Quand l'Elysée ''afflige'' Tiberi

Par Ludovic BLECHER , le 12 février 2001 à 08h35 , mis à jour le 12 février 2001 à 08h55

La visite de Bernadette Chirac à l'institut mutualiste Montsouris aux côtés de Philippe Séguin, provoque la fureur de Jean Tiberi. Le candidat-maire dissident avait déjà fustigé l'apparition de Jérôme Monod - proche conseiller de Jacques Chirac - lors d'un meeting du chef de file de la droite parisienne la semaine dernière.

bernadette seguin © INTERNE

La rumeur était justifiée. Bernardette Chirac, épouse du président de la République, a visité l'institut mutualiste Montsouris aux côtés de Philippe Séguin, laissant à Jean Tiberi le soin d'apprécier cette initiative : "je n'ai pas du tout l'intention de polémiquer" avec qui que ce soit, a-t-elle lancé. Une "missive" à l'intention de l'actuel maire de Paris qui avait qualifié hier "d'inacceptable sur le plan des principes" l'éventuelle présence de Bernadette Chirac aux côtés des candidats de la liste Séguin. "Ce serait affligeant", avait-il dit en ajoutant - à tort - "nous n'en sommes pas là, il y a encore peu de temps elle me témoignait de l'affection".

"Je vous laisse le soin d'interpréter sa présence"

Cette visite n'est donc pas pour apaiser la colère de Jean Tiberi. Il a d'ailleurs aussitôt dénoncé cette marque de soutien à peine voilé de l'Elysée au candidat Séguin. "Lorsque Monsieur Séguin dénonce un prétendu système avec lequel il veut rompre, il ne pourrait s'agir que d'un système mis en place par mon prédécesseur, c'est-à-dire par l'actuel président de la République", vitupère le maire de Paris. "Dès lors, comment celui-ci peut-il soutenir encore ce matin, par la démarche de son épouse, un homme qui le met en cause?"


"L'Elysée a choisi son camp" -
Invité hier du Grand Jury-RTL-Le Monde-LCI, Jean Tiberi avait encore martelé son "indignation" : "Je crois que l'Elysée a choisi son camp" a-t-il dit. Une "indignation qu'il rumine – ouvertement – depuis que Jérôme Monod, proche conseiller de Jacques Chirac, s'est affiché à une réunion de Philippe Séguin, la semain dernière. Pour le candidat-maire dissident, le message est clair : on "revient à la candidature officielle". Ce sentiment, Jean Tiberi en a déjà fait part au chef de l'Etat dans une lettre qu'il lui a fait porter samedi.

De son côté, Philippe Séguin, qui a réduit la présence de Jérôme Monod à son meeting à "un signe d'amitié", s'est déclaré "très heureux" d'avoir été à côté de Bernadette Chirac "et qu'elle l'ait souhaité". Peu après que Bernadette Chirac ait pris congé de lui en l'embrassant, il s'est tourné vers les journalistes : "Je vous laisse le soin d'interpréter sa présence comme vous le souhaiterez", a-t-il lancé. "On a de plus en plus l'illustration du fait qu'autour de mes listes se rassemblent des électeurs du centre et de la droite qui souhaitent voter utile, que la dissidence devient marginale". Invité à commenter à son tour les déclarations de Jean Tiberi, Philippe Séguin a répondu: "tout ça, c'est du passé, ça ne m'intéresse pas, la dissidence, c'est du passé".

Séguin, "une erreur de casting" pour Pasqua

Durant tout le week-end, Philippe Séguin et Jean Tiberi, ont poursuivi à distance leur dialogue de sourd, tandis que les sondages continuent de donner la gauche gagnante. Au centre des débats, la fusion de leurs listes au second tour des municipales. Au député des Vosges qui venait de réitérer son refus de fusionner, Jean Tiberi a une nouvelle fois répondu que ne pas le faire serait "un suicide". Un peu plus tôt sur Europe 1, Jacques Toubon, maire du XIIIè et second de la liste séguiniste, avait quant à lui redit sa volonté de fusion. "Il faudra bien que tous ceux qui sont dispersés au premier tour se rassemblent", a-t-il insisté.

Les municipales à Paris étaient également au cœur des propos tenus par le président du RPF, Charles Pasqua, qui soutient Jean Tiberi. Il a jugé sur Radio J que si la capitale était "perdue par la droite, notamment par le RPR, ce serait indiscutablement un revers, en tout cas pour la présidentielle", pour le président Chirac qui en avait fait son "fief". Charles Pasqua a assuré que le choix de Philippe Séguin était "une erreur de casting" et que la présence de Jérôme Monod était "inopportune".

De son côté, Alain Madelin, président de DL, venu soutenir un candidat dans le Xè arrondissement, a renvoyé la balle dans le camp de l'Elysée en déclarant : "Si l'Elysée voulait être utile, qu'il retire Tiberi". Il s'en est ensuite pris au maire sortant, assurant qu'il n'y avait "aucune raison pour que la facture morale du Paris d'hier" soit "payée par Philippe Séguin et (mes) amis".

Par Ludovic BLECHER le 12 février 2001 à 08:35
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