Eva Joly et Laurence Vichnievsky, les duettistes de l'affaire Elf

Par Franck LEFEBVRE , le 19 janvier 2001 à 17h16 , mis à jour le 19 janvier 2001 à 17h39

Eva Joly et Laurence Vichnievsky, les deux juges d'instruction chargées du dossier Elf, ont acquis une notoriété sans précédent à la faveur des poursuites engagées contre Roland Dumas dans l'un des volets de l'affaire, évoqué à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Paris.

affaire elf joly vichnievsky © INTERNE

Dans la lignée des premières grandes figures des galeries d'instruction des années 80, tels les juges Eric Halphen ou Thierry Jean-Pierre, Eva Joly et Laurence Vichnievsky, les deux magistrates du pôle économique et financier forcent l'admiration des uns, qui louent leur courage et leur force de travail, et suscitent la méfiance des autres, qui fustigent une attirance suspecte pour les feux des caméras. C'est Eva Joly qui arrive la première à la galerie financière du palais de justice de Paris, en 1992, à l'âge de 49 ans, onze ans seulement après avoir entamé sa carrière de magistrate comme substitut à Orléans.

Rapidement, la magistrate d'origine norvégienne s'attaque à de nombreux dossiers techniques, qui, loin de l'impressionner, vont la révéler. Elle perquisitionne chez Bernard Tapie, et met en


 
Des méthodes
et des déclarations
qui exaspèrent. 

examen Jean-Maxime Lévèque (Crédit Lyonnais), André Lévy-Lang (Paribas) ou encore Loïk Le Floch-Prigent (Elf). Placée sous protection policière en 1996, elle réclame la nomination d'un autre magistrat à ses côtés. Ce sera Laurence Vichnievsky. De douze ans sa cadette, elle a exercé des fonctions de juge en banlieue parisienne et travaillé à deux reprises au ministère de la Justice avant de gagner la galerie financière au cours de l'été 1993.

Les bêtes noires des milieux d'affaires

Les deux femmes, qui conduisent de nombreux interrogatoires en commun, deviennent rapidement les bêtes noires des milieux d'affaires. Leurs méthodes, et parfois leurs déclarations, exaspèrent et déclenchent de vives réactions. Comme celle de l'Ordre des avocats de Paris, qui les attaque pour une perquisition effectuée le 26 janvier 1999 chez Me Eric Turcon, l'avocat d'Alfred Sirven. La procédure est aujourd'hui devant la cour de cassation, qui se prononcera le 14 février. Quelques mois après cette perquisition controversée, Mme Joly suscite de nouveau l'émoi au barreau de Paris, affirmant, lors d'un déjeuner de presse, qu'"il n'y aurait pas de blanchiment d'argent sans avocats".

Depuis, le climat parfois passionnel entourant chacune des initiatives des deux magistrates s'est quelque peu apaisé, et le célèbre duo a été renforcé par un troisième juge pour instruire le dossier Elf, l'expérimenté Renaud Van Ruymbeke. Dans "Notre affaire à tous", son livre publié début juin, Eva Joly expliquait sa vision de ce qu'elle appelle "les liaisons dangereuses entre la planète financière et la grande délinquance". Et rendait hommage à Laurence Vichnievsky, auquel le livre est dédié, ainsi "qu'à tous ceux qui permettent à la Justice de mériter son nom".

Par Franck LEFEBVRE le 19 janvier 2001 à 17:16
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