© INTERNEJacques Chirac se démarque à nouveau de Lionel Jospin. Cette fois-ci, le président de la République fait entendre sa différence en affirmant son opposition au clonage humain à des fins thérapeutiques. Un thème très sensible -et très controversé- défendu par le gouvernement dans l’avant-projet de loi "tendant à la révision des lois de 1994 relatives à l’éthique biomédicale".
L’ouverture jeudi à Lyon du deuxième forum mondial BioVision, consacré aux sciences de la vie, a offert une tribune à la conception du chef de l’Etat de "la responsabilité politique" face aux progrès de la science. Le président a fait observer que le clonage thérapeutique "rend matériellement possible le clonage reproductif" et ouvre la voie à des "trafics d'ovocytes". Selon lui, il faut donc lui préférer la recherche sur les embryons "surnuméraires" promis à la destruction quand les parents ont renoncé à tout projet parental, ou sur les cellules souches adultes.
Des trois instances saisies par Lionel Jospin pour se prononcer sur ce thème, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme a rendu un avis négatif, lundi dernier, tandis que, mercredi, le Comité consultatif nationale d'éthique (CCNE), à une courte majorité, s’est déclaré favorable à l’avant-projet. Quant à la mission parlementaire d’information sur la révision des lois bioéthiques, elle s’est déclarée mardi "assez en osmose avec le gouvernement" Le clonage thérapeutique consiste à créer des embryons sur lesquels les chercheurs récupèrent des cellules-souches, qui ont la faculté
. La prise de position de Jacques Chirac promet de relancer le débat qui divise scientifiques et politiques au-delà même des clivages droite-gauche.
de pouvoir se transformer plus tard en n’importe quel organe du corps.
"Une responsabilité vertigineuse"
"La technique a fait irruption dans le sanctuaire de la vie", a également déclaré Jacques Chirac à Lyon. La technique "donne à l'homme les moyens de modifier non seulement les espèces végétales ou animales, mais aussi ses propres caractéristiques génétiques. C'est une responsabilité vertigineuse", a-t-il dit, soulignant "le sentiment d'insécurité" des citoyens face à l'"accélération" de la science et "les questions souvent délicates", notamment éthiques, qu'elle soulève. Le chef de l’Etat a dès lors insisté sur la nécessité de "faire plus de place à l'information et au dialogue". Il revient aujourd'hui aux gouvernements de " contribuer à l'émergence d'une culture de transparence et de confiance", a-t-il poursuivi, dénonçant "une certaine pratique du secret" qui entoure les organismes génétiquement modifiés (OGM). Il a également souhaité que le Parlement ait "toute sa place" dans le "débat public organisé", qui doit permettre "les équilibres les plus justes" entre progrès scientifiques et médicaux, principe de précaution et principes éthiques.
Enfin, Jacques Chirac a rappelé la nécessité de prévenir toute possibilité de breveter le génome humain, qu’il a qualifié de "patrimoine commun de l’humanité". Ainsi a-t-il annoncé que la France avait saisi la Commission européenne d'une demande de réexamen de la directive européenne de 1998 sur la protection juridique des inventions biotechnologiques.
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