Les étudiants de Lyon III s'attaquent au négationnisme

Par Bastien BONNEFOUS , le 23 février 2001 à 17h48 , mis à jour le 22 février 2001 à 18h11

Les étudiants anti-négationnistes de Lyon III ont suspendu leur occupation des locaux de l'université. Ils protestaient contre le maintien à son poste d'un enseignant qu'ils accusent de négationnisme. Le ministère de l'Education nationale s'est engagé à trouver une solution juridique pour sanctionner le professeur.

lyon © INTERNE

"Savoir désobéir". C'est sous ce slogan inscrit sur 500 portraits de Jean Moulin, symbole de leur faculté, qu'une cinquantaine d'étudiants de Lyon III ont décidé de camper avec sono et duvets, tant que leurs revendications ne seraient pas entendues. Jeudi soir, ils ont suspendu leur mouvement de protestation, suite aux engagements du ministère de l'Education nationale de "chercher une solution juridique permettant de sanctionner directement" le professeur mis en cause.

Depuis mercredi matin, ces militants, encadrés par Hippocampe (association de Lyon III), l'Unef-ID et l'Union des étudiants juifs de France, occupaient la division Recherche de la fac. Ils réclamaient que des sanctions soient prises contre Jean-Paul Allard. Ce professeur de langue et de littérature germanique, qui doit prochainement partir à la retraite, a présidé en 1985 le jury d'une thèse soutenue à Nantes par Henri Roques et contestant l'ampleur de l'extermination des juifs dans les chambres à gaz. La thèse a été annulée en 1986 par le ministère de l'Education nationale, mais Jean-Paul Allard ne fut jamais inquiété. Aujourd'hui, les étudiants demandent "un geste politique afin que M. Allard ne parte pas à la retraite avec tous les honneurs".


500 portraits de Jean Moulin ont été
placardés dans la fac par les étudiants.-

Cet enseignant a également fondé en 1981 l'Institut d'études indo-européennes, rattaché à Lyon III et dissous en 1998 pour renaître sous la forme d'une association. Militant du GRECE, laboratoire d'idées d'extrême-droite, Jean-Paul Allard a traduit de l'allemand "L'Univers mental des Germains", ouvrage dont la couverture est décorée d'une croix gammée stylisée.

Créée après mai 1968, l'université Jean Moulin - Lyon III a été associée depuis près de vingt ans aux offensives des "assassins de la mémoire", ces intellectuels qui nient l'existence de la Shoah dans le sillage de Robert Faurisson, professeur de littérature dans une autre faculté lyonnaise (Lyon II), qui le premier en France, a soutenu une telle thèse en 1979.

Les époux Aubrac soutiennent les étudiants

Jeudi, la présidence de Lyon III s'en est remis à son ministère de tutelle. "L'université Jean Moulin rappelle qu'elle ne dispose à ce jour d'aucun élément légal permettant de convoquer sa Commission de discipline", a déclaré dans un communiqué Gilles Guyot, son président. Une position dénoncée vivement par les étudiants qui reprochent au président de "fuir de manière inacceptable ses responsabilités". Jeudi, pour exprimer leur colère, le collectif anti-négationniste a déposé devant le bureau de Gilles Guyot, une gerbe à la mémoire du chef de la Résistance Jean Moulin.

Plusieurs élus de gauche du Rhône ainsi que le couple de résistants Raymond et Lucie Aubrac ont apporté leur soutien aux étudiants, critiqués en revanche par le Front national local. Bruno Gollnisch, secrétaire général du FN et candidat à la mairie de Lyon, a dénoncé lors d'un point presse, une occupation "intolérable" de la faculté.

Par Bastien BONNEFOUS le 23 février 2001 à 17:48
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