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Portrait de Roland Dumas- Portrait de Christine Deviers-Joncour
- Portrait d'Alfred Sirven
- Portraits des juges Joly et Vichnievsky
Le premier procès très attendu de l'affaire Elf a débuté cet après-midi. Lors de l'arrivée de Roland Dumas au tribunal correctionnel de Paris une énorme bousculade s'est produite. Les barrières destinées à contenir la presse ont cédé et les gendarmes ont eu la plus grande difficulté à escorter l'ancien président du Conseil constitutionnel jusqu'à la salle. Ce dernier, vêtu d'un costume bleu rayé, appuyé sur une canne, n'a fait aucune déclaration.
Pas plus d'ailleurs que les autres prévenus, arrivés dans le prétoire les uns après les autres. L'ex-PDG d'Elf, Loïk Le Floch Prigent, suivi peu après de Gilbert Miara, homme d'affaires et ancien amant de Christine Deviers-Joncour. Celle-ci, le visage fermé, pantalon et manteau noirs sur chemise grenat, s'est présentée cinq minutes plus tard. Dernier arrivé, l'ex-PDG d'Elf-Gabon, André Tarallo. Se retrouve également sur le banc des prévenus Jean-Claude Vauchez, un administrateur d'EAI. Alfred Sirven, directeur d'Elf Aquitaine International (EAI) à l'époque des faits, est quant à lui toujours en fuite. Ce bras droit du PDG d'Elf, interlocuteur privilégié de Christine Deviers-Joncour, homme de réseaux et d'influence, sera jugé par défaut.
Tous sont prévenus d'abus de biens sociaux et/ou de recel et complicité, et sont passibles de cinq ans d'emprisonnement et de 2,5 millions de francs d'amende.
Deux demandes d'annulation rejetées, une autre reportée
La 11e chambre du tribunal a dans un premier temps du étudier différentes demandes d'annulation déposées par les parties. Elle a ainsi décidé de joindre au fond - c'est-à-dire de rendre sa décision au moment du délibéré - la demande d'annulation de l'ordonnance de renvoi formulée par l'avocat l'ancien Pdg d'Elf, Loïk Le Floch-Prigent.
Le tribunal a par ailleurs rejeté la demande formulée par le conseil de Roland Dumas, le bâtonnier Jean-René Farthouat, que soit versées aux débats une cinquantaine de pièces, dont certaines classées secret-défense, concernant l'affaire des six frégates vendues en 1991 par Thomson à Taïwan. "Cette demande n'apparaît pas, en l'état, nécessaire à l'appréciation des faits reprochés à Roland Dumas", a indiqué la présidente du tribunal Sophie Portier à l'issue d'une courte suspension d'audience. Le tribunal a, de la même manière, rejeté la demande de suris à statuer déposée par l'avocate de Christine Deviers-Joncour, Maître Sophie Bottai, qui estimait que cette affaire ne pouvait être jugée tant que le dossier des frégates, toujours en cours d'instruction, n'était pas achevée.
Quatre semaines d’audiences
Ce procès s'étalera sur quatre semaines, essentiellement consacrées aux fastueux salaires, avantages et commissions versés entre 1989 et 1993 à Christine Deviers-Joncour par des filiales d'Elf, en échange d'un travail jugé impalpable, voire fictif, par l'accusation. En tout, les enquêteurs
ont établi que Christine Deviers-Joncour avait reçu 64,5 millions de francs, en espèces, nature et sur différents comptes, dont 13,5 avaient été versés à Gilbert Miara, lui aussi amant de la jeune femme et prévenu de ce procès. Roland Dumas, 78 ans, est soupçonné d'avoir eu des responsabilités en amont et en aval de ces rémunérations occultes : d'une part en favorisant l'embauche par Elf de son amie ; d'autre part en bénéficiant des versements de l'entreprise sur le compte de celle-ci, par des cadeaux, réceptions somptuaires et l'usufruit d'un appartement richement décoré. La jeune femme, qui a d'abord gardé le silence pour protéger Roland Dumas malgré six mois de détention provisoire, a ensuite changé de stratégie en affirmant qu'il n'ignorait rien de l'origine des fonds.
"L'amant de Deviers-Joncour, c’était Miara, pas Dumas !"
Un revirement jugé convaincant par les juges d'instruction Eva Joly et Laurence Vichnievsky. "Lorsque l'appartement a été acheté, l'amant de Christine Deviers-Joncour s'appelait Gilbert Miara. Celui qui s'installait avec son pyjama, ses pantoufles et sa brosse à dents, c'était Miara, pas Roland Dumas", s'est cependant insurgé mardi le bâtonnier Jean-René Farthouat, avocat de Roland Dumas, précisant vouloir apporter "la preuve lumineuse que ce n'est pas Roland Dumas qui a fait embaucher Christine Deviers-Joncour par Elf".
L'ancien ministre citera par ailleurs une dizaine de témoins, parmi lesquels Pierre Mauroy et Michel Rocard, anciens Premiers ministres de François Mitterrand, Michel Charasse et Roger Fauroux, anciens ministres, un ex-directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage), ainsi que quatre ambassadeurs. Sans doute seront-ils invités à s'exprimer sur l'affaire des frégates vendues en 1991 par Thomson à Taïwan, qui ne sera pas jugée dans cette procédure mais pourrait être omniprésente.
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