Chevènement : "Colonna est un lâche"

Par Philippe MATHON , le 05 janvier 2001 à 00h00 , mis à jour le 09 novembre 2007 à 18h13

Dans un entretien accordé au Parisien, l'ancien ministre de l'Intérieur ne mâche pas ses mots envers Yvan Colonna qui affirme dans une lettre n'avoir pas tiré sur le préfet Erignac et n'être en fuite que parce que la justice l'a condamné d'avance.

Chevènement : "Colonna est un lâche" © INTERNE

Le berger de Cargèse a fait un retour inattendu sur la scène médiatique. L'une des personnes les plus recherchées de France - meurtrier présumé du préfet Erignac - a envoyé, il y a dix jours, une lettre manuscrite au journal nationaliste "U Ribombu", tandis que Marylise Lebranchu, ministre de la justice, l'exhorte à se rendre, et que l'ancien ministre de l'Intérieur le traîte de "lâche" dans un quotidien national. Jean-Pierre Chevènement a en effet estimé que "si Yvan Colonna veut se disculper, (il faut) qu'il se livre à la justice. Mais c'est un lâche, il préfère mettre en cause les juges anti-terroristes". Et ne laisser de trace qu'une lettre.

Celle-ci, écrite en corse et authentifiée par Stéphane Colonna, son frère, est parvenue hier au quotidien l'Est Républicain qui en publie l'essentiel dans son édition, jeudi matin.

Que dit Yvan Colonna ? Qu'il n'a pas participé à l'assassinat du préfet Erignac, le 6 février 1998 à Ajaccio. "Je n'y suis pour rien dans cette affaire. Je ne comprends pas pourquoi deux membres du commando m'ont désigné comme étant le tireur. C'est à eux de dire pourquoi ils m'ont accusé et c'est à eux aujourd'hui de rectifier leurs déclarations", écrit-il. Or, l'un de ses accusateurs, Pierre Alessandri, s'est partiellement rétracté devant les juges, prétendant maintenant que Colonna n'était pas présent sur les lieux de l'assassinat.

 

"Il pourrait se manifester à nouveau"

Dans sa lettre, celui-ci nie également toute participation à l'attaque d'une brigade de gendarmerie, dans la nuit du 5 au 6 septembre 1997 à Pietrosella (Corse-du-Sud), au cours de laquelle le pistolet qui a tué le préfet Erignac avait été dérobé. Problème : Colonna n'amène aucune preuve susceptible de le disculper. D'après L'Est Républicain, citant un de ses proches, Colonna "pourrait se manifester à nouveau, et plus précisément".

 

S'il s'estime innocent, pourquoi alors l'homme est-il en fuite depuis le 21 mai 1999 ? Parce qu'il considère avoir été jugé d'avance. Son frère estime qu'il "ne fait pas confiance à la section antiterroriste parce qu'elle l'a condamné avant de l'avoir jugé". Où se cache-t-il aujourd'hui ? Brésil ? Italie ? Sardaigne ? Ou tout simplement en Corse, dans le maquis ? D'après son frère, Yvan Colonna, qui déclare ne pas avoir "beaucoup de nouvelles de la Corse", se trouve désormais sur un autre continent. Une information qui reste à démontrer.

"Qu'il se présente"

"Ce qui est embêtant c'est la lettre de quelqu'un qui devrait être entendu par un juge d'instruction", a estimé de son côté la ministre de la justice Madame Lebranchu. "J'espère que ceux qui le connaissent pourront le convaincre que l'idéal pour lui c'est d'aller devant le juge d'instruction car, à la limite, s'exprimer comme cela c'est presque se présumer coupable alors qu'il est présumé innocent. Il doit être jugé par un tribunal correctionnel", a déclaré jeudi la garde des Sceaux. "Qu'il se présente vraiment, qu'il se présente", a insisté la ministre qui était interrogée à son arrivée à Matignon où elle doit participer à la traditionnelle réunion des ministres et secrétaires d'Etat.

Même réaction pour l'avocat de la famille du préfet Erignac : "Si Yvan Colonna a des explications à donner, il doit les donner aux juges et à personne d'autre. S'il n'a rien à voir dans cette affaire, je crois que la justice en tirera les conséquences. Nous sommes dans un état de droit", a-t-il déclaré sur Europe 1.

Le ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant a assuré que la "détermination affirmée de rechercher les assassins présumés du préfet Erignac restait totale". "Vous savez très bien que la détermination affirmée de rechercher, pour que la justice tranche la question des assassins présumés du préfet Erignac, reste totale", a-t-il déclaré à sa sortie de Matignon.

(Photo de tête : photo AFP- l'avis de recherche du ministère de l'Intérieur)

Par Philippe MATHON le 05 janvier 2001 à 00:00
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