Le bottin mondain de Sirven étalé dans la presse

Par , le 08 février 2001 à 17h07 , mis à jour le 08 février 2001 à 17h38

La publication dans les médias de la liste des noms des 200 personnalités figurant dans le calepin d'Alfred Sirven agite les hautes sphères politiques.

paris match sirven carnet téléphonique © INTERNE

Après trois longues années d’absence, le retour d’Alfred Sirven est quelque peu fracassant. Chaque jour qui passe apporte son lot de révélations et l’effervescence qui entoure cette affaire donne le sentiment qu’il ne s’agit là que d’un début. Dernière révélation de taille : hier, au lendemain de son arrivée sur le sol français, Le Parisien et Paris-Match publiaient sur leurs sites Internet le contenu du répertoire téléphonique ayant appartenu à l’ancien numéro deux du groupe pétrolier Elf et saisi par la police Philippine lors de son arrestation. C’est un journaliste du célèbre hebdomadaire qui a remis ce matin l'original de l'agenda aux juges instruisant l’affaire. Il a aussitôt était placé sous scellé.

La crainte de celui qui "pourrait faire sauter 20 fois la République"

"Si je parle, je pourrais faire sauter 20 fois la République". Alfred Sirven
Personne n’a oublié la déclaration tonitruante de Sirven alors qu’il était en fuite : "Si je parle, je pourrais faire sauter 20 fois la République". C’est donc sans surprise que la parution du carnet a eu l’effet d’une bombe dans la classe politique. Et pour cause. Parmi les 200 noms de personnalités inscrites dans l’agenda téléphonique de Sirven, figurent, certes, les noms de plusieurs personnes déjà mises en examen dans l'affaire Elf, comme André Tarallo, ex-PDG d'Elf-Gabon, l'homme d'affaire André Guelfi, ou Christine Deviers-Joncour.

Mais y figurent également les noms de personnalités politique de droite et de gauche jamais mis en cause dans les multiples volets de l'affaire Elf par la justice. Parmi ceux-ci, des anciens ministres de droite Charles Pasqua (et son fils Pierre), Gérard Longuet et Hervé de Charette ainsi que le député DL François d'Aubert et Yves Galland, actuel président du groupe UDF au conseil de Paris. Le numéro de téléphone à l'hôtel de ville de Michel Roussin, ancien bras droit de Jacques Chirac à la mairie de Paris, apparaît également. A gauche, les noms de Gilles Ménage, ancien directeur de cabinet de François Mitterrand à l'Elysée et de Tony Dreyfus (maire PS du 10ème arrondissement à Paris et avocat de Thomson dans le dossier des frégates à Taïwan) figurent dans l'agenda de l'ancien homme de l'ombre d'Elf. Les initiales " JCM " ( ndlr : Jean-Christophe Mitterrand) apparaissent également.

Réactions prudentes

"Rien ne nous inquiète. Ce n'est pas un carnet de téléphone qui peut jouer charge de la preuve" François Hollande

Depuis hier soir les réactions s'amoncèlent mais toutes restent assez prudentes. "Rien ne nous inquiète. Ce n'est pas un carnet de téléphone qui peut jouer charge de la preuve", a commenté jeudi François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste. Le député DL de la Mayenne François d'Aubert, a jugé "un peu scandaleux" qu'il y ait "une espèce de suspicion jetée sur les hommes politiques dès qu'ils apparaissent dans un document". Le porte-parole du RPR Patrick Devedjian a souligné qu'aucun nom de dirigeant du RPR ne figure dans le carnet d'adresse d'Alfred Sirven, estimant que "ne pas y être constitue un brevet d'innocence". D'autres anciens ministres ont souligné avoir eu des contacts avec le chargé des affaires générales d'Elf en raison de leurs responsabilités gouvernementales.

Beaucoup de bruit pour rien ?

Le tapage fait autour du contenu du calepin d’Alfred Sirven n’est-il pas exagéré au regard de ce qu’il peut signifier ou apporter à la justice ? Sur le plan pénal, la liste de noms ne veut rien dire. Et jusqu’à preuve du contraire, figurer dans le carnet d’adresse de quelqu’un impliqué dans des " affaires " ne signifie pas forcément que l’on ait soi-même des choses à se reprocher.

En revanche, une lecture attentive du calepin en dit long sur le réseau d’influence de l’ancien bras droit de Loïk Le Floch-Prigent. Syndicalistes, policiers, politiques, hommes d’affaires… Sirven connaissait beaucoup de monde et du beau monde. Alors même que depuis son implication dans l’affaire tentaculaire d’Elf tout un chacun préfère nier le connaître. Ce sera aux juges d’instructions d’en tirer les conclusions. De démêler le vrai du faux. En attendant, un des avocats d'Alfred Sirven va porter plainte pour "vol et recel de documents".

Par Alexandra Guillet le 08 février 2001 à 17:07
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