La loi, le juge et le journaliste

Par Porpos recueillis par Alexandra GUILLET , le 07 janvier 2001 à 00h00

En s’intéressant de plus en plus aux "affaires", tant les magistrats que les médias tentent d’affirmer leur indépendance vis-à-vis des politiques ; Dans ce combat commun, des liens très particuliers se sont tissés entre eux…des liens non dénués de risques. Comme nous l’explique Jean-Marie Charon, co-auteur d’un essai intitulé "Un secret si bien violé".

La loi, le juge et le journaliste © INTERNE

Depuis quelques années, magistrats et journalistes entretiennent des relations très particulières où chacun se sert de l’autre à des fins très précises. Si les premiers veulent plus d’indépendance, les seconds se battent pour plus de transparence. Comment se sont tissés ces liens ?

Pour en déceler l’origine, il faut remonter au milieu des années 80’. A cette époque, les magistrats subissaient quotidiennement une pression hiérarchique ou gouvernementale. Ainsi, dès qu’un juge était saisi d’une affaire comprenant une dimension politico-financière, toutes ses demandes d’élargissement de la saisine pour mener à bien son enquête lui étaient systématiquement refusées par le parquet. Un parquet "aux ordres" du Gouvernement et qui voulait avant tout éviter de s’attirer les foudres des politiques. Au milieu des années 80’, une poignée de juges (Van Ruymbeck…) a décidé de rompre avec cet isolement. Plus accrocheurs que leurs prédécesseurs, ils ont créé les conditions qui ont fait que les médias ont parlé de leur affaire et des difficultés qu’ils avaient à mener leur enquête.


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Mai si les médias se sont intéressés à ces juges et à ce nouveau type d’affaires, c’est parce qu’ils étaient eux aussi, à ce moment, dans une phase de redéfinition de leur rôle, et de recherche de reconstitution de leur légitimité. Les journalistes souhaitaient se placer davantage dans une position de contrôle et de critique de la vie politique. Au nom de la transparence.

Enfin, troisième élément très important à l’origine du tissage étroit des liens entre journalistes et magistrats : l’évolution de l’opinion publique. Avec la fin des clivages politiques et l’apparition de la cohabitation, l’opinion publique a eu davantage envie que la justice s’intéresse et surveille le fonctionnement des institutions. Ce fort soutien de l’opinion et des médias a progressivement permis aux juges de prendre plus d’assurance et aux membres du parquet de prendre davantage de risques et d’indépendance.

Maintenant que les magistrats ont obtenu une plus grande indépendance, pensez-vous que leurs liens avec les journalistes vont s’estomper ?

Non. Ces liens vont au contraire se perpétuer, mais selon des modalités différentes. Les journalistes considèrent, en effet, que le besoin toujours plus pressant de transparence passe par un suivi et un contrôle, au nom de la société, des institutions. Sur le court terme, je pense même qu’il va y avoir une accélération de ce phénomène de contrôle, du fait même de l’attitude des


L'essai est publié aux
Editions du Seuil -
politiques. La manière violente dont ces derniers ont tendance à réagir lorsque l’on s’intéresse à eux (cf affaire Roussin, affaire JC Mitterrand…) exaspère les magistrats. Et leur refus de se voir soumis aux mêmes règles et sanctions que n’importe quel justiciable choque aussi bien les journalistes que l’opinion publique. Si ce comportement perdure, les magistrats seront incités à être encore plus déterminés et les journalistes tentés de développer leurs méthodes d’investigations.

Quels sont les risques d’un tel engrenage ?

Lorsque l’on entre dans une phase d’emballement de la médiatisation, il arrive un temps où plus personne ne maîtrise la situation. Les risques sont alors, à mon sens, de trois ordres. Le premier est le risque de paralysie de la procédure. Les magistrats sont obligés d’arrêter tous leurs actes de procédures, au risque, sinon, de relancer à chaque fois la médiatisation à outrance de l’affaire. Le deuxième risque est celui des dégâts provoqués sur les personnes, sur le plan professionnel ou sur le plan privé. Le troisième risque est celui de provoquer des dégâts collectifs. La médiatisation à outrance et de manière répétée d’affaires touchant nos institutions ou nos élus risque de porter un sacré coup à la confiance que peuvent avoir les citoyens dans leurs institutions ou élites politiques.

Que pensez-vous des différentes restrictions apportées au droit de la presse, notamment quant aux diffusions des images ?

Elles sont inutiles et plutôt dangereuses. Le droit de la presse et notamment les textes sur la protection de la vie privée et le droit à l’image étaient suffisant.

Par Porpos recueillis par Alexandra GUILLET le 07 janvier 2001 à 00:00
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