© INTERNESégolène Royal présente ce mercredi en conseil des ministres son projet de réforme des dispositions du code de la famille sur l'accouchement sous X. Loin d’interdire cette pratique autorisée en France depuis le régime de Vichy, le nouveau texte prévoit que les mères seront " invitées " à laisser leur nom sous enveloppe à la naissance. Le projet prévoit la création d'un conseil national pour l'accès aux origines personnelles qui, sur demande de l'enfant, cherchera à établir la filiation si la mère est consentante. tf1.fr a recueilli le témoignage courageux et poignant de deux femmes, présidentes d’association militant contre l’accouchement sous X : l’une a abandonné son bébé à la naissance, l’autre a été abandonnée.
"On m’a dit que le mieux serait d’abandonner mon enfant et j'ai accepté" |
Laeticia Buron, présidente de l’Association des mères de l’ombre : "On présente souvent la possibilité de l’accouchement sous X comme un droit de la femme. Moi qui ai abandonné mon bébé, je peux affirmer que cet acte marque au fer rouge le cœur des mères et les poursuit toute leur vie. J’étais dans une grande détresse morale. Je pensais que je ne pourrais pas être une mère idéale et que des parents adoptifs seraient meilleurs que moi. On m’a dit que le mieux serait d’abandonner mon enfant et je l’ai accepté. Je ne savais même pas que je pouvais reconnaître l’enfant puis, éventuellement, l’abandonner afin qu’il soit adopter. Neuf mois après sa naissance, quand je me suis rendu compte de mon erreur, j’ai entrepris les recherches. Treize ans plus tard, j’ai quatre enfants dont un est adopté, mais je n’ai toujours pas réussi à retrouver mon bébé. Je milite en faveur de la création d’un organe de médiation qui permette aux parents et aux enfants de se retrouver s’ils le désirent."J'ai gâché trente années de ma vie pour savoir qui était ma mère" |
Marie De Beukelaer, présidente de l’Association pour le droit aux origines des enfants nés sous X : "J’ai été abandonnée par ma mère à la naissance et j’ai gâché trente années de ma vie pour savoir qui elle était. J’ai fini par le savoir mais elle n’a pas souhaité me rencontrer. Qu’importe, il était important pour moi de savoir, d’avoir un nom. J’ai toujours refusé d’avoir un enfant parce que je craignais de ressembler à ma mère. Je me disais : ‘si elle m’a abandonné, c’est qu’il y avait un problème. Et si j’avais le même problème ?’ Aujourd’hui, je suis veuve et je regrette de n’avoir pas eu un bébé avec mon mari. Il faut interdire l’accouchement sous le sceau de l’anonymat, ne serait-ce que pour que les enfants connaissent les antécédents familiaux en matière de santé. Le projet de Ségolène Royal vise à inviter les mères à reconnaître leur enfant, ce n’est pas suffisant. Qui les invitera ? De nombreuses personnes continuent à penser qu’il vaut mieux que l’enfant soit adopté par des parents "honorables" et qu’il ne sache rien de ses origines."
Selon une enquête du ministère de la solidarité, les "mères de l'ombre" sont, pour 80% d'entre elles, célibataires. Une sur deux a moins de 23 ans et/ou est sans ressources propres. Dans 5% seulement des cas le père est présent et informé de la grossesse. Depuis dix ans le nombre d'enfants nés avec une filiation inconnue ou non établie est en recul régulier: ils étaient 560 en 1999 mais jusqu'à 10.000 par an au cours des décennies précédentes. Il y a aujourd'hui environ 400.000 personnes concernées par la recherche, toujours difficile, de leurs origines.
(Image prétexte en ouverture - DR)