© INTERNE"Votre profession ?" "Avocat à la cour et parlementaire retraité". "Vos revenus annuels ?" "Environ 600.000 francs". C'était le grand retour de Roland Dumas sur la scène publique, lundi après midi devant la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Autour de lui, ils sont tous là : son ancienne maîtresse, Christine Deviers-Joncour, l'ex-patron d'Elf, Loïk Le Floch Prigent, l'ex-PDG d'Elf-Gabon, André Tarallo, l'homme d'affaires Gilbert Miara et Jean-Claude Vauchez, un administrateur d'EAI. Tous, sauf l'insaisissable Alfred Sirven, toujours en fuite à l'étranger.
Cette première journée d'audience du "Procès Dumas" commence bien mal pour le principal intéressé. Avant l'audience, il avait cité comme témoin Michel Rocard (Premier ministre à l'époque des faits) et Michel Charasse (alors ministre du Budget) pour qu'ils "disent la vérité". En vain : les deux hommes ont décliné l'offre, le premier affirmant n'avoir "rien à dire", l'autre évoquant un providentiel "problème d'emploi du temps". Autre coup dur pour Dumas : le tribunal repousse sa demande consistant à verser au dossier une soixantaine de documents relatifs à la vente de frégates par Thomson à Taïwan en 1992. Cette requête "n'est pas nécessaire en l'état", considère la présidente, Sophie Portier. Roland Dumas, resté muet lundi, aura l'occasion de s'exprimer mercredi à la barre.
"J'ai de la mémoire et je comprends vite !"
Christine Deviers-Joncour, 53 ans, n'a pas attendu longtemps pour subir son premier interrogatoire. Les faits qui lui sont reprochés ? Des salaires, versements, avantages en nature et commissions versés par le groupe pétrolier. Au total, 51 millions de francs. La présidente la soupçonne d'avoir eu recours à un emploi de complaisance. Elle multiplie les exemples de salariés d'Elf - et de fonctionnaires du Quai d'Orsay - qui n'étaient pas informés de son activité au sein de l'entreprise. "Pourquoi cette opacité entre un ministère et une société nationalisée ?" Alors, l'ancienne maîtresse de Roland Dumas s'explique et s'explique encore. D'une voix calme et douce, elle soutient : "Oui, j'ai travaillé, Mme la Présidente". Devant l'air dubitatif de la magistrate, la "Putain de la République" - comme elle s'est elle-même décrite - perd pied. "Vous savez, dit-elle, j'ai de la mémoire et je comprends vite !" Un peu court pour justifier son emploi chez Elf, rémunéré 80.000 francs par mois, "une rémunération moyenne dans la fourchette haute" tente André Tarallo pour la défendre. Un peu court pour masquer son inexpérience dans le secteur du commerce international.
Elle cite le Gabon, l'Irak, le Qatar, l'Ouzbekistan… Autant de voyages qu'elle aurait accompli pour le compte d'Elf. "Sirven savait qu'à tout moment, lors des voyages, je pouvais joindre Roland Dumas", explique-t-elle. "Mais vous n'avez gardé aucune trace de votre travail ?", interroge le procureur. "Si, mais ils ont été volés par un psychanalyste". Elle insiste : "J'étais à la disposition de Sirven 24 heures sur 24 ! Alfred me parlait des choses à faire. Je prenais des notes. Puis je partais au quai d'Orsay et j'attendais un moment où Roland Dumas pouvait me recevoir". MM. Dumas et Le Floch-Prigent multiplient les hochements de tête et les sourires amusés.
Revirement
Dumas aura tout de même un motif de satisfaction en cette première journée d'audience : Christine Deviers-Joncour s'est montrée moins sévère à son égard que pendant l'instruction. "Je n'ai pas la preuve qu'il (Roland Dumas) ait appelé directement Sirven et Le Floch pour mon embauche". Une prise de position contradictoire avec celle adoptée auparavant, lorsqu'elle affirmait que son emploi avait été créé "sur ordre de Roland Dumas", alors ministre des Affaires étrangères. Comme la présidente du tribunal lui faisait remarquer que cette version des faits était nouvelle, Christine Deviers-Joncour a déclaré : "Je ne me contredis pas. Le fait que M. Dumas ait fermé la porte du Quai d'Orsay à Elf a provoqué mon embauche, mais je ne sais pas s'il a décroché son téléphone".
Mardi, le tribunal entendra Loïk Le Floch-Prigent, André Tarallo et Jean-Claude Vauchez.
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