''Incitation à la panique'' contre principe de précaution

Par Franck LEFEBVRE , le 19 février 2001 à 22h13 , mis à jour le 18 février 2001 à 22h36

Peut-on tout contrôler en matière d'alimentation ? Dimanche, à l'ouverture du salon de l'agriculture, Jacques Chirac a lancé une sévère mise en garde à l'Afssa, coupable à ses yeux d'avoir rendu un avis alarmiste sur la viande de mouton. Jean Glavany, mis lui aussi mal à l'aise par cet avis, défend le principe de précaution.

chirac glavany salon agriculture © INTERNE

Les uns – les scientifiques –, au nom du principe de précaution, veulent toujours plus de mesures de protection. Les autres – les politiques – veulent au contraire rassurer et éviter la psychose. Alors que la crise de la "vache folle" en arrive à créer dans l’opinion publique une méfiance croissante vis-à-vis de l’ensemble du secteur alimentaire, le principe de précaution lui-même montre ses limites. Et l’incertitude mine les relations entre le monde scientifique et le monde politique. Dans le doute, on ne peut pas tout contrôler… Jacques Chirac, qui inaugurait dimanche le Salon international de l'agriculture, l’a aigrement rappelé aux membres de l’Afssa.

Un avis "irresponsable"


"On ne peut pas avoir le bénéfice de
l'indépendance sans ses inconvénients"-
Dans un avis publié jeudi, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments a recommandé d'accroître préventivement les mesures de précaution sur la viande d'agneau, de mouton et de cabri, en allongeant la liste des matériaux à risque spécifiés, dont les intestins. Certes, le directeur de l'Afssa a souligné alors que ses services se plaçaient "dans un scénario préventif à un moment où le risque que le mouton puisse être atteint d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) n'est qu'hypothétique". Mais la mesure qui se voulait rassurante a plutôt été perçue comme disproportionnée, voire excessive et génératrice de craintes. Les éditorialistes ont affublé le principe de précaution d'épithètes qui, involontairement, ont contribué à renforcer ces sentiments : le principe de précaution est ainsi devenu "réel", "absolu", "poussé à l'extrême".

Dimanche, le chef de l’Etat a enfoncé le clou. Il s'est efforcé de rassurer les éleveurs traumatisés par la crise de la vache folle et a lancé un pavé dans la mare en jugeant "irresponsable" la recommandation de l'Afssa sur la viande bovine et caprine. "Il y a longtemps que l'on prend toutes les précautions nécessaires pour le mouton. On n'a aucun élément de preuve nouvelle de quoi que ce soit", s'est indigné Jacques Chirac, au cours d'un échange avec le ministre de l'Agriculture Jean Glavany et Luc Guyau, président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, sur le stand de la FNSEA. "Cette annonce à la veille du salon est une preuve au moins de bêtise et de mauvais goût", a ajouté le chef de l'Etat, en dénonçant "une incitation à la panique qui est tout à fait regrettable".

"L’Afssa est une agence indépendante"


"Il y a longtemps que l'on prend
toutes les précautions nécessaires" -
Du coup, le ministre de l'Agriculture, Jean Glavany, se retrouve placé entre le marteau et l’enclume. Impossible de renier un principe de précaution prôné par le gouvernement. Mais pas question non plus d’aller à l’encontre des intérêts de la filière agricole. Surtout, comme l’a si justement souligné Jacques Chirac, à l’ouverture du salon de l’agriculture… Mal à l’aise dans ce rôle obligé d’arbitre, Jean Glavany, interrogé dimanche soir au Grand Jury RTL/Le Monde, a déclaré que l’Afssa est une "agence indépendante, qui rend ses avis quand bon lui semble".

"Le législateur français a souhaité une agence indépendante. Il faut que l'on vive sereinement cette indépendance. On ne peut pas avoir le bénéfice de cette indépendance et aucun de ses inconvénients", a noté le ministre de l'Agriculture. Dans tous les cas, il n’y a pas péril en la demeure : "Comme les scientifiques disent qu'il n'y a pas urgence, le gouvernement étudie tranquillement et sereinement cet avis", a-t-il poursuivi. Tout en reconnaissant : "je me serais aussi passé de cet avis".

Par Franck LEFEBVRE le 19 février 2001 à 22:13
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