© INTERNEA quinze mois d'échéances politiques majeures, Jacques Chirac tente une nouvelle fois, à travers les traditionnels vœux du Président à la presse, de se placer au-dessus de la mêlée. Et dans la droite ligne de ses vœux aux Français, le 31 décembre dernier, il prône une "année utile", au cours de laquelle la perspective des élections ne devra pas empêcher les nécessaires réformes… Et où la campagne électorale ne devra pas empêcher le gouvernement de gouverner… Message indirect à Lionel Jospin ? Face à la mondialisation, juge le chef de l’Etat, "aucun pays ne peut se permettre d'année sabbatique" ; voilà pourquoi Jacques Chirac a souhaité que 2001 soit placée pour la France "sous le signe de la sérénité, de l'action et de l'intérêt général". Pas question donc de s'autoriser la moindre "posture d'attente" avant les échéances de 2002, sachant que "tout est plus facile aujourd'hui et (que) rien ne doit empêcher la France de saisir les chances de 2001".
"Eviter les joutes idéologiques et politiques"
Un discours qui détonne dans un contexte de pré-campagne électorale dure. Alors même que l’animosité entre le Président et son Premier ministre éclate à chaque intervention publique des deux têtes de l’exécutif, et que Lionel Jospin pourrait être sur le point de se laisser tenter par une démission début 2002 afin de retrouver toute sa liberté de ton face à un Chirac plus combatif que jamais, le chef de l'Etat, toujours plus "donneur de leçons", déclare, candide, que les responsables politiques doivent résister "à la double tentation de reporter à demain les grandes décisions et de concentrer leur énergie à des joutes idéologiques et politiques".
"Les Français, s'ils ont pu dans le passé être séduits par ce genre de joutes, ont aujourd'hui une approche différente de l'action publique" et "ne comprendraient pas qu'on veuille enjamber 2001, subordonner cette année à ce qui ne doit venir qu'ensuite", assure Jacques Chirac. "2001 ne doit pas être une année entre parenthèses, ce doit être une année de la France en mouvement" car "la France a besoin de réformes" et il y a actuellement "une conjonction exceptionnelle de facteurs positifs".
Chirac compte les points
Le message est donc clair : le gouvernement de la République ne doit pas pâtir des rendez-vous électoraux. "Les querelleurs n'ont plus leur place dans une démocratie moderne tout simplement parce qu'ils n'ont pas le sens de l'intérêt général et n'en ont que faire", juge Jacques Chirac. Et le président de la République d’énumérer les domaines dans lesquels il se montrerait "attentif à ce que les réformes avancent": éducation, retraites, Etat, sécurité, démocratie locale, mondialisation, dialogue social. Autant de dossiers "lourds" sur lesquels le gouvernement Jospin est susceptible de s’épuiser. D’autant plus que le Premier ministre doit jouer les arbitres entre ses propres ministres. Jacques Chirac, lui, compte les points. Et par quelques conseils bien tournés, et bien propres à faire bouillir Lionel Jospin, il jette de l’huile sur le feu.
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