Les sourds-muets organisés en procès

Par Christophe ABRIC , le 30 janvier 2001 à 15h33 , mis à jour le 29 janvier 2001 à 15h57

Depuis ce mardi, quatorze sourds-muets ukrainiens comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir exploité en France des centaines de leurs compatriotes atteints du même handicap.

Vignette Justice © INTERNE

Vous en avez croisé au moins un, au moins une fois, dans le métro ou au restaurant. Un sourd-muet, qui pose discrètement sur votre table ou sur vos genoux une babiole accompagnée d'un message sollicitant votre aide. Il revenait, tout aussi discret, quelques instants plus tard, reprenait l'objet ou quelques unes de vos pièces. Ces hommes et ces femmes étaient véritablement sourds-muets, ils venaient pour la plupart d'Ukraine, et étaient exploités par d'autres Ukrainiens sourds-muets. Le réseau a été démantelé il y a maintenant six mois et 14 de ses dirigeants comparaissent devant le tribunal correctionnel de Pairs depuis ce mardi. Ils sont poursuivis pour "travail dissimulé", "emploi d'étrangers sans titre de travail", "infraction au monopole de l'Office national de l'immigration" et "aide au séjour irrégulier en bande organisée".

Les victimes devaient acheter leurs babioles aux "chefs" et leur payer un impôt

Avant le démantèlement, le réseau fonctionnait avec 250 à 500 sourds-muets, en grande majorité ukrainiens, disséminés dans toute la France. Les sourds-muets, âgés de 25 à 40 ans, étaient "recrutés" en Ukraine par des personnes de la même nationalité et présentant le même handicap, qui leur promettaient une vie meilleure à l'ouest. Une fois sur place, on les logeait dans des petits hôtels. Ils étaient alors forcés d'acheter des babioles aux responsables pour aller ensuite les revendre dans la rue. Chaque jour, les "chefs" venaient prendre un impôt sur le résultat de leurs ventes. Avec le reste, les sourds-muets exploités payaient leur hôtel et leur nourriture.

Cette exploitation des sourds-muets permettait, selon les enquêteurs, de dégager chaque mois un million de francs de bénéfices, aussitôt rapatrié en Ukraine, centre névralgique de l'opération, par le "parrain" ou ses adjoints. Bien que de type mafieux par son organisation, les juges n'ont pas pu établir de lien formel entre ce réseau et la mafia russe ou ukrainienne. Ironie du sort, le procès devait débuter lundi : il a été reporté pour des soucis de traduction.

Par Christophe ABRIC le 30 janvier 2001 à 15:33
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