© INTERNEIrak, Kosovo : deux régions du monde dans lesquelles l’armée américaine est intervenue récemment. Deux zones de combats dans lesquelles ont été utilisées des munitions à l’uranium appauvri. Deux conflits qui ont été marqués par l’émergence de mystérieux troubles chez leurs vétérans… Il paraît donc facile de faire le lien entre le "syndrome de la guerre du Golfe" et le "syndrome des Balkans". Mais si les ressemblances sont évidentes, il serait sans doute hâtif de rapprocher les deux "syndromes", comme en témoigne Roger Salamon, qui dirige la commission chargée d'analyser les données relatives à la santé des anciens combattants du Golfe…
tf1.fr : Quelle est la nature exacte de la mission qui vous a été confiée ?
![]() Roger Salamon - |
tf1.fr : Quels sont, en l’état actuel de votre étude, les points communs et les différences entre le "syndrome de la guerre du Golfe" et le "syndrome des Balkans" ?
Roger Salamon : Première chose, premier point commun : indépendamment des problèmes sanitaires, il s’agit de guerres qui ont des caractéristiques assez voisines. A chaque fois, c’est une guerre "propre", sans confrontation d’une armée avec l’autre, mais avec des tirs à distance. Deuxième chose, découlant de la première : c’est l’uranium appauvri, qui a été utilisé au cours de la guerre du Golfe et au Kosovo.
Ce qui est par contre très différent, c’est qu’il y a, dans le cas du "syndrome des Balkans", une maladie, la leucémie, qui est facilement diagnosticable, et dont on pense – je dis bien dont on pense – qu’elle est plus fréquente chez les soldats qui ont servi dans les Balkans, que chez des jeunes qui ont globalement le même âge, le même type de conditions de vie, mais qui n’ont pas fait la guerre. C’est complètement différent dans le cas du "syndrome de la guerre du Golfe", où on n’a pas une maladie, ni même deux maladies, mais une foultitude de plaintes diverses, de symptômes variables. Il s’agit de troubles qui n’ont pas forcément de points communs, et qui sont de plus difficiles à déceler. Quand quelqu’un a une leucémie, surtout dans un délai de deux ans, on le diagnostique sans problème ; quand quelqu’un, huit ou dix ans après les faits, vous dit qu’il éprouve divers troubles ou qu’il a du mal à dormir, le diagnostic est plus difficile…
"Je rendrai mes propositions publiques, car je ne souhaite pas qu’elles soient refusées"
Autre grande différence : en ce qui concerne le "syndrome des Balkans", si les cas de leucémie découverts parmi les soldats ayant servi au Kosovo sont effectivement en excès par rapport à ce à quoi on peut s’attendre dans une population normale (et seule une étude statistique pourra nous le montrer), il nous faudra alors chercher le coupable. Et il est vrai que l’uranium appauvri est dans ce cas un très bon candidat – et pour ainsi dire le seul… Pour la guerre du Golfe, il y a au contraire une foultitude de candidats : l’uranium appauvri, mais aussi les armes chimiques, le climat, les possibles excès de vaccination, les insecticides organophosphorés…
![]() Un missile à l'uranium appauvri - |
En gros, il s’agit de cas très différents ; la seule chose qui soit en commun, c’est le type de guerre – et la présence, dans les deux situations, d’uranium appauvri, qui est, il est vrai, un problème en soi. Mais la difficulté est que, jusqu’à présent, on n’a jamais posé scientifiquement la question en France. Depuis dix ans, il y a eu plus de 400 publications de faites sur la guerre du Golfe – et pas un seul papier publié par la France… En ce qui me concerne, dans trois mois maximum, je ferai des propositions claires de travaux sur le sujet. Et je rendrai ces propositions publiques, car je ne souhaite pas qu’elles soient refusées…
(*) Roger Salamon est professeur de santé publique à Bordeaux, Chef du Service d’Information Médicale au CHR de Bordeaux.
Directeur de l’Unité INSERM 330 Epidémiologie, Santé Publique et Développement
Directeur de l’Institut de Santé Publique, d’Epidémiologie et de Développement (ISPED)
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