© INTERNELa Manche rejette, obstinément, les indices. Dimanche après-midi, le dernier en date avait la forme d'un petit rectangle de plastique blanc. Une carte professionnelle. Celle d'Yves Godard, médecin acupuncteur dans le Calvados : "le" docteur Godard, disparu avec son épouse et ses deux enfants depuis 18 mois, et poursuivi depuis septembre 1999 pour "homicide volontaire".
Dimanche, la marée est basse sur l'île des Ebihens, à quelques brasses du rivage de Saint-Jacut-de-la-Mer. Sur cette plage près de Dinard, dans les Côtes d'Armor, une jeune retraitée se promène et pêche à pied avec ses deux petits-enfants. A la limite du sable et de la vase, elle ramasse une carte. "Je l'ai retournée et j'ai vu le nom. J'ai tout de suite fait le rapprochement", a-t-elle expliqué mercredi au Télégramme de Brest qui reproduit la carte à sa une.
![]() -La carte professionnelle du docteur... |
Aucun doute n'est possible à la vue de l'objet. Ornée d'un caducée, symbole des médecins et des pharmaciens, on peut lire sur la carte les nom et prénom du docteur Yves Godard, sa date de naissance (le 2 juin 1955), l'adresse de son ancien cabinet dans le centre-ville de Caen, ainsi que son numéro d'inscription à 8 chiffres au Conseil départemental des médecins du Calvados.
![]() ... mais sans photo.- |
Reste que ce nouvel "indice" vient s'ajouter à la liste déjà longue des objets divers semés par le docteur depuis sa disparition il y a 18 mois. Retour en arrière. Le 1er septembre 1999, le médecin loue, à Saint-Malo, le "Nick", un voilier de 9 mètres, "pour une croisière de cinq jours", selon ses propos au loueur. Quelques heures avant le départ, Yves Godard se dispute avec son épouse Martine, à leur domicile de Tilly-sur-Seulles, dans le Calvados. Les gendarmes, alertés par les voisins après le départ des Godard, découvrent des traces de sang sur les murs de la maison. Des traces identiques seront relevées quelques jours plus tard dans le combi Volkswagen du médecin, repéré sur un parking près du port de Saint-Malo. Après analyse, les enquêteurs découvrent que ce sang est celui de Martine Godard. Le 10 septembre 1999, le parquet de Saint-Malo ordonne l'ouverture d'une enquête pour "homicide volontaire".
Entre temps, le Nick a été contrôlé en mer par un bateau de la douane le 2 septembre. Rien à signaler selon les douaniers. Depuis plus de nouvelles des Godard : les indices s'accumulent et le mystère enfle. Le 5 septembre, on retrouve l'annexe du "Nick" devant l'île de Batz, dans le Finistère. Puis le gilet de sauvetage le 17 septembre à l'ouest de l'île anglo-normande d'Aurigny. Suit le radeau de survie du "Nick" le 23 devant une plage au sud de l'Angleterre. Enfin et surtout, le 6 juin 2000, des pêcheurs remontent dans leurs filets un crâne. Des tests ADN l'identifient comme celui de Camille Godard, 6 ans, la fille du docteur.
Alors, que s'est-il passé ? Godard a-t-il tué sa femme et fui avec ses deux enfants, s'est-il suicidé après avoir tué sa famille, ou a-t-il tué les siens et est toujours en vie ? Un "corbeau", depuis plusieurs mois, écrit aux enquêteurs : le médecin, affirme-t-il, est sur l'île du Man, en mer d'Irlande, puis aux Hébrides, puis en Crète. Trois culs-de-sac à chaque fois pour les gendarmes.
Mardi, la carte professionnelle du docteur a été confiée à la gendarmerie de Ploubalay pour expertise. Elle rejoindra rapidement les centaines de pièces déjà mises sous scellés depuis les débuts de l'enquête. Mais, d'ores et déjà, elle est une preuve supplémentaire que la clé du mystère Godard se trouve dans ce périmètre coincé entre les côtes anglaises, la baie de Saint-Brieuc et le littoral costarmoricain.
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