Adolescents en péril

Par Franck LEFEBVRE , le 02 février 2001 à 21h41 , mis à jour le 02 février 2001 à 00h44

Deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans, le suicide des jeunes, et en particulier des adolescents, reste en grande partie un sujet tabou. A quelques jours de la Journée nationale contre le suicide, lundi prochain, une étude sur les ''jeunes suicidants'' brise quelques idées reçues.

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Chaque année en France, 800 jeunes de 15 à 24 ans meurent par suicide – ce qui représente la deuxième cause de mortalité pour cette tranche d’âge. Quant au nombre de ceux qui tentent, une fois au moins, de mettre fin à leurs jours, il avoisine les 140 000… Les "facteurs de risque" sont connus, qu’il s’agisse de l’origine sociale, du lieu de résidence, des antécédents psychiatriques ou des violences physiques subies par les jeunes suicidants. Pourtant, au-delà des chiffres, la réalité du suicide chez les adolescents reste méconnue. Souvent, on imagine qu’il concerne des jeunes isolés, en rupture avec leur famille et la société. Une image toute faite largement remise en question par une enquête de l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale(*), qui doit être présentée, lundi prochain, à l'occasion de la Journée nationale contre le suicide.

Les jeunes suicidants ont une vie sociale normale


Une première tentative est trop souvent
minimisée -
Loin d’être isolés, ces jeunes, dans la plupart des cas, sont au contraire bien intégrés socialement et n'hésitent pas à consulter un médecin dans ou hors de l'institution scolaire. C’est le premier enseignement de cette enquête, qui a été menée par l'épidémiologiste Marie Choquet, le psychiatre Xavier Pommereau, et 28 infirmières scolaires exerçant dans 21 établissements du département de la Gironde. Autre constat qui vient battre en brèche l’image traditionnelle du jeune "à risque suicidaire" exclu du système de prise en charge : les auteurs notent que dans 66% des cas, les suicidants que l’infirmière oriente vers le médecin scolaire sont déjà suivis par lui (contre 44% chez les non suicidants), tandis que 74% des adolescents "à risque" à qui l’on conseille de consulter un spécialiste psy, en ont déjà l’habitude (contre 55% dans la population des non suicidants).

Des tentatives de suicide trop souvent minimisées

Par contre, notent les auteurs de l’enquête, les tentatives de suicide sont rarement reconnues comme telles par les adultes. Comme si la gravité du geste était sous-estimée en présence d’un jeune de moins de 20 ans… Non seulement les adolescents n’ont jamais, avant leur passage à l’acte, parlé du suicide avec un adulte, mais bien souvent, les "signaux d’alarme" ont été négligés. Et dans 90 % des cas, les jeunes concernés n’ont pas même été hospitalisés. Une attitude qui n’engage pas seulement la famille, mais aussi les professionnels de la santé, qui peuvent être amenés à minimiser des tentatives de suicide chez des adolescents – avec le risque de provoquer ainsi des récidives…

* " Les élèves à l’infirmerie scolaire ", enquête menée auprès de 21 établissements scolaires de Gironde (8 collèges, 8 lycées d’enseignement général, 5 lycées d’enseignement professionnel) comprenant deux parties principales : 1°/les consultants de l’infirmerie scolaire ; 2°/les suicidants à l’infirmerie, le présent document ne détaillant que cette dernière partie. L’enquête a inclus près de 1000 élèves âgés de 11 à 21 ans. Elle s’est déroulée en mars et avril 2000.

Par Franck LEFEBVRE le 02 février 2001 à 21:41
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