Le conjoint, parent pauvre des successions, devrait être mieux protégé

Par , le 06 février 2001 à 07h00 , mis à jour le 06 février 2001 à 08h14

Les députés examinent aujourd’hui une proposition de loi socialiste visant à renforcer les droits du conjoint survivant.

[Expiré] [Expiré] tombe © AFP

Les "pièces rapportées" peuvent se réjouir, le législateur pense enfin à elles. Les députés doivent entamer aujourd’hui une réforme des règles de succession s’appliquant au conjoint survivant. L’objectif  est de renforcer les droits des veufs, en tenant compte de "l’affection", sans pour autant remettre en cause les droits des héritiers réservataires (enfants, parents). Pour le rédacteur de la proposition, le député socialiste Alain Vidalies : "Il s'agit d'une réforme légitime et socialement indispensable, qui tend à faire valoir une logique de l'affection et plus seulement du sang, le conjoint faisant aujourd'hui figure de parent pauvre d'une succession".

Nouvelles dispositions proposées :         

-les droits du conjoint priment sur ceux des frères et soeurs ainsi  que  des grands-parents.                       

-La notion d'usufruit est abandonnée au profit de droits en pleine   propriété.                  

- Sauf volonté contraire du défunt, le conjoint survivant peut continuer à vivre dans la maison du couple jusqu'à sa propre mort. Même contre la volonté du défunt, le droit au logement est garanti un an.

La législation actuelle est héritée du code Napoléon de 1804, qui, dans une France rurale, visait à préserver la propriété foncière en privilégiant les liens du sang. Faute de disposition spécifique (testament, donation au dernier vivant...), le conjoint n'a aujourd'hui droit à la totalité des biens que si le défunt n'a ni enfants, ni petits-enfants, ni parents, ni grands-parents, ni frères et soeurs, ni neveux et nièces. Sinon, il n'a droit qu'à un quart de la succession, en usufruit. Il peut même se retrouver privé de la jouissance du logement conjugal si les héritiers exigent une conversion de cet usufruit en rente, d'autant plus faible que la personne est âgée.

Les conjoints prennent du galon

Concrètement, le conjoint serait dorénavant mieux placé dans l'ordre successoral : les frères, sœurs, neveux et grands-parents n’hériteraient plus. Ils auraient seulement la possibilité de réclamer une pension alimentaire s’ils sont dans le besoin. Le conjoint se verrait aussi garantir des droits à l'héritage en pleine propriété et non plus en usufruit, même en présence d'enfants ou de parents du défunt. Il bénéficierait également, sauf avis contraire du défunt, d'un droit d'habitation jusqu'à sa mort dans la résidence conjugale. Ce droit lui serait, dans tous les cas de figure, garanti gratuitement pendant un an. Par ailleurs, le texte vise, après une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'Homme, à aligner les droits à l'héritage d'un enfant adultérin sur ceux d'un enfant légitime.

Un patrimoine se construit à deux

La Fédération des associations de conjoints survivants se félicite de cette "réforme importante", qui "reconnaît que les deux conjoints participent à la construction d'un patrimoine". "Il s'agit d'une avancée extrêmement positive", a déclaré de son côté Jacques Combret, du Conseil supérieur du notariat, en rappelant qu'actuellement, dans une succession sur cinq, aucune disposition spécifique n'est prise. "Maintenant que ce vaste chantier de la réforme du droit des successions est ouvert, espérons qu'on ne s'arrêtera pas là", a-t-il ajouté. C’est également ce que pense la droite, qui qualifie cette réforme de "trop partielle" au risque de "faciliter des dérives".

Par Alexandra Guillet le 06 février 2001 à 07:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience