Le fantôme de Heaulme plane sur la révision du procès Dils

Par Bastien BONNEFOUS , le 16 février 2001 à 17h17 , mis à jour le 15 février 2001 à 17h37

L'enquête sur les activités du tueur en série Francis Heaulme est au coeur du débat sur la révision du procès de Patrick Dils, condamné à la prison à vie en 1989 pour le meurtre de deux enfants en 1986 et qui clame son innocence.

heaulme © INTERNE

Le 15 mars. Ce jour-là, on devrait savoir si oui ou non, Patrick Dils, en prison depuis 14 ans, est bien coupable des meurtres dont on l'accuse et qu'il nie sans relâche. Ce jour-là, la chambre criminelle de la Cour de cassation, lors d'une ultime audience dans l'affaire, décidera ou pas le renvoi devant une autre cour d'assises de l'homme, aujourd'hui âgé de 30 ans, et condamné en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de deux enfants.

Le 29 septembre 1986, deux garçons de 8 ans, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, sont retrouvés assassinés à coups de pierre à Montigny-les-Metz, près d'un talus de chemin de fer, dans la banlieue de Metz (Moselle). Plusieurs mois après le début de l'enquête, Dils, alors âgé de 16 ans, est interrogé par la police. Lors de sa garde à vue, Patrick Dils reconnaît les faits, parvient à désigner les pierres meurtrières, puis se rétracte. Depuis, il ne cesse de clamer son innocence.

"Le routard du crime"

Personne ne l'écoute vraiment jusqu'en 1997. Cette année-là, les enquêteurs découvrent la présence, au moment du drame onze ans plus tôt, de Francis Heaulme à Montigny. Heaulme, le tueur en série, surnommé "le routard du crime" et condamné plusieurs fois à perpétuité pour des meurtres semblables à celui de Montigny. Heaulme qui, interrogé, reconnaît avoir croisé les deux enfants le jour de leur mort mais nie les avoir tués.


La mère et l'avocat de Patrick Dils en juin dernier.-
Le 21 juin 1999, la Commission de révision des condamnations pénales considère que la présence de Heaulme constitue "un fait nouveau de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné" Dils. Fait exceptionnel, le dossier est transmis à la chambre criminelle de la Cour de cassation, qui, le 28 juin 2000, ordonne un supplément d'informations pour établir l'emploi du temps exact de Heaulme le jour du crime.

Les gendarmes de la section de recherche de Metz, chargés de l'enquête, ont rendu leur copie le 15 décembre à la cour de révision. Une copie accablante, d'après Me Jean-Marc Florand, le défenseur de Patrick Dils. Selon l'avocat, les gendarmes auraient découvert que Heaulme, en 1986, travaillait dans une société de Montigny-les-Metz "à 300 mètres des lieux" où ont été retrouvés les corps des deux enfants. Par ailleurs, l'alibi de Heaulme, le jour du crime, se révèlerait faux. Heaulme ne serait ni allé rendre visite à sa grand-mère, résidente dans les environs, ni boire plusieurs bières dans un bar avec un ami. Ces deux personnes auraient démenti avoir passé une partie de la journée avec lui. "Si Heaulme a donné de fausses informations, c'est parce que la vérité l'accable et il le sait", a commenté à tf1.fr une source très proche du dossier.

Contactés par tf1.fr, les gendarmes de la section de recherche de Metz, comme les magistrats de la chambre criminelle de la Cour de cassation, ont refusé de commenter les déclarations de Me Jean-Marc Florand.

Gâchis

Le 15 mars, si la cour de révision casse l'arrêt prononcé contre Dils par la cour d'assises de la Moselle en 1989, l'homme pourrait être libéré et rejugé par une autre cour d'assises. Pour autant, la révision de son procès n'implique pas automatiquement la poursuite de Francis Heaulme pour le meurtre des deux enfants de Montigny. Jusqu'à présent, le parquet local n'a jamais eu de preuves suffisantes pour mettre en examen le "routard du crime" dans cette affaire.

Quatorze ans de bataille, quatorze ans de doutes, et peut-être la vérité le 15 mars. Joint par tf1.fr, Me Daniel Delrez, l'avocat de la famille d'une des deux victimes, Alexandre Beckrich, reconnaît qu'il est "de plus en plus sceptique quant à la culpabilité de Dils". Commentant toutes ces années de procédure, il n'a qu'une expression : "un énorme gâchis"…

Par Bastien BONNEFOUS le 16 février 2001 à 17:17
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