© INTERNETF1.fr : Dans un rapport sur "L'Eglise catholique et les sectes" vous évoquez pour la première fois la possibilité de dérives sectaires au cœur même de l'Eglise. Est-ce un constat ou une simple hypothèse ?
Monseigneur Jean Vernette :
Tout d'abord, je ne pense pas être le premier à évoquer ce sujet. Il y a déjà eu des exemples de dérives auxquelles l'Eglise a réagi. Comme tout groupe humain, l'Eglise peut connaître des dérives sectaires. D'ailleurs elle en connaît depuis si longtemps qu'elle a mis en place depuis des siècles un droit, le droit canonique – qui est la protection du faible – et qui est destiné a permis la mise en place de procédures afin d'éviter que des "erreurs" se produisent à nouveau.TF1.fr : Le temps est-il venu pour l'Eglise de faire le ménage ?
Mgr Jean Vernette : Oui, car il y a des plaintes et notre priorité est le respect des personnes. Il s'agit donc d'écouter les plaignants d'une part et d'instruire leur plainte de l'autre. A cet effet nous disposons de procédures existantes et de tribunaux ecclésiastiques.
TF1.fr : N'avez-vous pas peur de vous substituer à la justice ?
| "Si on constate un délit qui relève du Code Civil, c'est à la justice de se saisir de l'affaire. S'il s'agit de difficultés dans un fonctionnement, c'est à nous d'intervenir." |
TF1.fr : A l'inverse, vous craignez que la nouvelle loi sur les sectes, engendre un phénomène de discrimination à de certains mouvements reconnus par l'Eglise...
Mgr Jean Vernette : Il y a une action à mener qui comporte les deux versants : à la fois faire le ménage en cernant les dérives existantes mais aussi défendre les groupes catholiques qui sont ou pourraient être accusés sans discernement.
TF1.fr : C'est pourquoi vous vous opposez à l'institution d'un délit de manipulation mentale ?
Mgr Jean Vernette : Effectivement. Au premier abord, cette mesure paraît judicieuse face à certaines situation absolument intolérables. Mais en fin de compte, le risque est de tomber dans la législation d'exception et c'est précisément ce que l'on veut éviter. Que les intentions du législateur soient claires pour aujourd'hui c'est évident : le projet de loi vise les seuls groupements suspects. Mais la question qui se pose c'est : sur quel critère va-t-on décider ? Par exemple, la vie en noviciat, la clôture définitive, les pratiques d'ascèse, le jeûne, autant de pratiques dont il est jusqu'à entendu que ce ne sont pas des activités visant à la manipulation mentale. Notre crainte est que ce sentiment puisse changer.
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