier 2001 à 15h54

L'église catholique abrite-t-elle des sectes ? Pour la première fois, le responsable de la question pour l'église catholique de France reconnaît la présence de groupes pouvant révéler des pratiques totalitaires dans la mouvance charismatique.

photo illustration pour sujets sur l eglise ( pretre durant une ceremonie) © INTERNE

Cliquez ici pour l'interview de monseigneur Jean Vernette

C'est une première. Après s'être longuement penché sur l'épineuse question des dérives sectaires de l'Eglise catholique, Monseigneur Jean Vernette a tranché : certains groupes pouvant révéler des pratiques totalitaires gravitent autour de la galaxie charismatique. Ce constat, dressé par le responsable de la question pour l'Eglise de France dans un texte intitulé "L'Eglise catholique et les sectes", sonne comme un examen de conscience à l'approche de la lecture par le Sénat de la proposition de loi renforçant le dispositif de lutte contre les sectes.

L'Eglise catholique reconnaît officiellement qu'elle peut abriter des "dérives sectaires" et dresse même un "état des lieux" de la situation. Aucun mouvement n'est cité nommément mais Monseigneur Vernette évoque notamment les "mouvements de Réveil en christianisme" (communautés nouvelles) dont le fonctionnement est parfois l'objet de plaintes ou d'inquiétudes de proches : coupure abusive avec les familles, autorité incontestée des responsables qui refusent en outre de partager le savoir, non-respect de la législation sociale ou fiscale...

Gare à l'amalgame

Preuve de sa "conversion" à la lutte anti-secte, l'Eglise considère dorénavant qu'il lui revient de "faire le ménage" parmi les mouvements qui y succombent. Quitte à s

"L'Eglise possède son propre droit pour régir le fonctionnement de l'autorité"

e substituer à l'Etat ? Dans la première de son texte Monseigneur Vernette réitère l'opposition de l'Eglise à la création d'un délit de manipulation mentale en estimant que les lois existantes permettent d'ores et déjà de lutter efficacement contre les dérives sectaires. Surtout, il appelle l'Eglise "qui possède son propre droit interne - qui est la protection du faible – pour régir le fonctionnement de l'autorité" à se saisir elle même de ces dérives. Il incite d'ailleurs les familles confrontées à "un groupe" à recourir au Tribunal ecclésiastique diocésain. Ce n'est qu'en cas de délit que la justice doit, selon lui, être saisie mais bien souvent les dérives constatées "ne relèvent pas du pénal". Ces mouvements "ne sont pas des groupes totalitaires trompeurs" mais "croient bien faire, au nom de Dieu".

Cette opération "mains propres" de l'Eglise est cependant loin d'être désintéressée. Certes, il y a des brebis égarées reconnaît implicitement Jean Vernette mais sa principale crainte est de voir des groupes "injustement attaqués" lors de l'entrée en vigueur de la nouvelle loi. "Ce qui est direction spirituelle ou ascèse pour le croyant peut apparaître comme 'exploitation de la dépendance psychologique' pour un autre", insiste-t-il. Et l'ecclésiastique de préciser que toutes les accusations portées par les médias, les "réseaux anticléricaux" ou des familles contre tel ou tel mouvement reconnu par l'Eglise n'étaient pas fondées ou en tout cas ne relevaient pas nécessairement de la justice pénale.

Photo d'ouverture : archive

Par Ludovic BLECHER le 17 janvier 2001 à 14:36
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