© INTERNE
Depuis plus de trois ans, Alfred Sirven restait introuvable. Jusqu’à son arrestation-surprise, vendredi à Manille… au beau milieu du procès Dumas. Immédiatement, les autorités judiciaires françaises décident de tout mettre en œuvre pour le rapatrier dans les plus brefs délais. Avec, peut-être, un peu trop de précipitation… Couac juridico-administratif? Bourde des autorités françaises? Excès de zèle de la police allemande? Les raisons exactes de l'interpellation de l'ancien numéro deux du groupe pétrolier français Elf à sa descente d'avion à Francfort, en provenance de Manille, restent difficiles à apprécier. 
Le véhicule emmenant Sirven depuis
l'aéroport de Francfort -
Un transfert difficile
A l'origine, Alfred Sirven devait prendre un vol régulier d'Air France à destination de Paris en compagnie des policiers. Pas de chance : les embouteillages de la capitale philippine auront empêché son embarquement. Dans l’urgence, il faut improviser une nouvelle solution de rapatriement. Sirven prendra donc place à bord du vol LH 751 de la Lufthansa pour Francfort, retardé pendant une heure pour cette raison, entre un policier français et un philippin. Entretemps, un avion militaire français, un Falcon, a décollé de la base aérienne de Villacoublay à destination de l’Allemagne. A Paris, les juges Joly et Vichnievsky s'apprêtent déjà à entendre Sirven dès samedi matin.
Paris pensait manifestement que l’ex-numéro 2 d’Elf pourrait sans autre complication être transféré dès sa descente d'avion à Francfort dans un appareil militaire français et acheminé en France. C'était sans compter avec les règles du droit communautaire, que les autorités allemandes se sont chargées de rappeler à la France... Le ministère français de la Justice a ainsi reçu "dans la nuit" un fax des autorités allemandes, affirmant qu'elles "ne pouvaient donner suite à la demande de transfèrement direct sur Paris de Sirven en raison des risques juridiques" encourus. Soucieuse de respecter la règlementation européenne, la police allemande des frontières a appréhendé l'homme clé de l'affaire Elf vers 06H30, avant de le déférer en fin de matinée devant un magistrat francfortois.
A Paris, devant le Palais de Justice,
les policiers attendent toujours... -
Des autorités allemandes tatillonnes
La justice allemande s'intéresse, elle aussi, à Sirven, et à son témoignage dans le dossier Leuna. Ce n'est cependant pas pour cette raison que l'homme clé de l'affaire Elf a été interpellé en Allemagne, où il ne fait l'objet d'aucune inculpation. Manifestement, les autorités allemandes entendaient davantage respecter à la lettre la procédure les obligeant à signifier au septuagénaire les mandats d'arrêt pesant sur lui dès lors qu'il avait posé pied sur le sol allemand. En l'occurrence le tarmac de l'aéroport…
Que peut-il se passer, à présent ? Bien qu'Alfred Sirven ait annoncé son intention d'accepter d'être ramené en France, son escale en Allemagne contraint désormais la France à le réclamer en bonne et due forme à Berlin, en vertu de la convention européenne d'extradition de 1957, complétée par les dispositions de la convention de Schengen de 1990. La demande est transmise par la voie diplomatique, ou par le ministère des affaires étrangères au ministère allemand de la justice. Le pays demandeur peut, "en cas d'urgence", demander au pays requis l'arrestation provisoire de la personne demandée. Alfred Sirven a ainsi été placé samedi sous mandat de dépôt "provisoire". La convention de Schengen prévoit également une procédure d'extradition simplifiée "si la personne réclamée y consent par procès-verbal" – ce qui est précisément le cas de Sirven. La personne réclamée ne peut plus, ensuite, révoquer cette déclaration. Sirven devrait donc bien arriver prochainement en France. Le tout est de savoir quand...
Retour MYTF1
Chargement en cours...




