Négationnisme à Lyon-III : paroles d'experts

Par Bastien BONNEFOUS , le 24 février 2001 à 18h47 , mis à jour le 23 février 2001 à 19h15

Le collectif d'étudiants de Lyon-III a suspendu son occupation des locaux de l'université. Il protestait contre le maintien à son poste d'un enseignant qu'ils accusent de négationnisme. Le ministère s'est engagé à sanctionner ce professeur. Deux spécialistes du négationnisme en France tentent d'expliquer cette crise pour tf1.fr.

lyon © INTERNE

A Lyon-III, les étudiants antinégationnistes ont suspendu leur mouvement mais le débat n'est pas clos. De mercredi à jeudi soir, un collectif d'une trentaine d'étudiants de l'Unef-ID, de l'Union des étudiants juifs de France et de l'association Hippocampe ont investi la direction de la Recherche de l'université Lyon-III – Jean Moulin pour protester contre le silence de l'administration face au cas de Jean-Paul Allard, un enseignant germaniste qu'ils accusaient de négationnisme.

Jeudi soir, le ministère de l'Education nationale s'est engagé à trouver une solution pour dénouer cette crise, suite à la visite d'un conseiller d'établissement missionné par ses soins. Francine Demichel, la directrice des enseignements supérieurs au ministère, n'a pas pour autant préciser quel type de sanction pouvait être appliqué, du blâme à la mise à pied ou carrément la révocation.

Deux spécialistes du négationnisme en France reviennent sur ces questions pour tf1.fr.


(DR)-
Valérie Igounet, historienne et auteur de "L'histoire du négationnisme en France" (Seuil, 2000).

"Il est difficile d'affirmer que le professeur Jean-Paul Allard est négationniste. Ce que l'on peut dire, c'est que ses idées sont proches de celles de négationnistes notoires et qu'il a présidé en 1985 le jury d'une soutenance d'une thèse reconnue ensuite comme une thèse négationniste.

En 1985, à Nantes, Jean-Paul Allard a présidé le jury d'une soutenance de thèse d'un certain Henry Roques, qui contestait le témoignage d'un ancien SS sur l'ampleur de l'extermination des juifs dans les chambres à gaz. A l'époque, Henry Roques, l'un des principaux négationnistes français, a choisi en connaissance de cause Jean-Paul Allard comme président du jury parce qu'il savait par avance qu'il bénéficierait d'une oreille attentive à ses idées. Il ne s'est pas trompé puisque le jury lui a attribué la mention "Très Bien".

En 1986, le ministre de la Recherche de l'époque, Alain Devaquet, a annulé cette thèse mais aucun membre du jury, à commencer par son président Jean-Paul Allard, n'a été sanctionné ni même inquiété.

Aujourd'hui, cet enseignant devrait, à mon avis, être mis à pied par l'administration. Mais une telle sanction m'étonnerait beaucoup, d'autant que Jean-Paul Allard est à quelques mois de partir à la retraite. Quand le ministère parle de sanction juridique, je pense que ce qui menace Jean-Paul Allard, c'est simplement une diminution de sa future pension de retraite.

Lyon-III est connu, depuis sa naissance après mai 68, comme un vivier de l'extrême-droite universitaire. Des membres du Front National, comme Bruno Gollnisch, le secrétaire général de ce parti, ou Pierre Vialle, y ont enseigné durant de longues années. Plusieurs professeurs de cette université reconnaissent publiquement qu'ils appartiennent au FN ou au Mouvement National Républicain de Bruno Mégret. Le fait que le président de l'université, Gilles Guyot, les accepte en son sein et en toute connaissance de cause, tend à laisser croire qu'il approuve ces personnes".


Didier Daeninckx (DR)-
Didier Daeninckx, romancier et journaliste. A écrit plusieurs articles dénonçant le révisionnisme et le négationnisme d'extrême-droite comme d'extrême-gauche.

"Jean-Paul Allard n'est pas un acteur militant du négationnisme en France, mais un acteur structurant. Il n'a pas, par exemple, écrit d'articles tendant à nier l'ampleur de la Shoah. En revanche, il est, à Lyon-III, l'un des organisateurs du courant universitaire et intellectuel négationniste.

Si l'affaire Henry Roques avait réussi en 1985, Allard aurait en fait organisé un complot universitaire dans un seul but : pour que la première fois en France, un négationniste devienne docteur en université et historien reconnu.

Allard a créé en 1981 l'Institut d'études indo-européennes, rattaché à Lyon-III et dissous en 1998 pour renaître en mars 1999 sous la forme d'une association présidée par Jean-Paul Allard. Or, cet institut est le laboratoire idéologique des universitaires d'extrême-droite, avec comme membres des gens proches du Conseil scientifique du FN.

Il n'y a, selon moi, qu'une seule sanction possible contre Allard : la révocation pure et simple. Elle aurait dû déjà être prononcée en 1986 après l'affaire Henry Roques, mais à l'époque, l'administration était plus frileuse. Aujourd'hui, j'ai l'impression que le vent tourne. En novembre dernier, Serge Thion, l'un des négationnistes les plus actifs de France, a finalement été révoqué du CNRS de Lyon après presque vingt ans de lutte. La France ne doit pas s'arrêter là."

Par Bastien BONNEFOUS le 24 février 2001 à 18:47
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