'Tout va très bien, ma chère Marylise'

Par , le 19 janvier 2001 à 12h00 , mis à jour le 19 janvier 2001 à 17h04

Cinq cents magistrats sont descendus dans la rue vendredi matin pour protester contre le manque de moyens de la justice, point d'orgue d'une grogne qui dure depuis des mois.

Les magistrats devant la Chancellerie. © INTERNE


Les magistrats ont manifesté
vendredi matin - DR
"Tout va très bien, ma chère Marylise, mais cependant il faut que l’on vous dise, on déplore un tout petit rien". Cela faisait dix ans qu’on avait pas vu les magistrats défiler dans les rues pour faire valoir leur opinion. Au fil des couplets, les 500 juges égrainent leurs griefs à l’encontre de la réforme de la justice entrée en vigueur le 1er janvier dernier. "Nos juges des libertés sont submergés", chantent-ils sous les fenêtres de la Chancellerie désertée par la ministre Marylise Lebranchu. "Toutes les audiences sont renvoyées", entonent-ils pour rappeler que la justice ne dispose pas de moyens suffisants pour assumer ses missions. "Les délinquants sont relâchés", se plaignent-ils tout en jetant leur codes pénaux en signe de dédain pour la nouvelle loi sur la présomption d’innocence.

"Un budget inférieur à celui
de la mairie
de Paris"

Quelques heures plus tôt, ils expliquaient dans une conférence de presse que leur colère trouvait sa source dans l’état de "faillite" de la justice. "Notre budget est le plus faible de tous les pays européens", a rappelé un représentant syndical. "Ce budget est inférieur à celui de la mairie de Paris", a renchéri une de ses collègues. Le Syndicat des magistrats a même agité la menace d’une grève, en principe interdite aux juges.


Marylise Lebranchu lors de ses voeux
pour l'année 2001 - DR.
A ces critiques formulées de longue date, la ministre de la Justice a rétorqué à plusieurs reprises que, sur 730 postes de magistrats prévus au budget depuis 1997, 600 sont déjà sur le terrain, dont 345 chargés des fonctions créées par la loi sur la présomption d’innocence. La ministre a promis 600 embauches supplémentaires dans les trois années à venir. Mais, au-delà du manque de moyens et de personnel, les magistrats dénoncent l’impréparation de la réforme de la justice voulue par Elisabeth Guigou et amendée en profondeur par les députés. La garde des Sceaux a beau réfuter ces critiques, le report in extremis de l’entrée en vigueur du volet de la loi sur l’application des peines fait figure d’aveu.

Par David Straus le 19 janvier 2001 à 12:00
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