Résultats encourageants pour les vaccins anti-cancer

Par Matthieu DURAND , le 16 février 2001 à 07h00 , mis à jour le 15 février 2001 à 20h20

La vaccination offre une alternative prometteuse aux traitements traditionnels contre le cancer. Une équipe de scientifiques franco-belge a effectué des tests en ce sens qui ont permis de réduire et même de vaincre certains cancers de la peau.

Santé © INTERNE

La lutte contre le cancer vient d’enregistrer un progrès notable grâce à l’immunothérapie, plus connue du grand public sous le terme de vaccination. Une équipe de chercheurs et médecins franco-belge a testé avec succès un vaccin contre le mélanome (cancer de la peau), a annoncé mercredi le laboratoire Aventis Pasteur, promoteur de cet essai. Sur les 25 patients traités pendant trois ans, cinq d’entre eux ont connu une régression de leurs métastases et deux autres, une rémission totale. Un taux de "réponses" satisfaisant pour ce type de maladies.

"Le vaccin, injecté par voie intradermique, a montré une absence de toxicité, une réponse clinique partielle et une absence de réaction immunitaire spécifique", précise le docteur Nicolas Van Baren, responsable à l'Institut Ludwig de Bruxelles de la coordination de cet essai, également mené à l'Institut Curie, à Paris. Cette faible toxicité offre aux patients la possibilité de vivre une vie "normale", à l’inverse des traitements traditionnels beaucoup plus lourds, tels que la chimiothérapie ou la chirurgie.

Vaccins à mémoire

L'idée de mettre au point des vaccins contre les différentes formes de cancer n'est pas vraiment nouvelle mais elle a pâti de n'avoir pas toujours été prise au sérieux. Ce sont les recherches sur le sida qui, en améliorant les connaissances sur les cellules des tumeurs et le système immunitaire, ont remis le concept au goût du jour. Les scientifiques s'efforcent d'identifier des

Environ 25.000 personnes sont touchées
par le mélanome
en France.
3.000 à 6.000
nouveaux cas
se déclarent
chaque année.

protéines propres à chaque type de tumeur afin de les intégrer dans un vaccin qui sera ensuite introduit dans l'organisme des malades. L'objectif est de s'attaquer aux cellules tumorales déjà existantes, et même, en cours de formation.

"Idéalement, le vaccin devra être dénué de toxicité et capable de déclencher une réaction de défense à travers tout l'organisme, c'est-à-dire détruire les nodules mais aussi les métastases, quel que soit l'endroit du corps où elles apparaissent", explique le docteur Philippe Moingeon, responsable de la recherche et du développement chez Aventis Pasteur. Pour éviter les rechutes, le vaccin devra aussi être doté d'une mémoire immunitaire afin de reconnaître et de détruire une tumeur semblable à celle qu'il aurait déjà rencontrée et anéantie.

Vers un traitement préventif

"Dans un premier temps, le vaccin a été proposé à des patients déjà atteints du cancer afin d’en ralentir la progression mais il est tout à fait adapté à des patients se situant au stade précoce de la maladie. Il peut aussi être utilisé sur des personnes ayant déjà subi un traitement anti-cancéreux afin d’éviter une rechute", indique Sophie Piperno-Neumann, médecin spécialiste de l’Institut Curie, interrogée par la rédaction de tf1.fr. Elle mène actuellement avec le docteur Thierry Dorval six tests immunothérapiques contre le mélanome. Enfin, la vaccination préventive des personnes présentant des prédispositions génétiques aux cancers n’est pas non plus exclue.

Ces espoirs reposent, pour l'instant, sur une poignée d'antigènes identifiés depuis une dizaine d'années par les biologistes et qui pourraient servir de cibles - seuls ou ensemble - aux futurs vaccins : l'antigène CEA, présent en excès dans les tumeurs colorectales, la protéine P 53, anormale dans la moitié des cancers, et, dernières identifiées, les protéines Mage, propres aux mélanomes.

"En combinant ces protéines entre elles, il devrait être possible de vacciner contre plusieurs formes de cancers, sein, prostate, poumons, pancréas, colon, rectum", énumère, le docteur Moingeon. Mais ce dernier veut aussi rester prudent : "beaucoup de choses marchent chez la souris mais pas chez l'homme", souligne-t-il.

Par Matthieu DURAND le 16 février 2001 à 07:00
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