La France devra attendre

Par L.B. et F.L. , le 03 février 2001 à 09h09 , mis à jour le 03 février 2001 à 09h35

Le contretemps imposé aux juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky, chargées de l'instruction du dossier Elf, par leurs homologues allemands ne change rien à la procédure qui s'appliquera lorsque Sirven sera de retour sur le sol français. Dès son arrivée, celui qui se targuait de pouvoir ''faire sauter vingt fois la République'' devra s'expliquer.

Elf : de l'argent pompé à la source © INTERNE

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Le contretemps imposé aux juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky, chargées de l'instruction du dossier Elf, par leurs homologues allemands ne change rien à la procédure qui s'appliquera lorsque Sirven sera de retour sur le sol français. Dès son arrivée, celui qui se targuait de pouvoir ''faire sauter vingt fois la République'' devra s'expliquer.

C’est ce matin vers huit heures, qu’Alfred Sirven devait poser le pied sur le sol français. La justice allemande en a décidé autrement ( Lire : Alfred Sirven bloqué par la justice allemande). Le scénario prévu était pourtant parfaitement verrouillé et l’ex-numéro 2 d’Elf n’aurait guère eut le temps de souffler. Dès sa descente d'avion, il devait être accueilli par des policiers de la brigade financière de la préfecture de police de Paris pour se voir notifier les deux mandats d'arrêts délivrés à son encontre par les juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky, chargées de l'instruction du dossier Elf. Ensuite, la police aurait conduit Alfred Sirven directement au pôle financier du Palais de justice de Paris, rue des Italiens, dans le IXème arrondissement de Paris.

Sirven parlera-t-il ?

Le contretemps imposé aux juges français par leurs homologues allemands ne change rien à la procédure qui s'appliquera lorsque Sirven sera de retour. Légalement, les juges ont 24 heures pour procéder au premier interrogatoire d'Alfred Sirven. Au cours de cet interrogatoire, ils lui notifieront ses mises en examen dans les différents volets de l'affaire Elf. Puis ils saisiront le juge des libertés et de la détention, qui décidera de l'incarcération ou non de l'ancien directeur des "affaires générales" d'Elf, probablement à la prison de la Santé. Conformément à la loi sur la présomption d'innocence en vigueur depuis le 1er janvier dernier, le débat devant le juge des libertés peut être public si la personne visée en fait la demande.

La justice pourrait aussi souhaiter qu'il soit présent lundi lors de la reprise du procès Dumas devant la 11ème chambre du tribunal correctionnel de Paris, mais cette hypothèse est suspendue à la date de son arrivée sur le territoire français. Mais qu'il soit présent ou non, la présidente du tribunal, Sophie Portier, décidera lundi de la suspension ou du renvoi du procès où il est jugé depuis deux semaines par défaut, en même temps que ses cinq co-prévenus dont Roland Dumas, Christine Deviers-Joncour et Loïk le Floch Prigent.

La longue traque

L'arrestation de Sirven au beau milieu du procès Dumas met en tout cas un terme à une fuite qui durait depuis plus de trois ans. Trois années au cours desquelles il fut, plusieurs fois, déclaré mort. En fait, depuis 1997, il vivait apparemment à Manille où il bénéficiait d’un impressionnant réseau de complicités. Traqué, Alfred Sirven s'attendait à être arrêté d'un jour à l'autre. Vendredi, aux policiers philippins qui venaient l'interpeller, il a avoué qu'il pensait que son arrestation était "inéluctable" et qu'il avait "songé à plusieurs reprises à se rendre" mais qu'il ne l'avait "finalement pas fait".

L'ancien directeur des "affaires générales" d'Elf devra s'expliquer sur plusieurs dossiers en cours d'instruction: les détournements et emplois fictifs à Elf, les commissions versées pour le rachat de la raffinerie allemande de Leuna et le dossier des frégates vendues à Taïwan. Sans oublier le procès pour abus de biens sociaux au préjudice d'Elf... Les dizaines de personnes déjà mises en examen dans cette affaire devront ajuster leur défense en vue des prochains interrogatoires d'un homme qui, à ce jour, ne s'est jamais expliqué devant un policier ou un juge sur les faits reprochés. Quant à ceux qui ne sont pas poursuivis mais dont les noms sont apparu à différentes reprises en marge du dossier, ils risquent d'attendre avec anxiété les éventuelles "révélations" de cet homme de l'ombre, rapidement devenu le bouc-émissaire idéal en raison de son absence.

Par L.B. et F.L. le 03 février 2001 à 09:09
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