© INTERNE"L'Angolagate" continue à faire tache d'huile. Après Jean-Christophe Mitterrand, Bernard Poussier ou Pierre-Joseph Falcone, la justice s'intéresse de nouveau de près au rôle qu'a pu jouer Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand, dans cette affaire de trafic d'armes vers l'Angola. Jacques Attali avait déjà fait l'objet d'une perquisition dans le cadre de cette enquête, le 1er décembre dernier ; jeudi soir, il a été mis en examen pour pour "recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence".
D'après le Monde de samedi, il est notamment soupçonné par la justice d'avoir usé de son influence auprès du ministère des Affaires étrangères Hubert Védrine. Il aurait introduit Me Allain Guilloux, avocat de Pierre Falcone, auprès du ministre pour solliciter l'appui du Quai d'Orsay dans le contentieux entre M. Falcone et le fisc, toujours selon Le Monde.
Le fisc réclamait 3 milliards de francs (45 millions d'Euros) à Pierre Falcone, dirigeant de la société de ventes d'armes Brenco, écroué depuis le 1er décembre 2000 dans ce dossier. Selon Le Monde, Me Allain Guilloux, qui se serait dit "porteur d'un message d'un chef d'Etat", aurait obtenu une entrevue avec M. Védrine en septembre 1998. Après cet entretien, Me Guilloux, également poursuivi dans cette affaire, a adressé plusieurs courriers à M. Védrine, selon le journal.
Sous contrôle judiciaire
Jacques Attali a été laissé libre sous contrôle judiciaire, mais devra verser une caution de plus d'un million de francs. Il lui est par ailleurs interdit de rencontrer les personnes mises en cause dans ce dossier. L'ex-conseiller de François Mitterrand est soupçonné d'avoir perçu, dans des conditions suspectes, un million de francs de la société de vente d'armes Brenco, à l'occasion d'une opération de micro-crédit.Les rapports troubles Sofremi/Brenco
Les juges s'intéressent tout particulièrement aux relations nouées entre la Brenco et la Sofremi. Office d'exportation d'armes pour la police de matériel civil, de technologies et de formations, la Sofremi dépendait exclusivement du ministère de l'Intérieur jusqu’en 1999. Elle est actuellement au centre de cette enquête sur des ventes d’armes à destination de l’Angola qui a pris des allures d’affaire d’Etat. L'ancien directeur-général adjoint de la Sofremi Bernard Poussier est poursuivi dans ce dossier pour "recel d'abus de biens sociaux, recel d'abus de confiance et trafic d'influence aggravé". La justice le soupçonne d'avoir fait profiter, contre rémunérations, la société de vente d'armes Brenco et son dirigeant Pierre-Joseph Falcone des prérogatives et de l'influence acquises lorsqu'il travaillait à la Sofremi.
Jean-Christophe Mitterrand
Pierre-Joseph Falcone a été pendant de nombreuses années consultant pour la Sofremi en Amérique du Sud et en Afrique et à, ce titre, a reçu d'importantes commissions. Les juges Courroye et Prevost-Deprez le soupçonnent d'avoir vendu en 1993 et 1994, sans avoir reçu d'autorisation officielle des autorités françaises, pour plus de 500 millions de dollars d'armes, venant de l'ex-URSS, au régime angolais, au plus fort de la guerre civile déchirant ce pays d'Afrique australe. Récemment, les juges chargés du dossier se sont ainsi intéressés aux conditions dans lesquelles une Safrane blindée, d'une valeur d'1,3 million de francs, avait été offerte au président angolais José Eduardo Dos Santos. Ce "cadeau" avait d'abord été facturé en 1994 à la Sofremi. La Safrane blindée avait ensuite été refacturée en 1995 à Brenco France, la société de ventes d'armes dirigée de facto par Pierre-Joseph Falcone. Quel était le rôle de la Sofremi? Quel intérêt avait-elle en offrant ce cadeau au président angolais? Pourquoi une société privée, Brenco, avait-elle payé la moitié du cadeau?
"Pasqua a toujours suivi de près ce genre de marchés"
Incarcéré depuis le 1er décembre, Pierre-Joseph Falcone est la seule personne encore écrouée dans cette affaire dans laquelle une dizaine de personnes, dont Jean-Christophe Mitterrand, sont poursuivies. Début janvier, le PDG de la Sofremi depuis octobre 1997, Henri Hurand, assurait au Figaro que Falcone "a arrosé tout le monde pendant des années". "La règle générale était que sur chaque marché intervenait un intermédiaire particulier. Or, à partir de 1992, Pierre Falcone est l'unique interlocuteur de la Sofremi. C'est totalement anormal. Il obtient des rémunérations exorbitantes sur chaque opération", expliquait Henri Hurand. Interrogé sur la connaissance que pouvait avoir le ministère de l'Intérieur de ces agissements, Henri Hurand rappelait que Falcone avait travaillé sous quatre ministres de l'Intérieur successifs mais que "la période la plus significative est celle de Charles Pasqua". 
Charles Pasqua
"Tout le monde sait que celui-ci a toujours suivi de près ce genre de marchés internationaux et que c'est lui qui a nommé le tandem Dubois-Poussier à la tête de l'entreprise", ajoutait-il, notant "au passage, que Poussier a des origines corses". Quelques jours après l'entretien, il avait adressé à M. Pasqua une lettre d'excuses où il regrettait sa "stupide interview".
Retour MYTF1
Chargement en cours...




