Pollution : trois ministères en accusation

Par Matthieu DURAND , le 10 février 2001 à 07h00 , mis à jour le 09 février 2001 à 19h36

L’association Ecologie sans frontière et une asthmatique ont porté plainte vendredi au Tribunal administratif de Paris. Ils reprochent aux ministres de la Santé, de l’Environnement et des Transports leur inertie face aux risques de la pollution atmosphérique.

pollution © INTERNE

Franck Laval, président de l’association Ecologie sans frontière, est prêt à en découdre avec l’Etat. Accompagné du docteur Laurence Husson, une victime d'asthme non allergique, il a déposé vendredi matin une requête devant le tribunal administratif de Paris pour contraindre le gouvernement à prendre des mesures contre la pollution atmosphérique.

L’association appuie sa démarche sur la publication d’un rapport de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) faisant état de 31.700 décès prématurés du fait de la pollution en France, de 500.000 crises d'asthme et 25.000 nouveaux cas de bronchites chaque année, et de très nombreux cas de bronchiolites chez l'enfant. "Une étude si explosive

31 700 décès prématurés
du fait de la pollution en France.

qu’elle a été mise au placard pendant un an avant de finalement paraître dans la revue scientifique britannique The Lancet, en 1999", a expliqué Franck Laval à la rédaction de tf1.fr.

En octobre 2000, Ecologie sans frontière a donc mis en demeure les ministres de la Santé, de l’Environnement et des Transports d’informer la population sur les risques de la pollution atmosphérique et d’engager les actions adéquates pour y mettre un terme. Sans réponses de leur part, l’association s’est alors adressée à Jacques Chirac et à Lionel Jospin, lequel a désigné Dominique Voynet comme leur interlocutrice principale.

L’Etat face à ses responsabilités

Les trois ministres incriminés se sont finalement exprimés le 5 décembre dernier. "Vos accusations nous surprennent dans la mesure où, tout particulièrement depuis 1997, le gouvernement a fait de la lutte contre la pollution de l'air une de ses priorités en raison des risques et des impacts qu'elle engendre sur la santé de l'homme et son environnement", ont-ils indiqué dans une lettre. Une réponse trop générale pour satisfaire cette association bien décidée à ne pas lâcher prise. D’autant que les ministres ont reconnu "l’existence d’une relation à court terme entre la pollution atmosphérique et la mortalité respiratoire et cardio-vasculaire". Les plaignants estiment ainsi "qu'il y a faute lourde des pouvoirs publics par abstention et inertie".

Douze mesures draconiennes

Ecologie sans frontière et Laure Husson se sont également rendues vendredi matin au ministère de l'Environnement pour déposer un recours gracieux, demandant au ministère d’adopter un plan ambitieux contre la pollution de l'air en douze points. L’association demande notamment l'interdiction du diesel et du benzène, le lancement d’une campagne nationale d’information et la mise en place d’une commission d’enquête. Dominique Voynet dispose de deux mois pour répondre à ce recours gracieux (qui sert de seconde mise en demeure), faute de quoi elle sera condamnée à appliquer les mesures drastiques proposées par l’association.

Déterminé, Franck Laval n’en reste pas moins ouvert au dialogue et regrette de n’avoir jamais été contacté par la ministre. "Pour faire bouger les choses, ça ne sert à rien de brûler des voitures. Et puis, ça engendre de la pollution !" a-t-il confié à la rédaction de tf1.fr avant d’ajouter : "je crois plus en la justice qu’en l’Etat".

Par Matthieu DURAND le 10 février 2001 à 07:00
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